Bonheur, folie & écologie : le paradis de We Love Green

Tu fais tourner ?
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Des sourires, des claques, et des rires. Récit d’un week-end au paradis par la paire de journalistes la plus mal assortie depuis Zemmour et Naulleau. À votre gauche, Adrien, tête brûlée de l’électro et amoureux transi des queens de l’industrie musicale. À votre droite, Victor, doux rêveur et adepte de rock mélancolique, surf pop et autres musiques du bout du monde. L’avantage, c’est que cette année We Love Green a réussi à réunir des pointures dans les deux camps. Et comme diviser, c’est mieux régner, on en profite pour suivre chacun des deux oiseaux pendant une journée au Bois de Vincennes. Un récit illustré en clichés par Les Oreilles Curieuses du très fruité Florian.

 

SAMEDI

(Adrien)

Aya Nakamura

Ils sont malins les programmateurs de We Love Green. Vraiment malins. Programmer Aya Nakamura, la véritable tête d’affiche du festival, à 16h le premier jour, c’est s’assurer une foule dense dès le début de l’après-midi – et ainsi vendre un maximum de Heineken à 7€50, sous un cagnard difficile à supporter par moments. Ça n’a pas raté : après le traditionnel pique-nique au Parc Floral, des milliers de millenials en furie se sont dirigés en direction du festival écolo, au cœur du Bois de Vincennes. S’exclut-on de la masse ? Boudons-nous la nouvelle Queen de la pop française, nous, journalistes musicaux ? Absolument pas. On a twerké sur Pookie, on a hurlé sur Djadja et on a fait des yeux de biches sur Comportement. Ce tiercé gagnant nous a mis en verve pour le reste de la journée, merci Aya.

 

Queen Peggy et Queen Calypso

À peine la première Reine et ses – superbes – danseurs disparus derrière l’immense Scène de la Prairie, la deuxième du jour apparaît. D’ailleurs, on a bien l’impression que c’était le thème du festival, les têtes d’affiches féminines solaires et impériales : Rosalía, FKA TwigsErykah Badu, Kali Uchis… Ne manque plus que Rihanna (ou la reformation des Spice Girls) et on aurait pu s’épargner le spectacle gênant de Booba en “””tête d’affiche”””. Bref, Peggy Gou a tout cassé. Vêtue d’un flow inimitable qui ferait succomber même le plus gay de tes amis gays, la DJ coréenne a balancé bombe sur bombe jusqu’à un final en apothéose sur Starry Night, son dernier tube happy house. Puis on est allé voir Calypso Rose sous un soleil de plomb et on est tombé amoureux pour la troisième fois de la journée (chers programmateurs, ménagez-nous la prochaine fois). Entourée d’un band tout en blanc, la Madonne – 79 printemps au compteur – a fait bouger les fesses du tout Paris. Franchement, celui qui ne sourit pas devant une telle avalanche de bonne humeur a oublié d’avoir un cœur. Pourtant, il y a de quoi douter, non ? Il fait 38° degrés à l’ombre et il y a environ 20 000 instagrammeuses qui prennent des selfies en papillonnant autour de nous. Mais on garde la pêche – merci Calypso. Heureusement d’ailleurs, parce que le marathon ne fait que commencer. Et il nous réserve de TRÈS bonnes surprises.

 

 

Laurent Garnier, Metronomy, Sebastian : l’autoroute du kiff

On revient au Lalaland, la scène boum-boum, pour une sorte de célébration rituelle païenne, une sorte de cérémonie religieuse avec des fleurs dans les cheveux à la place des épines. Laurent Garnier, champion de France toutes catégories, tenant du titre et multi-récidiviste, nous a calmement expliqué comment construire un bon set techno. Le regard profond et l’allure d’un prophète 2.0, celui-que-tu-dois-avoir-vu-au-moins-une-fois-dans-ta-vie a plié l’immense foule à sa musique martiale. Merci Laulau Messie ! “Quoi ?! T’étais pas là pour son all-night-long au Rex l’année dernière ???!!” (entendu dans la foule)

On continue à déambuler fièrement, en rythme sur les kicks, pour se diriger vers Metronomy sur la grande scène. À vrai dire, on ne s’attendait pas à grand chose, peut-être par peur d’entendre pour la millième fois la même version de The Bay en live… On a presque hésité à y aller. Presque… Mais ce fut, tout simplement, le meilleur concert de la journée. Joseph Mount, pardonne nous d’avoir douté de toi, ça ne se reproduira plus. Nouvelles chansons, nouvelles versions, nouveau décor : un lifting total de leur show habituel nous est offert et il est irrésistible. Mention spéciale pour Love Letters, une des meilleurs chansons de ces dix dernières années et une parenthèse paradisiaque dans notre expérience festivalière. Après ça, on peut mourir tranquille… Mais non ! Notre ami Sebastian a prévu de casser des c*** sous le chapiteau.

