Exploration de La Renaissance musicale avec Tessa Dixson

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Le 13 mars dernier, Tessa Dixson sortait son tout premier opus Genesis, l’alter ego de sa (re)naissance musicale. L’envoûtante artiste belge garde son ADN mais prend un virage musical avec cet album. Une œuvre remplie de contraste mélancolique et d’éclectisme dansant, fascinant. Nous avons eu la chance de lui parler musique et arts visuels, dans un essai de décryptage du mystère dark pop aux beats entraînants.

© Photo : Téta Blémont

Il faut avouer que parfois le succès d’un·e artiste fait parler de sa carrière, sans mettre en avant la difficulté de se faire une place dans le monde de la musique. Pour Tessa en revanche, ça a été plutôt “simple” en vérité. Elle a commencé quand elle était jeune et a rencontré assez vite son manager, qui l’a aidée à se faire sa place et à signer avec son label (PIAS). “Je n’ai pas rencontré trop de problèmes sur la route mais c’est sûr que ce n’est pas un fleuve tranquille. Il faut travailler et avoir les bonnes connexions aussi. Je n’avais pas spécialement les ressources pour aller plus loin dans la musique et ce qui m’a aidée c’est de rencontrer des gens, pouvoir faire beaucoup de musique, etc. Plein de petites choses qui font qu’on en est là aujourd’hui.”

Des difficultés pour les femmes dans ce secteur, il y en a. C’est une problématique dont on parle beaucoup en ce moment. Loin de vouloir se faire passer en victime, c’est justement le moment de reprendre le flambeau et de montrer que les femmes dans ce secteur sont bien présentes, même si en trop petite quantité. C’est l’occasion de les mettre en avant, notamment avec l’initiative de Laisse Les Filles Tranquilles x Ancienne Belgique qui faisait état de la présence féminine et appelait à supporter nos artistes. Quant à Tessa, elle nous avoue qu’elle ne travaille pas avec beaucoup de femmes. Elle se retrouve souvent en réunion uniquement avec des hommes. Elle nous explique ne pas s’en rendre compte au jour le jour, mais avec le recul, il devient clair que le milieu manque de femmes. “J’ai cherché une fille pour venir sur scène avec nous et c’est la seule qui, je pense, est assez bonne sur scène dans la musique qu’elle fait. Il n’y en a pas beaucoup, même, qui sont musiciennes. C’est pour ça que c’est cool, je vois qu’il y a énormément de filles qui essayent de se faire une place dans la musique. Autour de moi j’ai l’impression qu’il y a plus de femmes que d’hommes qui essayent de percer, et qui réussissent d’ailleurs.”

Ce qui rend aussi l’art de Tessa Dixson unique, c’est la dentelle qu’elle offre à nos yeux. Son identité visuelle n’est pas choisie au hasard et ça apporte énormément à sa musique. Le style de Tessa s’est énormément affiné depuis son premier single Prayer. Une identité co-créée par l’artiste et Vue Studio (Marie Maite & Nils Van de Cauter), qui ont aussi travaillé sur l’identité visuelle du Fifty Lab, Nacht Van De Verbeelding, Emma Bale, etc. À la pointe du graphisme, leurs projets ont toujours quelque chose d’edgy qui ne manque pas d’esprit. Tessa nous a emmenés sur les débuts de la collaboration. “En fait, j’étais arrivée à un stade où il y avait besoin d’une équipe de DA (direction artistique, ndlr.) parce qu’au final, les idées, elles émergent plus ou moins de ma tête mais je n’ai pas vraiment les ressources pour les mettre en place. J’ai quand même fait du graphisme donc je sais à peu près ce que je veux. Mais je n’avais pas les requis pour que ce soit vraiment bien. Donc ils·elles travaillaient déjà avec Charlotte (Charlotte Caluwaerts de Tundra, ndlr.) avec qui j’ai fait l’album. Je les suivais déjà depuis un petit temps et eux aussi donc c’était super naturel. Donc ça va faire plus d’un an je pense qu’on travaille ensemble. Ils·elles ont vraiment pris le temps de comprendre qui j’étais. Je pense que c’était vraiment une recherche de deux mois pour comprendre de A à Z comment on allait faire tout ce qui était visuel ensemble. On a eu plein de meetings au début, on a été boire des verres, on a fait des choses ensemble. Donc ils·elles ont vraiment pris le temps de comprendre mon univers. Parce que même moi je ne pourrais pas leur expliquer, parce que je suis dedans et au final Marie et Nils ont presque mieux compris qui j’étais que moi-même. Ils·elles sont vraiment super fort·es dans la qualité, la profondeur de leur travail. Je trouve que c’est important de travailler comme ça en général.”

