Chelou - "La tristesse me rend heureux, sans que je ne sache pourquoi"

Tu fais tourner ?
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Découvert il y a plusieurs années déjà avec quelques morceaux incroyablement beaux timidement mis en ligne sur SoundCloud, Chelou sort enfin son premier album : Out Of Sight. L’anglais dont la voix cassée fait frissonner nos cœurs y mêle avec réussite les subtilités ayant fait le succès de ses précédents EP : mélodies fines enveloppées de nappes électroniques et paroles à la mélancolie optimiste. Avançant à son rythme, souvent caché derrière ses compositions, Chelou ouvre un chemin aussi personnel qu’ouvert à tous.

La Vague Parallèle : Tu as sorti ton premier EP il y a 5 ans et seulement cette année ton premier album. C’est très long pour un jeune musicien. Que faisais-tu ?

Chelou : C’est long en effet et je ne pense pas qu’on puisse encore dire que Chelou est un jeune groupe. Mais c’était nécessaire pour que je me développe en tant que musicien, à mon rythme. Nous avons sorti 9 singles depuis le premier EP et cela représente presque un album entier. Nous n’avions auparavant ni la structure ni la musique adéquate pour que cela constitue un album à part entière.

J’ai appris le travail de producteur sur le tas et pendant tout ce temps nous enregistrions beaucoup de mauvaises chansons pour une seule de qualité.

J’ai aussi travaillé sur d’autres projets notamment avec Maya Jane Coles et cela m’a pris du temps. C’est la première fois que nous avions suffisant de matière pour en faire un album cohérent. Nous n’avons pas qu’été paresseux (rires).

LVP : Tu n’étais pas musicien à plein temps auparavant ?

Chelou : Seulement depuis cette année. J’ai eu beaucoup d’emplois différents très chronophage qui m’empêchait de me consacrer pleinement à la musique. C’était dur à vivre car c’est ma passion depuis très longtemps mais un travail 8h par jour ne te laisse pas beaucoup de temps ni d’énergie.

LVP : Tu disais ne vouloir être qu’un compositeur de studio et ne pas jouer sur scène, comment as-tu évolué à ce niveau?

Chelou : J’ai dis cela car la scène me rendait nerveux et c’est parfois encore le cas aujourd’hui. C’est bien plus difficile en concert car les responsabilités sont plus importantes. Je ne peux pas aller au rythme que je souhaite comme en studio, je ne peux pas ajouter plusieurs pistes ensemble pour que cela sonne bien. Je chante sur scène mais je n’ai pas vraiment d’entraînement et ma voix est parfois fragile donc enchaîner 14 performances me stresse car je dois tout le temps faire attention à ma santé. Cela me demande beaucoup de préparation mentale et physique. J’aime jouer sur scène mais ce n’est pas toujours évident et comme je chante je ne peux pas me dissimuler au fond de la scène.

LVP : Est-ce que tu retouches beaucoup tes compositions, lors de l’enregistrement ou de la production ? Ou est ce que ça vient naturellement?

Chelou : C’est un processus assez naturel pour moi. J’ai toujours beaucoup jouer pour moi-même et j’imagine que cela facilite le fait que je me sente à l’aise en studio. De plus le studio est en fait ma chambre donc je peux composer lorsque je le souhaite, à 4h du matin si c’est à ce moment que je me sens inspiré. En général je m’assois et joue de la guitare seul pendant un moment puis j’ajoute des mélodies et cela forme les brouillons de mes chansons. Je n’enregistre pas souvent mais ensuite je suis vraiment dedans pendant une journée et je fais ressortir toute l’inspiration accumulée, pour ne recommencer que 3 mois après parfois.

LVP : Certains de tes anciens EP ont été produits par Maya Janes Col mais pas Out of Sight.

Chelou : Out of Sight a été produit par Cam Blackwood (producteur de Florence And The Machine, George Ezra, London Grammar ndlr) car je voulais une énergie davantage live et moins électronique que ce que fait Maya. Les chansons sont plus acoustiques que celles que nous avons fait ensemble par le passée et travailler avec Cam m’a permis de sortir un album avec une dynamique différente.