https://www.facebook.com/BecauseMusic/videos/521714811697345/

 

 

On file, on virevolte et on chope une bière au passage (peu importe le prix quand le spectacle est aussi bon ?). Il nous attend, dressé derrière ses machines et droit dans ses bottes. Le petit prodige de l’électro-crade made in France sort un disque dans les prochains mois et prépare donc soigneusement son retour après 7 ans d’absence. Le réussira-t-il mieux que Gesaffelstein, qui s’est vautré lamentablement dans les abysses du r’n’b sans saveur ? La comparaison nous trotte dans la tête pendant tout le concert tant les profils sont similaires : street-cred techno solide acquise grâce un album culte (respectivement Total et Aleph) puis retour en fanfare avec un disque taillé pour les US. Qu’en est-il ? Les anciens titres marchent toujours, les nouveaux beaucoup moins. Si on est emportés par Embody et Tetra comme en 2011, on reste dubitatifs – voire gênés – par Run For Me, en featuring avec un américain inconnu au bataillon. Leur prestation a été captée, on vous laisse juger par vous-même – lien ci-dessous. Il reste néanmoins qu’on danse comme des petits fous sur les tubes 100% Ed Banger envoyés pendant le coucher de soleil et on s’extasie carrément sur le remix dubstep de Killing In The Name balancé en closing (dit comme ça il y a de quoi douter, on doit bien l’avouer). Le soleil se couche sur la prairie, le village se réveille et le loup-garou (aka Ricardo Villalobos) entre dans la bergerie. Attention au décollage.

 

 

 

Ricardo Villalobos + Leon Vynehall = ?

Le voilà. En chair et en os. Pour ceux qui ne connaissent pas cette légende vivante, laissez moi prendre mon plus bel accent techno-pouf pour vous l’expliquer. Ricardo Villalobos, né le 6 août 1970 à Santiago, est un DJ de techno-minimale, style musical également appelé “micro”, réputé pour ses sets pointus et ses productions énigmatiques. Le type est un légende vivante, une rock-star (la dernière ?) aussi adulée qu’elle est mystérieuse. On raconte que son agenda est booké jusqu’en 2023 au rythme de 4 sets par semaine. Pour les plus curieux, on vous conseille cet article, judicieusement intitulé “Les moments les plus Ricardo de la carrière de Villalobos“. La messe est dite. Le chilien était donc programmé à WLG pour 3 heures de set et il nous a, comme prévu, distribué quelques baffes. Le vaisseau Lalaland décolle et on s’arrache les cheveux à de nombreux moments de joie et d’excitation. Ce n’était pas le Ricardo des grands jours – dixit une amie, fan depuis toujours du DJ – mais ce n’est pas grave, on a vu un des meilleurs sets de notre vie.

Pour conclure cette première journée riche en émotions, on cavale en direction de la scène Think Tank qui, après avoir accueilli des débats toute la journée, s’est transformée en spot techno du plus bel effet. On attendait le DJ anglais Leon Vynehall avec impatience (on l’avait d’ailleurs recommandé dans notre focus) et nous n’avons pas été déçus, au contraire. Au cœur d’une petite foule compacte mais particulièrement sympathique, on observe avec admiration le magicien du soir qui mixe assis, tranquilou. On ressort de là lessivé mais ravi, après une bonne dose de UK house, de breakbeat et de drum & bass dans les oreilles. Clap de fin pour ce premier jour marathon. On esquive judicieusement Booba – 40 minutes de retard et show tout pourri d’après tout ceux qui y étaient – pour chopper un métro et rentrer tranquillement à la maison. À demain, We Love !

 

DIMANCHE

(Victor)

Altin Gün & Mauskovic Dance Band : rendez-vous en terre inconnue

Le réveil matinal fut difficile. Mais avec une telle attaque de line-up, on n’avait pas vraiment le choix. Juste le temps de prendre une douche et d’acheter de quoi pique-niquer au jardin floral, et on saute dans le métro. Et pour cause, Altin Gün joue dès 14h. Sur la scène principale, le groupe turc se révèle être une parfaite entame d’après-midi, et on est étonné de voir un public aussi motivé. Ça dodeline à droite, ça zouke à gauche, l’ambitieuse association de musique 80s et de sonorités orientales fonctionne à merveille.

