Black Bones : le ciel (n')est (pas) la limite

Tu fais tourner ?
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Dans le milieu de la pop française, Black Bones fait figure de véritable chimère fluorescente : Anthonin Ternant et ses comparses allient avec brio génie mélodique et scénographie spectaculaire, pour former un projet à nul autre pareil. Projets parallèles, idées florissantes, nouvel album à venir : l’imagination de Black Bones semble sans limite. On a donc rencontré Anthonin Ternant, tête pensante de Black Bones et Odilon Horman, son batteur, pour en avoir le cœur net.

La Vague Parallèle : Hello ! Vous pouvez présenter le projet Black Bones en quelques mots ?
Anthonin Ternant : Black Bones, c’est un groupe de pop pour lequel on est 5 sur scène, avec guitare-basse-batterie-clavier, et dans lequel tout le monde chante. La particularité du projet, c’est d’avoir une dimension visuelle forte sur scène : on se présente de deux manières selon le lieu, soit en équipe de base-ball zombie avec toute une chorégraphie, soit en mariachis.

LVP : Anthonin, tu mènes plusieurs projets de front (The Wolf Under The Moon, Angel, Black Bones). Comment est-ce que tu gères ça ? Tu prévois de te concentrer sur Black Bones ?
AT : Oui, on s’est effectivement reconcentré sur Black Bones. En fait, le changement se fait surtout sur le plan discographique : à partir de maintenant, toute notre musique sortira sous le nom de Black Bones, pour que ce soit plus lisible.

Par exemple, on prépare le prochain album de The Wolf Under The Moon, un autre de mes projets, mais on fera sans doute figurer sur la pochette “Black Bones présente The Wolf Under The Moon“. C’était trop compliqué de mener trois projets en même temps au niveau de la communication. D’ailleurs, on est content de s’être focalisé sur Black Bones : quand on voit la série de concerts qu’on a donnée à Paris, on peut se dire qu’on a réussi !

LVP : Est-ce que le fait de se concentrer sur un groupe dans lequel vous évoluez à cinq change ta manière de travailler ? Est-ce que vous composez désormais à dix mains ?
AT : Au départ, il s’agit toujours de ma musique. Quand j’ai commencé mes projets solos, je sortais d’un groupe qui s’appelait The Bewitched Hands qui a duré 7 ans, qui a sorti deux disques et qui s’est un peu arrêté du jour au lendemain. De mon côté, je n’avais pas envie d’arrêter de jouer avec un groupe donc j’ai appelé des musiciens que je connaissais déjà. Par exemple, Odilon avait remplacé le batteur de The Bewitched Hands sur notre deuxième tournée. Ludo, au clavier, avait déjà travaillé sur mes projets Angel et The Wolf Under The Moon, je connais Sam depuis longtemps parce que j’ai travaillé dans la même boîte que lui et Marianne était avec moi dans The Bewitched Hands.

Du coup, on part toujours de mes compositions et ensuite, il y a tout le travail en studio au cours duquel les morceaux évoluent et prennent une autre dimension.

LVP : Il y a un contraste très fort entre votre musique, qui est très gaie, très lumineuse et votre identité visuelle qui est très sombre, notamment votre pochette d’album. Qu’est-ce qui explique ce paradoxe ?
AT :
C’est sombre mais très fluo, c’est un peu du sombre de train fantôme ! Pour la pochette du premier album de Black Bones, c’est la première fois où je déléguais le visuel à quelqu’un d’autre. Jusqu’à présent, je faisais la scénographie, les clips et les visuels sur tous mes projets. Cette fois, j’avais envie de travailler avec quelqu’un qui comprend le projet et qui amène sa touche personnelle, parce qu’à force de faire des visuels et des clips, tu ne fais plus de musique !

J’ai donc choisi un graphiste qui s’appelle DDDXIE et qui avait déjà bossé sur The Wolf Under The Moon. Je connaissais son travail, très minimaliste, toujours sur deux couleurs, avec une vraie recherche sur la typographie et je le trouve très fort, donc je lui ai donné carte blanche.

LVP : À terme, est-ce que tu n’as pas peur que les gens ne retiennent que cette identité visuelle insolite et passent à côté de votre musique ?
AT : S’ils retiennent déjà ça, c’est qu’on aura réussi notre coup ! Notre but, c’est aussi de travailler sur des choses qui ne se voient pas forcément sur scène ailleurs. Tout le monde fait de la scénographie maintenant, mais ça vient toujours se greffer sur le projet dans un second temps. Moi, je conçois la chose comme un tout : parfois, la scénographie peut m’inspirer des morceaux et inversement.

En tout cas, ce travail sur le live correspond totalement à l’album qu’on vient de sortir. Pour le deuxième disque, il y aura toujours une dimension scénographique, mais sans les mariachis. On ne veut pas non plus devenir comme Kiss, on veut éviter d’être des phénomènes de foire, il y a quand même des morceaux derrière !