Je retourne vers des tracks plus acoustiques aujourd’hui. Mes compositions davantage électroniques et entraînantes viennent de mon envie de l’époque d’avoir des chansons pouvant faire danser un public de festival qui ne me connaissait pas forcément. C’est plus facile avec ce genres de pistes que lorsque je suis seul avec ma guitare acoustique. Les raisons qui me poussent à écrire évoluent et je retourne maintenant vers des chansons plus lentes, acoustiques parce que j’aime prendre le contre pied.

LVP : Tu dis que certaines chanson sont plus entraînantes et plus rythmés mais les paroles restent en général assez mélancoliques.

Chelou : Oui en effet, j’imagine que cela vient du genre de musique que j’aime écouter, plutôt des vieilles ballades folk au rythme lent avec une mélancolie qui me parle et me touche. La tristesse me rend heureux, sans que je puisse en expliquer la raison. Je joue et compose principalement en mineur et les paroles suivent avec le même ton. Cela s’accorde aussi bien avec la façon dont je vis même si j’ai eu une vie très agréable. Le simple fait d’essayer de devenir musicien, d’aller à l’université, de gagner de l’argent, une rupture amoureuse crée en moi un stress assez fort et je le combat à travers mes chansons. C’est pour cela que bien que parfois mélancolique, mes chansons ne sont pas tristes mais plutôt joyeuses au fond, bien que d’une façon triste (rires).

LVP :  A quel point es tu la musique que tu composes ? Es-tu Chelou?

Chelou : Je voulais au début que ce soit quelqu’un d’autre pour ne pas être associé directement aux paroles mais je pense qu’inévitablement c’est devenu moi. Je n’écris que sur des choses personnelles, sur la façon dont j’ai vécu et même si j’essaye d’écrire en métaphores les sentiments qui transparaissent derrières sont les miens et je pense que c’est grâce à cela que les gens s’y retrouvent. Ecrire à propos d’un sentiment que tout le monde à déjà ressenti, quelque chose de commun, est la meilleure façon pour partager tes émotions avec les autres. Et je pense que c’est comme ça que je suis devenu Chelou, en écrivant toujours de ma perspective et je me suis ouvert à ce monde et je suis un peu coincé dedans maintenant. Tu dois garder ton identité propre, et souvent pour toi seul. C’est une des raisons pour lesquelles je n’ai pas fait de promo, d’interview avant . C’est ma mère sur la pochette de l’album, ma petite soeur qui chante avec moi sur certaines pistes. Out Of Sight, c’est l’ouverture de mon monde aux autres pour qu’ils m’y rejoignent et c’est intimidant mais au fur et à mesure que tu te développes tu deviens plus familier avec ce concept.

LVP : Tu fais parti de ces musiciens qui ont été révélés grâce à internet simplement en uploadant quelques chansons sur SoundCloud. Tu penses que ce serait possible aujourd’hui? Les réseaux ont évolués très vite et sont plus pro et tournés business aujourd’hui j’ai l’impression.

Chelou : C’est vrai que c’est un système assez étonnant, tu mets une ou deux chansons en ligne et tu attends que les gens les écoutes. Mais il se peut que personne ne tombe dessus même si la chanson est incroyable, ce qui est le cas de plusieurs de mes amis musiciens. C’est pour cela qu’il est important que quelqu’un t’aide à passer les premières étapes et gagner en visibilité. Lorsque Maya a reposté certaines de mes chansons cela a créé une chaîne qui m’a vraiment aidé. Une fois lancé, si la musique est bonne, cela suivra son chemin et tu n’auras plus besoin des autres. Je ne serai pas là aujourd’hui sans Internet.

LVP : Justement cela semble être un peu moins aléatoire et plus difficile pour un inconnu aujourd’hui, avec des plateforme comme Spotify qui remplace Soundcloud.

