Fenêtre d’Asie #1 – Terre sainte 

Tu fais tourner ?
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Chaque mois, Antoine vous fait partager l’esprit de l’adolescence  vagabonde, la fougue ou la mélancolie de ses émotions musicales depuis son exil à Bangkok. Une chronique rock hétéroclite qu’il égrène au filtre de ses ressentis, au gré des horizons asiatiques visités. Ou comment le spleen et la subjectivité  épousent la liberté et les chemins ouverts. Car comme l’écrit Dylan, «  Une chose est sure, ce n’est pas Dieu qui commande, mais ce n’est pas le diable non plus” .

Jamais je n’avais vu un ciel aussi blanc, surplombant une terre brûlée aux multiples reflets orangés. Une allure de bout du monde jonché de stupas anciens de 800 années, la frontière birmane séparée de l’horizon par des lacs aussi immenses qu’inconnus. La province de Kanchanaburi, cette élégante nonchalante qui s’étire et embrasse le passé sombre de baisers rouges et mortels. Une terre propice à l’errance, à la recherche du dernier amant, de l’ardeur de la nature exaltée.

Ces chemins aimantés qui murmurent dans les profondeurs de mes souvenirs… 2001. Une autre Odyssée. Celle d’un groupe culte – Lift to Experience – auteur d’un seul album messianique qui commençait ainsi “This is the story of three Texas boys busy mindin’ their own business / When the Angel of the Lord appeared unto them…”. Noyées littéralement dans le larsen, de bonnes fées ont eu l’heureuse idée de remixer leur « Texas Jerusalem Crossroads » il y a quelques jours. Miracle, plus de nuances et d’équilibre, la voix de Josh T. Pearson belle et douce comme une empreinte fertile ; preuve en est avec le lyrisme incarné de « Waiting to hit ».

Ce pays d’exil – cette ville de lumières tentaculaires qui s’anime toutes les nuits comme par enchantement, ces provinces gonflées de tiédeur moite et propices à la contemplation –  ne me ramène pas seulement à ma nostalgie post-adolescente. Il épouse mes sentiments de l’instant comme le susurre tendrement Matt Maltese dans « In a New Bed » chanson de fin de soirée d’une simplicité émouvante.

Des sentiments qui se cherchent néanmoins dans la palette de la chaleur monochromée des journées bangkokiennes.

Moins sensible au noir et blanc des « Ourses polaires » de Tim Dup, ce « ramasseur de souvenirs »  découvert dans le froid d’une escale parisienne, ce froid qui saisit les courbures de l’âme, cette mélancolie, une brise de tristesse passagère qui rend heureux.

Moins versé dans la saine violence des rejetons de The Fall – la gueule de travers de Mark E. Smith en moins – Sleaford Mods et leur nouveau single « B.H.S. » singeant  Sir Philip Green profitant de son yacht après avoir laissé des milliers de personnes sur le carreau.

Privé de saisons, des sentiments un peu égarés, à la recherche des infinis pigments de la douceur amoureuse, d’une terre pleine de regards, à la recherche du passant qui erre en moi. Fort heureusement, le début d’année 2017 fournit son lot de chansons qui se déclinent comme des ombres lumineuses, de la voix de London Grammar qui gonfle ma poitrine de respirations étrangères jusqu’à la clarté, vers les brisures de Sampha qui s’émancipent  comme s’il pleuvait à verse.

Si ça vous emmerde, pas d’inquiétude, Ty Segall revient déjà. Classique. « Break a guitar ».