DOMi & JD Beck, les nouveaux cool kids du jazz US
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Auteur·ice : Augustin Schlit
19/08/2022

DOMi & JD Beck, les nouveaux cool kids du jazz US

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. À l’âge d’or du sampling et des remakes à gogo, l’adage de Lavoisier n’a jamais sonné aussi juste. Et honnêtement, si l’on peut parfois déplorer cet état de fait, dans l’immense incertitude qu’est notre monde, l’idée a quelque chose de rassurant… En musique, aucun courant ne semble mieux illustrer ce concept que le jazz. Vieux de plus d’un siècle, longtemps snobé par les masses puis finalement réintroduit au cœur de l’histoire collective, à travers le hip-hop notamment, l’héritage de John Coltrane et consorts se porte comme un charme. Nouvelle preuve aujourd’hui avec l’arrivée du premier projet officiel de DOMi & JD BECK.

Encore relativement anonyme de ce côté de l’Atlantique, le duo californien a déjà toutes les cartes en main pour entrer dans l’histoire. Après avoir engrangé un solide capital sympathie au fil des nombreux live streams qui ont rythmé notre pandémie, les deux jeunes virtuoses ont réussi à s’attirer les faveurs d’un nombre impressionnant de leurs pairs. Le plus significatif étant bien sûr notre bien-aimé Anderson .Paak qui, après les avoir signé·es sur son label Apeshit, vient de les accompagner dans le chemin semé d’embuches qui conduit au passage obligé du premier album.

 

Ce chemin, nos deux jeunes ami·es ne l’empruntent donc pas seul·es, loin de là. En effet, leur illustre mentor, quand il ne met pas lui-même la main à la pâte, a surtout permis au duo de profiter d’une liste d’invités dont peu oseraient rêver à ce stade de leur parcours. Outre certaines têtes qu’on n’est pas vraiment surpris·es de retrouver : Thundercat – dont les harmonies vocales accompagnent à merveille le titre BOWLINNG – et notre slacker préféré Mac DeMarco (qu’on avait déjà aperçu dans le clip de SMILE) ; on est agréablement surpris·es de découvrir la présence de la légende Herbie Hancock, dont la participation au projet a des airs de consécration. Enfin, il semble impensable de ne pas souligner les interventions de Snoop Doggy Dogg et Busta Rhymes sur PiLOT. Il faut dire que le titre, une fois n’est pas coutume, réussit à mettre le hip-hop au service du jazz et non l’inverse. Chose suffisamment rare pour être soulignée, surtout venant de la part de deux gaillards qui ne sont pas vraiment connus pour se mettre en retrait.

 

Pourtant, parmi cette ribambelle étourdissante de GOATs, la collaboration la plus captivante du projet reste bel et bien celle qui unit nos deux jeunes héros. Bras dessus, bras dessous, imperturbables face aux légendes vivantes qui croisent leur chemin, ces derniers semblent unis par une alchimie venue d’un autre monde. Dès lors, aussi qualitatives que soient les interventions des divers invités, à aucun moment on n’oublie que nous sommes bel et bien sur le disque de DOMi & JD BECK. Et pour cause, le jeu frénétique des deux ami·es a ce quelque chose d’hypnotique qu’il réussit à constamment occuper l’espace tout en évitant soigneusement de trop l’envahir. À la fois hyperactive et totalement appliquée, la symbiose de leurs styles de jeu ressemble à un magnifique bordel organisé. En ce sens, les deux zoomers ont complètement cerné l’irrévérence qui fait du jazz un courant aussi envoûtant qu’intemporel.

Bien évidemment, et puisque chaque pièce a son revers, le style endiablé qui prédomine sur NOT TIGHT ne fait pas mouche à chaque fois et risque de perdre quelques auditeurs dans sa course effrénée. En effet, par moments, comme par exemple sur le bien nommé SPACE MOUNTAIN, les fulgurances peuvent avoir une fâcheuse tendance à créer un sentiment de vertige qui peut parfois paraitre indigeste. Comme si l’énergie qui se dégage de la synergie des deux artistes était telle qu’iels n’étaient pas toujours en mesure de la canaliser.

 

Malgré cette réserve, que les moins cyniques d’entre nous auront sans doute raison de qualifier de broutille, NOT TIGHT n’en reste pas moins un tour de force mené par une des formations les plus excitantes de sa génération. Avec ce premier album, DOMi & JD BECK s’inscrivent avec audace dans la grande histoire du jazz, se plaçant ainsi comme les futurs représentants indispensables d’un genre qui a encore de beaux jours devant lui.


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