D’humeur dansante, mais pas encore assez réveillé pour assister au DJ set de Miley Serious, on traverse la pleine en direction de la Canopée pour aller voir The Mauskovic Dance Band. Les compères new-yorkais nous font tout autant voyager, et les corps se dandinent au rythme des bongos. On en profite pour prendre une première bière et se dire qu’on est quand même plutôt bien, ici au Bois de Vincennes.

 

<3 POND <3

Vient alors l’heure de ce qui s’annonçait comme le choix cornélien du week-end, la programmation ayant voulu que les sets de Pond et de Toro y Moi se déroulent au même moment. Un dilemme qui n’en sera finalement pas un au vu du véritable plébiscite exprimé par notre petite troupe en faveur des psychédéliques australiens. Et on ne regrette absolument pas ce choix. Il faut dire que le quintet australien est un des groupes les plus intéressants au monde actuellement.

Les sourires béats se répandent dans la foule dès le premier refrain de Daisy, chanson qui débute ce set dominical et leur dernier album Tasmania. Si chacun des membres transpire la virtuosité et la bonhomie, il est difficile de décrocher son regard du chanteur Nick Allbrook. S’il semble mesurer 1m60 et peser 50 kilos tout mouillé, celui qui nous avait accordé une interview d’une franchise rare il y a quelques mois déploie un charisme électrique, à mi-chemin entre la féminité d’un Mick Jagger et l’allure reptilienne d’un David Bowie. Qu’il se jette par terre, se rende dans le public ou s’autorise un solo de guitare, on ne peut que s’incliner devant un tel personnage. Le groupe de Perth alterne les nouveaux titres (Tasmania, The Boys Are Killing Me) et les tubes des albums précédents (Sweep Me Off My Feet, Giant Tortoise, Paint Me Silver…) pour un public autant ravi qu’il soit connaisseur ou simple curieux. Un set aussi spontané que maîtrisé, reprise de Ray Of Light par Madonna incluse, et qui se finira dans un tourbillon d’émotions sur The Weather. En parallèle, on n’aura pu s’empêcher de voir un certain symbole devant ce groupe écologiquement engagé, chantant un message alarmiste sur la hausse de température mondiale lors de ce week-end caniculaire, qui plus est à We Love Green.

 

 

La vie en vert

Encore hébétés par cette claque monumentale, on tente de reprendre nos esprits en se dirigeant vers le point presse afin de discuter avec la molto sympathique Miley Serious, pour une interview qui paraîtra bientôt sur notre site. On profite par la suite d’avoir momentanément perdu la plupart de nos compères pour se balader au gré des différentes activités se déroulant sur le village de We Love Green. Ici, un battle de danse improvisé. Là, une allée de cabanes, chacune accueillant un collectif électro pour un maximum de chaleur et de sourires. Sur la scène du Think Tank, des débats et conférences de presse se succèdent afin de trouver des solutions concrètes contre le réchauffement climatique. On saluera la participation du public, et même des plus jeunes, le tout dans une ambiance bon enfant.

 

Flavien Berger, Bonobo & Erykah Badu : la vie douce

On retourne à la folie des concerts en fin d’après-midi sous une chaleur toujours aussi torride, ambiance idéale pour découvrir un Flavien Berger que votre serviteur avait inexplicablement manqué jusque là. Au soleil ardent s’oppose un personnage lunaire, alternant chansons aux textures dépaysantes et interventions mi-philosophiques, mi-loufoques. Si le prince de l’indé française fait mouche avec ses compositions complexes, à mi-chemin entre pop et électro, c’est paradoxalement Pamplemousse, déclaration d’amour sur fond de r’n’b down-tempo, qui fera chavirer nos cœurs. Encore une fois, on en profite pour applaudir les programmateurs qui réussissent à proposer chaque artiste à l’horaire correspondant le mieux à leur esthétique.

Il est alors temps de remédier au sevrage d’électro infligé depuis hier, et de trouver un peu d’ombre. Le DJ set de Bonobo sous le toit du La La Land alliera l’utile à l’agréable. Si on aurait naturellement préféré voir le producteur dans sa version live, accompagné de son armée de musiciens, son show aura le mérite de faire voyager son auditoire avec une électro à la fois douce, entraînante et accessible. Le concept même du chill.