Chelou : En effet maintenant un nombre réduit de gens ont davantage de contrôle, et cela notamment en raison de la façon dont les plateforme comme Spotify fonctionne. Pour avoir beaucoup d’écoutes tu dois réussir à intégrer les playlists par exemple. Mais c’est une seule personne qui peut en décider, selon ses goûts personnels. C’est un débat complexe car beaucoup d’artistes ont pu devenir musiciens professionnels grâces à ces plateformes, certains sont sortis de nul part pour devenir des stars. Je pense en effet que la situation a évolué et que nous devons trouver de nouvelles façon pour faire découvrir notre musique au plus grand nombre. Il y a tellement de contenu et de compétition qu’il est difficile de se différencier. C’est pour cela qu’on collabore avec des dessinateurs et qu’on est présent sur les réseaux sociaux. Pour Chelou nous avons du le faire de façon indépendante. C’est un peu effrayant de se dire qu’on peut composer des chansons qui ne seront jamais écoutés à cause de ça.

Nous avons la chance d’avoir un noyau dur de fan bien réel, en partie parce que cela fait si longtemps que nous sortons si peu de musique. S’ils n’aimaient pas ils ne nous suivraient plus (rire) mais certains nous suivent depuis le début. Cette communauté et la connexion que l’on développe est ce qui est le plus important de mon point de vue. Sinon tu peux avoir des gens qui te connaissent seulement parce qu’ils ont entendu une de tes chansons dans leur playlist pour le yoga qu’ils écoutent tous les jours.

S’il n’y a que 1000 personnes qui achètent mes disques à travers le monde mais qu’ils le font continuellement je continuerai à faire des concerts.

En revanche cela ne nous a pas aidé à augmenter notre audience, en ne sortant qu’un single à l’année, même si les gens l’aime bien s’ils n’entendent plus rien pendant un an ils ont tendance à oublier et passer à autre chose.

LVP : Tes clips sont tous des vidéos d’animations avec un univers assez similaire et fort. Participes tu à leur réalisation ou fais tu totalement confiance aux gens à qui tu les confies? 

Chelou : C’est parti d’un dessin que j’avais fait lorsque j’étais encore à l’école et qui a été la base de la première animation à servir de clip. Ce qui m’a fait plaisir car je participais en quelque sorte au clip. J’avais l’habitude de fumer en classe et de dessiner. On est donc parti d’un personnage un peu étrange et étonnant venant de mon univers puis à chaque clip l’artiste qui réalise l’animation s’approprie le concept et donne vie à sa vision du personne. Je leur dis d’écouter la musique et de dessiner leur ressenti, je ne leur dit pas ce qu’ils doivent faire. Et c’est la raison pour laquelle les différent mondes sont cohérents et vont bien ensemble, mes chansons donnent en général les mêmes émotions et les personnages, bien que distincts, évoluent dans le même univers. Chelou est une seule grande métaphore.

LVP : C’est ta plus grande tournée à ce jour ?

Chelou : Chaque fois j’essaye d’atteindre le niveau supérieur, si nous avons joué 10 concerts l’année passée, nous allons essayer d’en faire 25 etc.

Partir en tournée est quelque chose d’épuisant aussi bien physiquement que mentalement et je peux prendre peur quand je vois le peu de lives que nous jouons alors que certains groupes sont sur scènes 250 jours par ans. Mais lorsque je rencontre des gens qui ont attendu plusieurs années pour voir un de mes concerts, je comprends à quel point j’aime le faire et l’importance de l’échange avec mon public.

Mais j’aime fumer et boire de l’alcool alors rester sain est difficile (rires).

LVP : Qu’est ce qui le plus important pour toi dans ce projet Chelou ?

Chelou : L’équipe autour de moi, l’ensemble des efforts faits par tous ces gens qui ont investis tant de temps et d’énergie. Je compose et écrits presque la totalité de ma musique seul mais cela ne fait pas de moi un musicien, c’est davantage ces gens et leur travail qui me permet de vivre en tant que musicien. C’est l’unité créée autour de ce projet, le fait d’avoir un objectif commun et d’y travailler ensemble en se respectant les uns les autres qui permet de créer ce que nous voulons.

