Empress Of : "J'aime être une artiste pop"

Tu fais tourner ?
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C’est sous un grand soleil que le prestigieux site du Botanique nous a accueilli en ce début de printemps pour un entretien avec la pétillante Empress Of, future icône de la pop. Et si nous étions déjà assez excités de voir l’artiste enflammer la Rotonde le soir-même, nous l’étions davantage à l’idée de rencontrer Lorely Rodriguez, une jeune femme simple et attachante. Dans un esprit bon enfant très naturel, c’est tout sourire qu’elle nous a reçu dans sa loge pour nous parler de son nouveau projet Us, de la place des femmes dans le monde de la musique ou encore du dernier album de James Blake. Retour sur cette rencontre solaire. 

© Lotte Torsin / Empress Of au Botanique – Mars 2019

La Vague Parallèle : Bonjour Lorely ! Première fois en Belgique?

Empress Of : Nope, deuxième fois! Je suis déjà venue jouer au Botanique il y’a trois ans et j’adore cet endroit.

LVP : Du coup tu connais déjà la vibe belge? 

Empress Of : Oui, c’est vraiment cool ici. Il y’a quelques coins très sympas et jolis à visiter et surtout la nourriture est incroyable ! Je crois que j’ai besoin de frites là tout de suite… (rires)

LVP : C’est déjà le sixième concert en Europe de ta tournée. Comment ça a été jusqu’ici? 

Empress Of : C’était six concerts d’affilée et ça a été dingue! C’est beaucoup de travail. Je n’étais pas revenue ici depuis trois ans au vu de mes nombreuses tournées en Amérique du Nord ces dernières années. Mais j’ai la sensation que je devrais venir en Europe plus souvent. Hier soir, après mon show à Paris par exemple, des gens sont venus me voir et ont commencé à me prendre dans leurs bras en me disant à quel point ma musique les affectaient. Ca m’a juste donné envie de revenir ici plus souvent et d’entretenir ce genre de moment avec mon public.

LVP : On parle beaucoup de toi comme d’une “artiste pop”. Quelle est ta définition de la pop? 

Empress Of : J’aime beaucoup ce mot, “pop”. C’est un mot incroyable et très vaste qui veut simplement dire “aimé par beaucoup de personnes”. J’aime quand ma musique est considérée “pop”, j’aime être une artiste pop. Malgré cela, j’aime aussi beaucoup tous ces artistes qui viennent brouiller la définition du genre comme Christine & The QueensLana Del ReyBillie Eilish. C’est le genre d’artistes qu’on n’entend pas forcément tout le temps à la radio mais qui chamboulent suffisamment ce registre pour le rendre plus intéressant encore.

LVP : Tu parles ici de Christine & The Queens qui était justement à ton concert hier soir à Paris. Comment vis-tu cette reconnaissance d’autres artistes dans le monde? 

Empress Of : Je me sens vraiment chanceuse. était présente lors de mon concert à Copenhagen et hier Christine était à Paris. Ces femmes, je les admire tellement et elles m’inspirent beaucoup. Le fait qu’elles assistent à mon concert me fait comprendre que je suis sur la bonne voie, que si mes artistes préférées soutiennent ma musique c’est que ce n’est pas une perte de temps totale.

LVP : Ton second album Us est sorti il y’a quelques mois déjà. Es-tu fière de celui-ci? 

Empress Of : Tellement fière! J’ai fait quelque chose qui ne me faisait pas peur. Tu sais, beaucoup d’artistes angoissent beaucoup à l’idée d’un second album avec cette envie de vouloir faire mieux que le premier. Le pire, c’est pour le troisième, certains pensent que c’est à ce moment là que tout se joue. Je trouve ça stupide, je ne voulais pas ce genre de pression pour Us. Cet album m’a donné l’occasion de réellement faire ce que je voulais, de me connecter à d’autres personnes. En tournée, je me rend vraiment compte de l’impact que les paroles ont eut sur le public. C’est toujours dingue de voir le public reprendre les chansons de ton album.

LVP : Sur Youtube, dans les commentaires de ton clip pour I Don’t Even Smoke Weed, on peut lire ceci : “Merci d’avoir produit la bande-originale de mon adolescence”. Ça te rend heureuse de voir que le public se réfère à tes paroles pour exprimer ses émotions? 

Empress Of : C’est trop mignon. Généralement, je ne lis jamais les commentaires au risque de me choper une crise de panique. Une fois j’ai tenté le coup sur le clip de When I’m With Him et j’ai lu un truc du genre “Elle est devenue trop pop, ça me manque son côté avant-garde”. Les gens sont autorisés à penser ce qu’ils veulent, mais je ne trouve pas ce genre de remarque constructive et je n’aime pas cette façon de parler du terme “pop” comme de quelque chose de négatif. Mais pour en revenir à la question, la relation que le public entretient avec ma musique me fait me sentir incroyable.

