Dans cet ailleurs entre le cinéma et la scène, il y a Kowari
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Auteur·ice : Louise Duquesne
23/05/2024

Dans cet ailleurs entre le cinéma et la scène, il y a Kowari

C’est dans le fond d’un café Ixellois que nous retrouvons cette fois Damien Chierici et Louan Kempenaers. Ensemble, ils forment KOWARI, un duo electronica qui voyage entre neo-classique, stroboscopes et grands espaces. Autour d’une boisson trop chaude pour la saison, les deux comparses nous présentent leur nouvel album Memento, sorti le 26 avril dernier. Une invitation à se souvenir autant qu’à se projeter et surtout, une volonté de lâcher prise de ses deux fiers instigateurs. 

La Vague Parallèle : Salut vous deux ! Si on a l’habitude de vous voir arpenter les scènes belges avec pas mal d’autres projets, comment avez-vous fini par bosser ensemble ? 

Damien : C’est grâce à Louan, qui m’a contacté parce qu’il faisait la musique d’un court métrage. Il avait besoin de cordes et on était tous les deux, justement via nos autres projets, sur le même label. Je me souviens, c’était un jour d’été, en août 2019, il est arrivé chez moi et il a commencé à me jouer un truc, j’ai sorti mon violon, on a essayé des choses et on a super vite sympathisé. 

Louan : C’était un peu un coup de cœur musical et amical. On s’est super bien entendus et on s’est dit que ça serait cool de se revoir pour refaire de la musique ensemble, d’abord dans l’idée de faire de la musique à l’image. Et une fois qu’on a commencé à créer, on s’est dit “en fait, on se marre vraiment bien, est-ce qu’on ne transformerait pas ça en vrai projet ?” Et c’est devenu KOWARI.

Damien : C’était une petite libération aussi pour nous par rapport aux projets plus pop-rock dans lesquels on est plus cantonnés à un rôle et où on se met simplement au service du projet. Ici, on peut vraiment se faire plaisir avec nos instruments. C’était l’occasion aussi de se replonger un peu dans une base de départ néo-classique et d’aller explorer un peu la musique électronique par la suite. 

Louan : Je crois aussi qu’on a l’habitude d’être dans des projets avec beaucoup de musicien·nes et que là, le fait d’avoir un projet juste à deux, ça nous a permis de découvrir une nouvelle dynamique de duo où tout se passe à deux.

LVP : Est-ce que l’un de vous deux avait déjà certaines affinités avec la musique classique ou la musique électronique de base ? Est-ce qu’il y a eu un mélange de vos deux univers artistiques ?

Damien : On a quand même tous les deux une base classique. C’est quelque chose que j’avais un peu mis de côté depuis quelques années en jouant dans les autres projets, alors ici c’était un peu un retour à ça, c’est chouette.

Louan : J’ai aussi une formation classique de base, j’ai fait tout le cursus au piano, solfège, chorale, tous ces trucs-là, puis à l’adolescence, j’étais plus dans des groupes de rock. Et comme pour Damien, KOWARI, c’est vraiment un retour d’abord à nos instruments, au côté plus mélodique de nos instruments, le côté électronique est arrivé naturellement après dans le projet. Mais pour cet album-ci, on avait vraiment envie de plonger directement dans le côté électronique, on a expérimenté, trituré… Et une fois qu’on avait une base électronique qui nous plaisait, là seulement, on décidait d’ajouter nos instruments. C’est là qu’il y a quand même, pour moi, une grosse évolution.

Damien : Je pense que c’est aussi né de la volonté d’être à deux sur scène, si on veut aussi que ça explose à un certain moment, il fallait rajouter des touches électroniques aussi. C’est ce qu’on voulait faire, en tout cas, aussi parce que c’est amusant à jouer.

Louan : En fait, les possibilités sont tellement immenses, il y a tellement de choses et tellement de segments dans la musique électronique. Tout le monde peut s’y retrouver d’une manière ou d’une autre.

LVP : Vous venez donc de lâcher dans la nature votre deuxième album Memento. Si vous deviez le décrire en un mot, ça serait lequel ? 

