Découvertes orageuses magnétiques au Weekend des Curiosités
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Auteur·ice : Joséphine Petit
27/06/2022

Découvertes orageuses magnétiques au Weekend des Curiosités

Début juin, nous étions de passage dans la ville rose pour le grand retour du Weekend des Curiosités. Toujours à la pointe de la découverte, alliant programmation éclectique, création futuriste et activités de plein air ouvertes à tous·tes, le festival a pris possession d’un Bikini incandescent le temps de quelques jours de fête orageuse. Si le jeudi soir nous a offert une expérience inédite de contrôle de la musique par la pensée orchestrée par Molécule et The Absolut Company Creation, et le dimanche une après-midi ensoleillée de DJ sets, ce sont bien les journées du vendredi et du samedi qui ont marqué nos cœurs et nos esprits en faisant vibrer Ramonville Saint-Agne dans tous les sens. Récit de deux jours à mille à l’heure.

Vendredi 3 juin : la révélation Chien Méchant et le retour lumineux de Jacques

C’est ce vendredi de début du mois de juin que l’expression « commencer en beauté » prend tout son sens à nos yeux. Il nous aura fallu seulement quelques minutes de festival pour décerner notre palme coup de cœur du week-end. Et c’est à Chien Méchant et leur parfaite ouverture de la grande scène que l’on doit cet exploit. La virtuosité du duo aux cheveux longs réussit en un set à faire monter la température d’un Bikini qui se remplit doucement. Ça joue et ça prend du plaisir tant sur scène que dans la fosse.

Nous les quittons à contrecœur, alors qu’un set nocturne et plus long ne nous aurait pas déplu, pour filer devant la scène Curiosités. On y retrouve St Graal, qui investit rapidement l’espace alors que le public s’avance, attiré par un défilé de titres toujours plus efficaces, de Spleen en passant par Le goût de la vie, et bien sûr Les dauphins. Ça se déhanche et ça sautille autour de nous, tandis que l’artiste s’autorise des bains de foule bien mérités, et charme les Toulousain·es par son énergie communicative.

S’avance alors November Ultra qui, toute de blanc vêtue, envoûte une salle que l’on sent conquise non seulement avant même le début du concert, mais plus encore lorsqu’elle aura répété « chocolatine » une bonne dizaine de fois dans son micro. Quand elle évoque le fait de changer de métier au milieu d’une blague et qu’une festivalière lui suggère de se reconvertir en humoriste, on réalise que l’on assiste bel et bien à un spectacle dans son entier. Si l’on vient voir November Ultra sur scène, c’est non seulement pour sa musique, mais aussi pour elle, grande fée des émotions. Ainsi, alors qu’elle enchaînera des trésors tous plus émouvants les uns que les autres, de the end. à open arms, ou encore soft & tender, on passera du rire aux larmes, et de sourires béats à des fleurs plein les yeux.

Chien Méchant et November Ultra © Louis Derigon

Il faudra bien MNNQNS pour nous réveiller comme il se doit, sous des éclairs et une pluie battante que l’on bravera pour la théâtralité de la scène. Le clou du spectacle de la soirée revient sans conteste à Jacques devant un Bikini survolté, pour le premier concert de sa tournée réussi haut la main. Alternant expérimentations et chant assumé, le génie des sons s’approche d’un équilibre parfait entre créations improvisées et interprétations plus pop, dans un cocktail intelligent et solaire. Alors qu’il prend le temps de s’allonger sur la scène au milieu de ses musicien·nes, de faire monter des inconnus sur scène pour mettre une guitare entre leurs mains, ou encore de faire rire l’assemblée à courir de gauche à droite avec un technicien accroché à son boitier de micro, le plaisir partagé de retrouver la scène et de le retrouver sur scène pour le public est palpable.

Le temps de se frayer un chemin dans la foule pour apercevoir la fin du set de Lombre, et l’on s’étourdit dans un océan de lumière blanche sur Espoir noir, lorsqu’il réussit à faire s’élever les flashs devant la scène Curiosités. On se dit alors avec un peu d’émotion que « la lumière brille encore » au cœur de la nuit au Bikini. Et pour la faire briller plus longtemps encore, on se hâte pour ne pas perdre une miette du show de Lewis OfMan, à qui il suffira d’une note pour faire décoller la salle qu’on sentait retenir son souffle jusque-là. Transformé en véritable dancefloor de la scène jusqu’au bar dans le fond, le Bikini s’enflamme et résonne sur les intros déjà cultes de Las Banistas, Attitude ou encore Flash. On prendra tout de même quelques minutes pour s’éclipser et jeter un œil, puis finalement la tête et notre corps tout entier devant Johnnie Carwash et leurs petites bombes de rock garage on ne peut plus efficaces.