Pour ce grand projet qu’est la sortie de son premier album, Tessa a travaillé son univers visuel dans un but de cohérence pour son album. Puisqu’elle travaille vraiment main dans la main avec Marie et Nils, c’est assez intéressant de comprendre le processus qui les a amené·es à faire tels ou tels choix. “Là pour l’album, on avait parlé des directions qu’on voulait prendre. Et puis moi j’ai eu l’idée de prendre des peintures de la Renaissance, baroques etc., et de les rendre modernes. Du coup on est parti de ça et c’est eux·elles qui ont fait la recherche plus approfondie sur les différentes peintures, pour faire des liens dans les singles.”

C’est souvent plutôt de l’ordre de la conversation, pour aller vers ce qui ressemble le plus à Tessa et complète son univers, ce qui aide beaucoup à lui donner cette sincérité qu’on admire. Son art ne devient complet qu’accompagné de ces éléments visuels qui lui donnent encore plus de sens. “Pour Tender Me, on est parti de l’idée des fleurs et de là directement j’ai eu l’idée de travailler avec Kenia Raphaël (Swing, YellowStraps, Bison 4, …) qui a déjà fait des scénographies pour pas mal de gens et j’avais vu qu’elle avait fait une scéno avec des fleurs et des structures en métal et je trouvais le contraste trop beau – justement, qu’il fonctionnait bien pour la chanson. Puis, deux jours avant qu’on filme, j’avais trouvé une photo sur Instagram de deux hommes qui étaient torse nu et ils se touchaient mais pas du tout de façon sexuelle. C’était super beau donc je me suis dit que j’aimerais bien ça dans mon clip, en fait. Pour moi ça représente bien la chanson, c’est juste de la douceur entre deux personnes, pas spécialement qui s’aiment mais juste en général. Donc là c’était en last minute.” Une créativité, une spontanéité qui se ressentent dans la personnalité de Tessa Dixson, dans ses lives et dans sa musique surtout. Elle nous raconte d’ailleurs que la couverture de Genesis a été réalisée comme ça. Ils avaient tous les trois une idée complètement différente et le jour du shoot ils·elles se sont rendu compte que ça ne marchait pas donc ils·elles ont rebondi et ont constitué le mot Genesis avec des faux cheveux, en seulement deux heures.

Si visuellement elle nous éblouit d’une poésie rare, à l’ouïe c’est tout aussi beau. L’esprit qui s’en dégage est directement perceptible, c’est mélancolique et dark mais toujours rempli de dynamisme. L’ennui n’est pas une émotion à assimiler à la musique de Tessa, surtout sur Genesis. Même dans ses lives tout le monde est dans une concentration intense. Elle s’est déjà elle-même décrite comme “The girl in black singing sad songs”. Oui, elle chante des chansons tristes, c’est plutôt clair. C’est aussi plus facile à mettre sur papier et ce, d’ailleurs, pour beaucoup d’artistes. En s’y penchant quelques instants, il est vrai que souvent il est tellement plus facile de faire de l’art dans la souffrance, ce qui ajoute un peu au stéréotype de l’artiste torturé·e. Tender Me, c’est la première chanson qui est un peu plus positive. Le morceau amène une légèreté parmi des titres qui sont au final assez durs, comme Burn, Hurts So Good et My Love (le featuring avec l’artiste belge Yusuf). Au niveau de son écriture de ces titres, elle se base plus sur des sentiments généraux que sur des moments précis. De l’écriture de deux-trois phrases sur son téléphone à la création d’une chanson. Parfois ça passe aussi par des expériences qui sont arrivées à ses proches et elle ressent le besoin de les transformer en chanson. Burn par exemple raconte l’histoire d’une relation toxique d’une de ses amies, dont elle voulait vraiment raconter l’histoire. 