Damien : Allez, j’y vais. Peinture. Parce que c’est une multitude de tableaux. Et j’espère que dans notre album, on voyage un peu comme dans une exposition à travers plein d’émotions, plein de tableaux différents. 

Louan : Moi, j’aime vraiment bien la notion d’instant, ce sont des instants de vie.

Damien : Et parce qu’on parle de tableaux, on aime bien citer Ophélie Luire qui a créé tout l’artwork autour du projet.

Louan : Oui, elle a fait un travail remarquable, elle a créé une image pour chaque titre, qui ensemble forme tout l’album. Je trouve ça vraiment très cool parce que ces planches donnent des pistes mais on n’est pas trop dans le concret non plus.

LVP : Et pourquoi Memento? 

Louan : Memento, c’est vraiment l’idée de souvenir. C’est vrai que vu qu’on fait de la musique instrumentale, on est assez libres par rapport aux noms des morceaux et donc de l’album. Là, on aimait bien l’idée que chaque morceau représente un souvenir, un moment pour nous, mais aussi pour les personnes qui l’écoutent. Ces morceaux, à partir du moment où ils ne sont plus juste à nous, ça devient des moments pour d’autres aussi. On aimait bien l’idée que chacun·e puisse se faire ses propres souvenirs avec notre musique. 

LVP : Il y a un côté très mélancolique aussi, c’est un peu quelque chose qui vous caractérise, en tout cas votre musique. Est-ce que vous êtes tous les deux des êtres mélancoliques ou est-ce que vous aimez faire de la musique mélancolique ?

Louan : C’est vrai que quand les gens entendent ma musique, ils pensent souvent que je suis quelqu’un de mélancolique. La vérité, c’est que je crois qu’on ne l’est pas du tout, ni l’un ni l’autre. On est plutôt des personnes assez joviales, des bons vivants. Par contre, je me rends compte que j’écoute principalement de la musique mélancolique, ça a toujours été la musique qui me parle, qui me touche. Du coup, j’ai toujours beaucoup fait de la musique mélancolique, c’est ce qui vient en premier.

LVP : C’est marrant parce que je me suis dit en écoutant cet album qu’il y avait un truc plus énervé, puis plus triste, ou plus joyeux, plus tout en fait. J’ai l’impression que vous avez pris les curseurs et que vous les avez poussés un peu partout. Est-ce qu’il y a un moment où vous vous êtes dit “vas-y, on se lâche et on y va” ?

Louan : Oui, on s’était déjà dit qu’on voulait vraiment pousser le curseur électronique, mais d’un autre côté, on a aussi poussé les curseurs organiques et mélodiques parce qu’il y a de la batterie, des voix, des vrai·es chanteur·euses, des sections cuivres sur certains morceaux. Je crois qu’on a tendance à faire de la musique mélancolique à la base, mais là il y avait une vraie volonté de faire aussi des musiques qui donnent plus d’entrain, avec aussi un côté plus joyeux.

Damien : C’était un peu instinctif aussi à certains moments, quand on était enfermés dans notre laboratoire, on se mettait à chanter des trucs puis on s’est dit : “en fait, c’est cool, si on faisait appel à nos copaines qui chantent bien ?” Du coup il y a plein de musicien·nes de Liège sur cet album, ça nous faisait plaisir de partager ça avec d’autres gens aussi.

Louan : Je crois en effet qu’on a un peu poussé tous les curseurs, parce que je crois qu’on se sentait plus libérés, même nous, dans notre musique, on assume qui on est. Et dans notre manière de composer, je pense qu’on était beaucoup plus clairs aussi, plus sûrs de nous, de ce qu’on voulait en tout cas. Je crois que vraiment, le truc qui change par rapport à Trail, c’est le côté plus électronique et une réelle envie de notre côté, d’avoir des morceaux qui font plus bouger aussi, que nos concerts puissent aussi être des moments de fête et de lâcher prise plus que juste des moments un peu contemplatifs. 