Alors que le soleil faiblit et qu’une fraîcheur toute relative fait enfin son apparition, on réalise que le meilleur est à venir sur la grande scène. Tout d’abord, la légende Erykah Badu. Arrivée sur scène avec un retard proportionnel à la hauteur de son chapeau doré, la queen du r’n’b pose sa voix assurée et douce sur les instruments parfaitement jazzy de son backing-band. On est transporté vingt ans en arrière, et on constate que des tubes planétaires tels que On & On n’ont pas pris une ride. Délice.

 

TAME IMPALAAAAA

Passé 22h20, l’ambiance est définitivement montée d’un cran. Chaque apparition d’un roadie est accueillie dans un mélange d’acclamations et de huées, signe de l’excitation et de l’impatience d’un public aux aguets. Quand enfin la bande de Kevin Parker débarquera sur une scène éclairée de mille feus (pour ce qui sera le deuxième concert de la journée pour Jay Watson, bassiste de Pond  et claviériste de Tame Impala), ce sera pour surpasser les attentes de ses plus grands fans.

Et ce n’est que le premier morceau !” aura-t-on entendu, prononcée par une novice aux anges. Il est vrai que Let It Happen prend tout son sens au moment d’embarquer des dizaines de milliers de personnes à bord d’un navire psychédélique. Cette track folle, odyssée en plusieurs parties où les gros riffs de guitare épousent les beats à la Daft Punk, représente déjà parfaitement le concept de Tame Impala, mais devient encore plus exquise lorsqu’elle est sublimée par des projections de formes psychédéliques, des lasers en tous sens et des canons à confettis (bio-dégradables bien entendu). On avait déjà était conquis il y a quatre ans par une setlist similaire, mais la production visuelle et audio (poussant le détail jusqu’à alterner entre deux batteries sur scène) a encore fait un bond en avant.

Les cinq musiciens parcourent les trois albums déjà sortis en enchaînant les hymnes : Mind MischiefThe Less I Know The Better, Elephant… Le live est parfait, réglé comme du papier de verre. Emportés dans un torrent d’allégresse, on remarque à peine la douce ironie de voir l’auteur d’un album appelé Lonerism faire danser autant de personnes. Quoi qu’il en soit, la connexion entre les cinq ombres que l’on distingue derrière les couleurs de l’arc-en-ciel et le public est très forte. L’australien Kevin relèvera à propos qu’en tant qu’ex-habitant de Paris, revenir jouer ici était toujours spécial. De quoi donner une dimension supplémentaire aux ballades Eventually et Yes I’m Changing, qui résonnent en plein cœur de n’importe qui ayant laissé derrière lui une vie d’expatrié pour rentrer au pays. Avec les hors-d’œuvres Borderline et Patience, le concert déviera par deux fois sur les sonorités disco, bongos compris, qui devraient définir le nouvel album.

Enfin, alors qu’on redoutait que le concert se finisse (la barre fatidique de minuit ayant été dépassée), Kevin reviendra dire que “This has to be my best show in Paris so far“. Accompagné de ses quatre compères, il enchaînera par le classique Feels Like We Only Go Backwards, puis New Person, Same Old Mistakes qui fera office de bouquet final du festival avec toujours plus de confettis et de lasers. Des images difficiles à décrire, mais qu’on vous conseille de découvrir à tout prix à la Route du Rock.

 

Et puis la cohue

Qui dit vingt minutes de rab dit impossibilité de rentrer en métro. Et c’est dans la cohue finale qu’on trouvera une des seules fausses notes du week-end. Encore tout guilleret, on revient durement à la réalité en se rendant compte qu’un seul bar accepte de récupérer les éco-cups distribuées. On déchante également en comprenant qu’aucune navette (spéciale ou spatiale, peu importe) ne permette de rentrer à Paris depuis Vincennes. Au vu de la foule, le Noctilien restera une douce utopie. Qu’à cela ne tienne, on profitera de la météo agréable pour rentrer à pied. Autre étrangeté pour un festival écolo, on constate avec tristesse que le Bois de Vincennes est désormais juché de mégots. On espère que des cendriers portables seront distribués à la prochaine édition. Et on souhaite bon courage aux organisateurs pour dépasser le prestige de la line-up de cette année. S’ils cherchent un groupe à la fois électro et rock pour succéder à Tame Impala, qui plus est engagé pour le combat écologique, on pense à cinq anglais plutôt pas répondant au doux nom de Radiohead