Ce qui fait la puissance de cet album, c’est son intensité et sa capacité à s’adapter à certains sentiments, tout en les mélangeant par moment. Avec tout de même une constante du thème de l’amour et de la mélancolie, dans Genesis et dans la musique de Tessa en général. Pourtant, on se retrouve à écouter des musiques qui pourraient être produites par différents artistes sur un même opus, formant une unité aussi poétique que rythmée. Le voyage s’opère en toute efficacité, partant d’un titre comme Tender Me qui se rapproche de ce que faisait Tessa auparavant, en passant par Promised Land – le titre a cappella qu’on s’impatiente d’entendre en live – puis Keep Going et Coming Home qui nous entraînent sur des contrées electro/clubby. Un choix hyper pertinent. “C’est pour ça que l’album s’appelle Genesis. C’est un peu la renaissance de ma musique. J’ai commencé à faire de la musique quand j’étais très jeune et j’ai toujours cru que j’allais faire de la pop. Du coup tous les singles que j’ai sortis sont très ressemblants, dans le genre un peu dark pop. Je ne dis pas que je vais en sortir complètement, mais maintenant j’ai un peu compris que je pouvais aller plus loin que ça. C’est pour ça que l’album est hyper contrasté, parce qu’en fait c’était important pour moi de montrer que je pouvais faire plus. Que je peux faire plein de choses différentes, parce que j’ai plein d‘influences différentes. Je vais en soirée techno, j’adore ça depuis que j’ai 16 ans, ça fait partie de ma vie aussi donc c’est pour ça qu’il y a pas mal de chansons là-dedans qui sont clubby. Même le set maintenant ça va être la fête, alors qu’avant c’était un peu plus pop. C’est aussi pour ouvrir la porte vers le futur.”

Si vous vous demandiez ce que Tessa Dixson écoute, elle nous avoue avoir eu un petit coup de cœur pour 070 Shake qui passait à Dour en 2018“J’avais vu une Session Colors qu’elle avait faite et je n’étais pas complètement fan. Puis elle a sorti son album et je l’ai écouté en boucle, incroyable, INCROYABLE. Je ne sais pas ce qui fait que d’un coup j’ai adoré, mais ses chansons, c’est trop fort. Les prods qu’elle utilise sont incroyables. Et sinon avant ça aussi Clairo, son album qui vient de sortir est hyper beau. Je pense que la première chanson, quand je l’écoute maintenant elle me fait mal au cœur. Elle parle du fait qu’elle allait se suicider, c’est horrible. Mais c’est trop beau, elle est trop mignonne.” Ces deux artistes font partie des concerts pour lesquels elle achèterait directement sa place, sans hésitation aucune. Elle nous explique qu’elle rajouterait King Krule et FKA Twigs mais que tous·toutes ces artistes sont passé·es à Bruxelles et qu’elle les a raté·es, une petit larme versée pour beaucoup d’amour. En ce qui concerne le featuring un peu bizarre qu’elle aimerait faire, son choix se porte sur Anastacia, cette icône pop des années 90 et ses jeans taille basse et lunettes colorées, qu’elle adore depuis qu’elle est petite. ” I’m outta love…” – chantonne.


 

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