LVP :  C’est vrai qu’il y a un truc à la fois intime et fédérateur dans ce que vous faites. Cette musique, si on l’écoute dans son lit ou en live avec les gens, on ne ressent pas la même chose, pourtant c’est la même matière. Faire danser ensemble des personnes sur de la musique qui peut être aussi intime, ça doit être kiffant ?

Damien : Oui, on voit même des gens pleurer à certains moments aussi. Je ne vais pas dire que c’est kiffant, de voir des gens pleurer, mais forcément ça nous touche de voir qu’on arrive à toucher les gens, c’est qu’on fait vraiment passer une certaine émotion. 

Louan : Je crois que le pire qui puisse nous arriver serait de faire un concert et que les personnes du public soient indifférentes à ce qu’on fait, qu’on ait l’impression de les ennuyer ou juste qu’elles soient de marbre. C’est quand même le cœur de notre musique, de générer des émotions et d’essayer de toucher les gens d’une certaine manière. C’est curieux, mais on ne le fait pas spécialement exprès, quand on compose on ne se dit pas “là, on va bien les toucher, on va les faire pleurer”. C’est assez instinctif. Et même dans notre manière de travailler, on n’est pas trop dans le truc cérébral, on se laisse plus porter nous-mêmes par ce qu’on ressent.

LVP : C’est ça qui fait que votre musique, elle est accessible aussi.

Louan : Je crois, oui. Elle est assez universelle, au final. Je crois qu’il y a des gens qui verraient ça comme une critique de dire que notre musique est accessible mais moi, je trouve que c’est notre force. Je le prends comme un compliment parce que mon but, ce n’est pas d’exclure, ni de faire une musique réservée à un petit groupe qui comprendrait ce qu’on fait. Je suis content d’avoir toutes les générations devant nous à nos concerts.

LVP : On se quitte sur vos morceaux préférés de l’album ? À moins que vous ayez le même ?

Louan : Moi, c’est Cairo justement. C’est un morceau, qui, je trouve, cristallise bien notre envie d’explorer plein de nouvelles choses. Même la manière dont on l’a composé, j’ai adoré parce que justement, on expérimentait, on jouait et à un moment, on s’est dit “attends, c’est vraiment cool ce qu’on est en train de faire”. Et c’est aussi le morceau qui a fait qu’on a rajouté des voix dans l’album, du coup maintenant, en live, on chante aussi.

Damien : Et moi, c’est Rome 1987. C’est le morceau avec lequel on termine le set, c’est sans doute l’un des plus festifs, quelque part et il est super amusant à jouer aussi, c’est l’un des plus électroniques.

Louan : Et puis il y a le petit gimmick de voix de Juliette Bosset (Rive) dessus. En fait, il y a plein d’éléments mélodiques qui se répondent malgré ce truc très machine infernale électronique. C’est aussi un morceau que j’adore. 

Damien : Et dans les autres nouveautés de l’album, on a aussi notre premier featuring, avec Benni qui chante sur Mori. On l’a découverte lors d’un concert au Reflektor, elle est arrivée avec sa guitare, son piano, avec une voix par laquelle on a tous les deux été charmés. À ce moment-là, on était en train de composer, on réfléchissait à des featuring et on s’est dit: “bah voilà !”

LVP : Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter maintenant ?

Louan : Que de nouveaux territoires s’ouvrent à nous, que les gens seront touchés par notre musique, peu importe les territoires. Et vraiment pouvoir continuer de développer au maximum Kowari.

Damien : Qu’on continue à faire de la musique accessible aussi. Et surtout, qu’on continue à avoir cette belle amitié en plus d’être collègues, qu’on continue à s’amuser parce que chaque fois qu’on se retrouve pour bosser, au final c’est comme une petite récréation. 

Il ne nous reste donc plus qu’à vous conseiller de vous laisser porter vers un concert de Kowari, pour vous souvenir, ressentir, danser et peut-être pleurer, aussi.

14 juin 2024 – Paris, France – POPUP!
10 juillet 2024 – Gand, Belgique – Gent Jazz 2024
19 juillet 2024 – Dour, Belgique – Dour Festival 2024

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