LVP : Tu te vois être musicien toute ta vie?

Chelou : Oui j’espère, cela a toujours été mon rêve et aujourd’hui encore j’ai du mal à réaliser que je suis musicien. J’ai parfois peur de mon amour de la musique, de la création musicale. Je pense que je ne pourrai pas faire ce métier s’il ne m’apporte pas de plaisir et ne me rend pas heureux. Je continuerai toujours à jouer de la guitare, et j’apprendrai à mes enfants à en jouer, mais de façon non professionnelle et je retournerai à un job plus normal.

LVP : Ton public et la relation que tu as avec lui semble importante pour toi. Quelle image aimerai tu donner de toi à travers cette interview?

Chelou : Ce que je suis réellement j’espère. Que je suis une personne ordinaire qui ne sait pas vraiment ce qu’il est en train de faire (rires). Que je ne suis pas quelqu’un d’autre et que, malheureusement; je ne peux pas donner de meilleure version de moi-même que celle que les gens voient : le gosse bordélique et effrayé. L’authenticité de ma musique et la mienne, que je pense les gens comprendront à travers mes chansons également  sans avoir à les écouter d’une quelconque façon, juste en enlevant tout le superflu. C’est une dimension qu’il est dur de conserver dans le monde de la musique tant il y a de tentations en permanence.

C’est aussi pour cela que je n’ai pas dévoilé d’information sur moi par le passé mais je pense que maintenant cela peut être cohérent par rapport à l’évolution du projet dans son ensemble. L’évolution à un stade plus avancé qui me permet de me sentir plus rassuré par rapport à cela.

D’une certaine façon il est important pour moi que ma musique reste au premier plan. Si tu ne peux pas comprendre what is going on with the music, je ne peux rien dire de plus pour que tu comprennes. Tout est dit dans mes chansons, mêmes si c’est caché derrière un double sens. J’aime laissé la musique s’exprimer par elle même.

LVP : Quel est le meilleur moment pour écouter ta musique?

Chelou : Après une nuit très alcoolisée, sur le canapé un dimanche midi. Plus généralement en chillant, quelque soit la façon dont tu aimes le faire : dans un bain moussant ou dans ton lit, fort à travers tes écouteurs. C’est une musique pour se relaxer, avec un casque et en y prêtant une certaine attention cependant car les subtilités peuvent être légères.

LVP : Tu écoutes de la musique lorsque tu composes?

Chelou : Pas directement mais ce que j’écoute influence ma musique bien sûr. J’ai une façon un peu extrême d’écouter de la musique, je découvre un nouvel album et s’il me plaît je vais l’écouter non-stop de façon obsessionnelle pendant plusieurs semaines. Et à la suite de ces sessions d’écoutes intensives, je remarque parfois que ma façonnée composer a légèrement évolué, même si j’ai écouté tel ou tel album à un période où je n’écrivais pas. 1 album à la fois et un 1 album tous les 3 mois.

LVP : Ton album du moment donc?

Chelou : Ex:re, la chanteuse de Daughter et ça me fait penser à Feist et Cat Power, une musique mélancolique, un peu déprimante, avec des guitares et des productions léchées.

LVP : Tu danses sur ta musique ?

Seulement sur scène, je pense qu’une part importante de mon travail de musicien est de faire danser le public. J’écoute beaucoup d’électro et de musique de club et j’aime danser mais ce n’est pas évident de faire bouger les gens sur des chansons acoustiques dépressives, mêmes s’il y a à chaque fois un aspect plein de joie et de jeux. Je trouve que cela facilite la chose lorsque je danse moi même. Cela me permet aussi de casser cet aspect trop sérieux de mes chansons que certaines personnes peuvent imaginer, ce qui n’est jamais le cas.

LVP : Tu espérais parler d’un sujet en venant faire cette interview?

J’essayais juste de me préparer et d’anticiper les questions en pensant à une façon cool d’y répondre (rires).