OH : D’ailleurs, on a fait des concerts de jour l’année dernière, sans lumière noire ni rien et on s’est rendu compte que ça fonctionnait !

AT : Oui, c’est vrai. En fait, à force, les visuels devenaient presque une protection et on s’est demandé à la fin si les gens aimaient vraiment notre musique où s’ils venaient pour les costumes ! Quand Black Bones est né, j’avais déjà écrit des morceaux donc la nouveauté venait vraiment du visuel. Depuis, on a composé de nouveaux titres donc on est moins frileux par rapport au fait de jouer sans rien.

LVP : En 2016, vous aviez sorti le grand jeu lors de votre concert au Cabaret Vert, avec une scénographie incroyable. C’est quoi, votre meilleur souvenir de live ?
AT : Il y a eu le Cabaret Vert et puis la Release party à la Cartonnerie de Reims, je pense.

OH : Oui, la Cartonnerie c’était ouf : il y avait des cheerleaders, une mascotte en piment et on avait une structure avec une tête de mort gigantesque, c’était fat ! On ne se savait pas si ça fonctionnerait à Reims et finalement la salle était blindée, c’était le soir d’Halloween, tout le monde est venu déguisé !

LVP : À un moment où le chant en français est très à la mode, vous avez choisi de chanter en anglais. Pourquoi ?
AT : Je fais de la musique depuis que je suis ado donc quand j’ai voulu faire mon premier groupe, tous les trucs qui m’ont filé une claque étaient des groupes anglo-saxons. Du coup, il y a forcément un côté mimétisme qui m’est resté.

C’est aussi pour ça que je développe le côté visuel : les mots sont un médium avec lequel je ne prends pas de plaisir, je ne m’attarde pas trop sur les textes. Je les écris à la toute fin, parce qu’il faut bien les faire. Je chante en anglais parce que l’anglais est plus chantant, ça permet de de créer des phrases punchy plus facilement. À de rares occasions, je fais des morceaux en français, c’est parce que la mélodie m’évoque quelque chose de français musicalement. On a un titre en yaourt espagnol, c’est parce que le morceau m’évoque un truc hispanique, mais ça aurait tout aussi bien pu être en allemand !

Quand je compose un morceau, je pars toujours d’une sorte de yaourt mais certaines phrases ressortent tout de même, donc je brode à partir de ces bribes. Et puis si je chantais tout en yaourt, ce serait une blague tout le temps, comme pour Kili Kili, qui ne veut rien dire !

OH : Il y a des mots que tu répètes souvent, comme “Oh my God !” (rires)

AT : Oui, il y a des mots que j’utilise souvent, je pense que certains seront bannis pour le deuxième album (rires) ! Il y a d’ailleurs des concepts que je trouve hyper intéressants : par exemple, Philippe Katerine a sorti un album qui s’appelle Philippe Katerine et sur lequel il a utilisé le moins de mots possible. Dans le cahier des charges de l’album, il a vraiment voulu faire le moins de phrases possible avec peu de mots : être dans la forme la plus minimale tout en essayant d’évoquer beaucoup de choses, ça me plaît beaucoup.

LVP : Musicalement aussi, vous vous éloignez de cette nouvelle scène française qui revendique des influences des années 60 et des années 80 en explorant plutôt des sonorités qui proviennent des années 70 et 90. Quels artistes et quels éléments est-ce que vous puisez dans ces décennies ?
AT : Les années 90 c’était mon adolescence, donc forcément ! Dans l’esprit musical de Black Bones, on retrouve les premiers albums de Beck, des Beastie Boys… Je parle de ces artistes parce qu’ils revendiquaient un mélange des genres qui est devenu très naturel aujourd’hui mais qui était novateur à l’époque : sur un album des Beastie Boys, on pouvait retrouver un morceau punk, un morceau rap, un morceau reggae, un truc plus ambient hispanique… Le côté très éclectique de ce qu’on joue vient de là. La musique de Beck est pleine de références, et on retrouve cet aspect dans notre musique.

Ce que j’aime aussi c’est l’humour dans la musique. J’aime bien l’idée d’un groupe qui fait des morceaux funs, marrants, mais qui sait aussi écrire de belles mélodies. Quand il y a les deux dans un disque, c’est vraiment beau. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué dans les années 90.

Ce qui est génial avec Black Bones, c’est qu’on dit des conneries et que ça finit par se réaliser !

