Dans les vapeurs du Paradis Artificiel(s) de Philippe Cohen Solal

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Baudelaire rime donc avec musique en cet automne qui refuse d’arrêter de briller. Hasard du calendrier, quelques semaines après l’album de Frànçois Atlas, c’est au tour de Philippe Cohen Solal de s’attaquer au poète français. Comme son contemporain, c’est après une création musicale que l’idée d’un album sur cette époque lui est venue. Ainsi, des vapeurs musicales et des fantasmes du co-fondateur de Gotan Project naquit Paradis Artificiel(s), album monde et fascinant.

Il est de ces albums qui semblent créés pour guider les rêves. Des albums qu’on écoute et qui nous emmènent ailleurs, dans le passé comme dans le futur. Des albums qui naviguent dans les époques et créent un paradoxe temporel dans la nostalgie, tant on ne sait plus si celle-ci se crée à partir de ce qui a existé ou bien se languit déjà de ce qui existera. Paradis Artificiel(s) a la grâce de ces albums-là.

Le Club des Hachichins joue ainsi le rôle d’une introduction, d’une déclaration d’intention : explorations musicales ou célébration littéraire se mélangent ainsi pour créer une expérience musicale de 10 titres et d’un peu plus de 35 minutes qui s’écoutet d’une traite, sans pause et nous fait naviguer dans les vapeurs chimériques d’une autre époque. S’il y a bien sûr le respect du socle littéraire, Philippe Cohen Solal en dégage des ambiances et des effluves : on est emporté dans un univers différent, un monde de fantasmes et de divagations, un album sans frontières terrestres et mentales, sans soucis de langage ou de besoin de compréhension. Les ambiances sont souvent électroniques mais n’oublient jamais de rendre hommage à l’Orient, si important pour cette société du XIXème siècle. On y parle français, mais aussi espagnol et japonais, le tout avec une aisance et un sens de la mélodie toujours pointu. Il y est aussi logiquement beaucoup question de femmes et de leur voix qui emportent.

Harmonie du soir nous entoure d’une ambiance ouatée tandis que Le Parfum révèle toutes ses senteurs obsédantes qui nous emportent et nous enivrent. Philippe Cohen Solal et sa bande d’invités offrent ainsi une vision radicalement différente, et bien plus orientale, à L’invitation au Voyage, tandis qu’il adapte avec une malice toute électronique À Celle Qui Est Trop Gaie, poème maudit et interdit pendant près d’un siècle en France avant d’être reconnu pour ce qu’il est réellement : une pièce monumentale de la littérature française, bien loin du souffre et de l’outrage où l’on avait voulu l’y plonger. L’album se termine avec Rue Baudelaire, ballade crépusculaire, excipit musical comme une ballade nocturne à travers les différentes adresses connues de Charles Baudelaire.

Avec ce(s) Paradis Articifiel(s), Philippe Cohen Solal offre ce qu’il sait faire de mieux : un album d’ambiance, aux couleurs qui changent devant nos yeux, un album monde, qui navigue dans les pays, dans les lieux, qui nous emmène dans ses voyages, qu’ils se nourrissent du jour ou de la nuit. C’est aussi un album à une époque et à un auteur qui n’a sans doute pas fini d’influencer la musique française : ce nouveau chapitre de leur relation est en tout cas une réussite éclatante.