Jacques et Lewis OfMan © Louis Derigon

Pour terminer la nuit en beauté, on passe volontiers les quelques heures suivantes devant Tour-Maubourg et Mangabey, transporté·es le long de deux sets complémentaires à la classe indiscutable et au sens du détail enivrant, à l’heure où les gens commencent à danser pour eux-mêmes les yeux à demi-fermés. Le retour nous laissera alors un goût de plénitude sur les lèvres, à se dire que cette journée n’aurait pu mieux se dérouler alors que demain reste encore à venir.

Samedi 4 juin : danser sous la pluie avec Zaho de Sagazan et Lulu Van Trapp

Et c’est sous un ciel orageux que The Doug ouvre la scène Curiosités le samedi. Mariant prestance et autodérision, l’artiste convainc en un instant lorsque l’émotion au fond de ses yeux se décalque dans les nôtres sur des titres comme Dans le décor. À clôturer son concert avec une voix qui transperce jusqu’aux os sur Faire le bien, une chose est sûre : The Doug nous aura fait beaucoup de bien en peu de temps.

Zaho de Sagazan © Louis Derigon

On profite de la terrasse encore déserte pour filer rapidement jeter une oreille à la scène du Bikini où Zinée oblige le respect par sa présence poignante et son timbre unique, portée par un duo guitare-batterie puissant. C’est alors que Zaho de Sagazan prend le relais à l’extérieur, pour attirer la foule et la magnétiser plus encore au moindre regard jeté. Si elle aura vite fait d’envelopper la scène Curiosités dans un cocon coupé du reste du monde, on plonge volontiers dans la bulle et on se laisse porter par le voyage. Tantôt émouvant, électrisant et percutant, le set est sublimé par une pluie fine qui, comme un instrument à part entière, viendrait ponctuer la finesse du propos. « Personne ne vous voit, personne ne vous regarde, alors dansez ! », lance-t-elle à une foule déjà séduite qu’on verra lever les bras en fermant les yeux, puis repartir sonnée de s’être prise au jeu.

On s’attardera moins sur Mr Giscard et Julien Granel, qui malgré l’énergie solaire qu’ils dégagent, ne parviendront à nous convaincre qu’à demi. Alors que la salle adhère allègrement aux deux artistes se succédant dans un joyeux tumulte, le ton un peu trop feel good nous laisse régulièrement sur le côté de la route. Si la fête ingénue déteindra aussi sur les sets de Maxence et Oscar Anton, on leur accordera un peu plus d’émotion tangible dans les sourires et les bras qui s’enlacent autour de nous.

On salue donc avec euphorie Lulu Van Trapp qui s’installe sur la scène Curiosités pour une tempête que l’on n’attendait plus. Après quelques morceaux enchaînés sans trop de conviction, c’est un déluge heureux qui vient les sauver alors que le public s’éclaircit pour se mettre à l’abri, et que restent ainsi une poignée de braves festivalier·es qui rendront le concert épique, en tournoyant dans la pluie le sourire aux oreilles sous une humide Valley of Love et des Mots d’Amour trempés, jusqu’à ce que Rebecca les récompense d’un de ses célèbres plongeons dans le public.

Tandis qu’il ne reste plus que Quasi Qui pour clôturer cette scène de plein air où des perles auront brillé depuis la veille, le duo n’a rien à envier à ceux qui les ont précédés. Malgré du retard et des débuts techniques laborieux, on applaudit la persévérance de Yehan et Zadi, dans un set tout en ascension, où l’on profite de plus belle à mesure qu’on les sent plus à l’aise, des pépites Epoch et Gentle Squeeze à des morceaux encore inconnus ouvrant la porte à d’autres espaces. Quand ils nous confieront quelques heures plus tard qu’il s’agit de leur second concert sous cette formation, on pensera qu’il nous tarde de voir les suivants.

Contrefaçon © Louis Derigon

Dire au revoir à un festival, c’est tout un art. On choisit toujours avec une pointe de nostalgie d’avance le dernier concert devant lequel on fera corps avec la foule en se répétant de profiter de ces instants qu’on sent déjà se faufiler vers nos souvenirs longue durée. C’est ainsi que nous avons accueilli à bras ouverts l’idée d’un closing explosif signé Contrefaçon dès l’annonce de la programmation. Et pas le moins du monde nous ne fûmes déçu·es. « Montrez-nous de l’amour le Bikini » demande le groupe, et de l’amour, le Bikini en a encore à revendre. Dans une épopée tant visuelle qu’auditive où le public n’a fait qu’un, Contrefaçon nous aura élevé·es, emporté·es, puis aimanté·es, jusqu’à imploser en un pogo final exaltant.

Il ne nous restera plus qu’à quitter la salle à contrecœur pour rentrer nous remettre de nos émotions. Brûlant, palpitant et toujours à la pointe des découvertes, le Weekend des Curiosités aura sans conteste tenu toutes ses promesses. On prend rendez-vous dès maintenant pour l’année prochaine !

 

 

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