LVP : Et aujourd’hui, quels artistes retiennent votre attention ?
AT :
Je ne vais pas être très original mais je vais dire Vald. Sinon, en ce qui concerne les groupes de pop, les artistes qui me plaisent aujourd’hui sont toujours des groupes très référencés : pour moi, Ty Segall par exemple, c’est ce qui se fait de mieux. Mais en même temps, c’est aussi un registre qui n’innove plus et qui est fondé sur des références très anciennes. D’un côté il y a ça et de l’autre, il y a le rap, qui est vraiment ma culture à l’origine, qui est toujours dans l’air du temps, qui propose des choses nouvelles et qui évolue en permanence. J’oscille un peu entre ces deux registres.

Sinon, j’ai aussi découvert Montero récemment, c’est un mec qui a fait des visuels pour Pond et Mac DeMarco et qui fait aussi de la musique, j’aime beaucoup.

LVP : En arrivant, on écoutait Black Bones dans le métro, mais c’était difficile de se retenir de danser et les gens nous regardaient bizarrement. C’est quoi le bon endroit pour vous écouter  ?
AT : Je crois que le bon endroit pour ça, c’est la voiture. C’est le seul endroit où on peut réécouter des CD ! On a sorti un album assez court et j’aime justement cette idée qu’on puisse écouter un disque en une fois. Je trouve qu’il y a beaucoup d’albums qui durent plus d’une heure, avec 16-17 morceaux, et je n’arrive plus à me poser pour les passer en entier. J’aime toujours le format album qu’on peut explorer en 35 minutes.

OH : Et puis en voiture, si t’as envie de chanter comme un con tu peux le faire (rires) ! En plus, on n’habite pas à Paris, on vit dans une ville où on a toujours besoin de la voiture pour se déplacer.

LVP : En parlant d’album, comment avance le prochain ?
AT : On est supposé enregistrer très bientôt, dès qu’on aura trouvé un lieu puisqu’on est en auto-prod’ (rires) ! On aimerait bien le sortir début 2019. Les morceaux sont prêts : l’année dernière, on avait fait une création originale pour un festival, avec des nouveaux morceaux et une nouvelle scénographie, ce sera notre nouvel album.

Il sera plutôt dans l’état d’esprit d’Angel, c’est-à-dire plus mélodique et un peu moins gag. On sera toujours cinq sur scène, avec une scénographie très ambitieuse : on a créé un intérieur de cathédrale…

OH : … ouais, il a fait des vitraux carrément, quoi (rires) !

AT : Oui, ça fait 6 mètres de haut. Il y a une rosace avec six fenêtres, qui retracent l’histoire du roi de The Wolf Under The Moon. On a un grand rideau de fond de scène avec des lumières qui éclairent les vitraux par derrière et qui créent des faisceaux lumineux sur la scène. Je serai déguisé en ange et les autres membres du groupes seront déguisés en moines-démons avec des toges noires éclairées de l’intérieur.

OH : En fait, on reprend les visuels du clip de Deathco.

AT : Exactement. Et dans la version “deluxe extended”, on aura aussi deux marionnettistes qui feront voler des fantômes, danser des squelettes… Pour la création originale, on avait aussi une chorale de 20 personnes. On essaye toujours de se donner les moyens de réaliser nos idées : pour Angel, j’ai un costume qui comporte plus d’une centaine de LED dans les ailes, toutes contrôlées par ordinateur. Je me suis dit une nuit “cool, je vais être un sapin de Noël” (rires) !

Sinon, on travaille aussi sur un album de The Wolf Under The Moon, que j’aimerais bien sortir pour Noël.

LVP : Dernière question : on a lu que le marcheur Yohann Diniz citait Black Bones parmi ses groupes favoris. Mais est-ce que Black Bones cite Yohann Diniz parmi ses sportifs favoris ?
AT : (rires) Eh bien écoute, je fais justement de la marche à pied depuis quelques semaines ! Ma bagnole est en panne et comme je passe mes journées derrière un ordinateur, ça me permet de me bouger un peu, je fais mon heure de marche chaque jour (rires) !

OH : D’ailleurs, le photographe qui nous a donné l’idée de nos costumes est un de ses meilleurs potes ! Il avait un teddy pour une séance et on s’est dit “il faudrait qu’on ait tous un teddy”. Après, c’est parti en couille : on s’est dit “on pourrait faire une équipe de base-ball” puis “on serait mexicain” puis “on serait des zombies” ! Ce qui est génial avec Black Bones, c’est qu’on dit des conneries et que ça finit par se réaliser (rires) !

Kili Kili Tour – Part 1 :

  • 10 mars 2018 @ Le Channel, Calais
  • 15 mars 2018 @ Le 106, Rouen
  • 17 mars 2018 @ L’Aéronef, Lille
  • 20 avril 2018 @ Le Poche, Béthune
  • 21 avril 2018 @ Les 4 Ecluses, Dunkerque
  • 2 juin 2018 @ This Is Not A Love Song Festival, Nîmes