LVP : Avec cette nouvelle salve de titres, on ressent un véritable changement dans ta musique avec Me, un premier album plus électro-pop et ce nouveau Us qui embrasse le côté plus joyeux et dynamique de la pop. Comment expliquerais-tu cette transition? 

Empress Of : Je pense que quand j’ai écrit Me je traversais une période assez cruciale dans mon processus de découverte artistique. J’étais aussi agacée par beaucoup de choses. Agacée par la façon dont j’étais traitée en tant que femme, par la façon dont mon ancien copain me traitait, par la façon dont la société me traitait. J’étais juste énervée. Et je pense que ça s’entend beaucoup sur le projet. Pour ce nouvel opus, je suis revenue à Los Angeles, d’où je suis originaire et ça m’a fait beaucoup de bien. Du coup, on peut ressentir où j’en suis dans ma vie actuellement avec notamment plus de joie.

LVP : Sur Trust Me Baby, on t’entend chanter en espagnol. C’était important pour toi de mélanger les deux langues sur cet album?

Empress Of : J’ai toujours chanté en espagnol. J’ai sorti mon EP Systems en 2013 qui était moitié anglais et moitié espagnol. Je pense qu’aujourd’hui les gens sont beaucoup plus familiers avec les musiques du monde. De plus en plus d’artistes sont connus mondialement sans pour autant chanter en anglais : Christine chante en français, Yaeji et Peggy Gou en coréen et pour l’espagnol on peut citer Rosalìa ou encore Bad Bunny qui est l’une des plus grandes stars du monde. C’est aussi grâce aux réseaux sociaux qu’on a adopté cette attitude plus ouverte, plus “global”.

LVP : Dirais-tu que tu es aussi sentimentale dans ta vie que sur ton album? 

Empress Of :  Je suis vraiment mauvaise pour exprimer ce que je ressens et je pense que ma musique m’a permis de surpasser cela. Je reste tout de même chaleureuse et avenante malgré cela. Je vis juste ma vie et je me prend pas la tête. Mais non, je ne me décrirai pas comme une personne sentimentale.

LVP : Comment te décrirais-tu? 

Empress Of :  Comme une vraie cinglée. J’aime beaucoup rire. Quand quelque chose me blesse, je ris. Il y’a un passage dans mon titre Timberlands où je dis : “Je suis toujours la première à rire quand ça fait mal” Et c’est vrai, j’utilise beaucoup l’humour pour surmonter certaines choses de ma vie.

LVP : En 2015, au travers de ton titre Woman Is A Word, on ressentait déjà une certaine forme d’engagement face au sexisme de l’industrie musicale. Comment penses-tu que la situation a évolué depuis? 

Empress Of :  Je pense que notre société commence à se demander comment nos actions peuvent toucher les autres, autant pour les hommes que pour les femmes. Cependant, il y’a un réel problème quand on remarque par exemple que les femmes sont si peu présentes sur les affiches de festivals. D’ailleurs, un tout grand respect à Primavera pour avoir programmé autant d’artistes féminines cette année. Les femmes produisent de la musique et ne veulent plus entendre des questions du genre “Qu’est ce que ça fait d’être une femme et une artiste?” On veut lutter contre ce genre de discrimination, comme l’a fait Solange avec A Seat at the Table. Et ça s’applique aussi aux artistes de couleurs, aux artistes trans, etc. On veut juste être présents. Être sur les line-ups, sur les contrats et être payés de manière équitable.

LVP : Quel est ton album préféré de 2019 pour l’instant? 

Empress Of :  Je l’ai pas encore vraiment beaucoup écouté mais j’adore Assume Form, le nouveau James Blake. Il est tellement bien et du coup je trouvais ça un peu dingue que Pitchfork l’ai démonté comme ça avec un score minable. Mais bon, who cares? J’aime tellement écouter ses textes à propos d’amour. Parce que c’est un album très positif en réalité, à propos d’amour et d’évolution. J’estime que c’est important que les hommes parlent d’amour comme il le fait.

LVP : Pourrais-tu nous convaincre de venir plus tôt au concert tout à l’heure pour ne pas rater la performance de ta première partie Banoffee?

Empress Of : Sa musique est incroyable et j’étais vraiment ravie qu’elle accepte de m’accompagner sur la tournée. D’autant plus que c’est une proche amie à moi. Elle sait danser, elle sait chanter, elle produit ses propre instrus : c’est juste une légende.

LVP : Dernière question qu’on aime beaucoup poser : si tu devais définir ta musique en un seul plat, ce serait lequel?

Empress Of : Je dirai le ceviche. Juste parce que c’est cru. (rires) Aussi parce que c’est traité et citronné. Et puis finalement c’est aussi un peu épicé, un peu relevé.