I Want To See Everything : la fougue perpétuelle de SPARKLING

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C’est avec soulagement et non sans appréhension, que le plus anglais des groupes post-punk allemand nous offre leur premier album intitulé I Want To See Everything. Un album qui incarne à merveille la fougue de ces trois jeunes adultes plongés au sein d’un monde encore bien trop mystérieux et qu’ils s’empressent de connaître sur le bout des doigts. Un monde qu’ils veulent comme synonyme de tous les possibles et dépourvu de secrets. SPARKLING c’est donc ce trio originaire de Cologne, composé de Levin et Leon Krasel ainsi que de Luca Schüten, un trio qui se livre à cœur ouvert et nous présente cet opus long format pour le moins osé, un ovni musical que l’on pourrait qualifier de melting pot des genres mais un ovni qui nous aura sans nuls doutes séduits.

La vie est une montagne russe de hauts et de bas. Une attraction branlante où les écrous du siège pivotant peuvent lâcher à tout moment et nous priver d’une prospérité ad vitam æternam tout comme nous élever vers un bonheur infini, une satisfaction à part entière. Mais après tout, il faut reconnaître que certaines de ses dérives ont du bon et qu’elles soient chaotiques ou non, au final ce sont grâce à elles que nous parvenons à appréhender notre existence, bien que notre approche en reste encore trop souvent timorée. Mais quel lien avec SPARKLING, vous direz-nous ? Un peu de patience et prenez pleinement conscience des quelques mots qui suivent. Parlons sans filtre et constatons ensemble que la vie d’artiste n’est en rien légitime ni facile d’accès, et si certains membres de l’élite excellent dans leur domaine, une grande majorité ne cesse de se démener autant que possible pour survivre. Et c’est le cas de ces trois jeunes artistes qui, il y a quelques années, lorsqu’ils vivaient à Londres luttaient tant bien que mal pour pouvoir payer le loyer de leur 12m² à eux trois. Garder la tête hors de l’eau afin de ne pas se faire submerger par cet océan de précarité était leur leitmotiv. Et ça a payé, la preuve aujourd’hui.

D’entrée de jeu, Sparkling nous captive et nous emporte dans son univers atypique. Le titre éponyme ouvre alors cette œuvre musicale quelque peu marginale. On vous parlait d’un mélange des genres mais le propos est aussi valable d’un point de vue linguistique. En effet, le groupe prend soin de mélanger leur langue maternelle à leur langue d’adoption qu’est l’anglais, et puisque d’ordinaire, on ne fait jamais deux choses sans trois, le français s’y rajoute. Alors non, on ne vous traduira pas les quelques lignées écrites dans la langue de Kafka car on aurait bien du mal et on se sentirait ridicules, mais ce que l’on constate dans l’ensemble, ce sont des envies hardies, une soif inébranlable de découvertes – I want to see the world / Je veux tout voir / Je veux voir le monde – , la volonté de partir à la conquête du monde, de lever ces quelques voiles de mensonges et faire face aux innombrables faits véridiques enveloppés par ce dôme qu’est l’existence. Musicalement parlant, ce qui nous bouleversera le plus, ce sont ces quelques accords de guitare avant que le morceau arrive à terme et où la mélancolie mais surtout les rêveries parleront d’elles-mêmes. Ni une, ni deux, le disque continue dans sa lignée et nous dirige vers We Don’t Want It, un morceau aux influences new wave, où les synthés règnent en maîtres et où les sonorités électroniques prennent alors la relève. Le fait qu’il n’y ait absolument aucunes limites dans leur univers musical et qu’il semble impossible pour ces trois lascars de se cantonner à un seul et même genre, justifie leur aliénation qui les rend si uniques et attachants.

Après des débuts difficiles, Alive est la preuve irréfutable qu’un souffle de vie et d’espoir continue à les alimenter, et surtout, les animer. Ce que l’on conserve du trait punk si particulier chez ce groupe, c’est cette part d’engagement, l’engagement de se défaire des ondes pessimistes mais aussi de ne jamais renoncer au futur et de continuer à aller de l’avant malgré les erreurs, les déceptions et les échecs. Ici, le groupe a par ailleurs usé du vocodeur (peut-être un clin d’œil à cette caractéristique si propre aux deux frenchies casqués, qui sait) et on aime ou on aime pas. L’écoute se poursuit alors sur Champagne, l’un de leurs singles qui avait vu le jour plus tôt dans l’année, un morceau au rythme effréné et sans limites mais qui contourne avec délicatesse la problématique des masques qui tombent lorsque la gloire et les éloges pointent le bout de leur nez. Avec Alles nur Vielleicht, Sparkling prendra goût à jouer avec sa langue mère dans un morceau electro-indie-dantesque (pas sûr que le terme fasse l’affaire, mais vous avez saisi l’idée), un morceau dont le sens perpétuera un réel mystère mais qui ne manquera pas de nous séduire. Mais également un morceau nomade où, arrivés à mi-chemin de cette aventure, les voix ne cessent de nous mettre en confiance. On plonge ensuite dans les chimères du trio de Cologne avec le titre When I Go To Sleep, où les questionnements fusent en masse – Do you ever dream about something that will never happen?/ Will there ever be a place like the one I dream about? – des questionnements qui semblent avoir de l’importance et qui semblent trouver leur origine dans une déception amoureuse, sans surprise. Alors, l’unique solution semble être de se rattacher à ses illusions, à un imaginaire qui ne sera jamais nôtre mais qui nous permet de continuer à croire que ce qui est impossible ne le reste jamais à perpétuité.

What Do I Dream About, morceau partiellement hip-hop se joint à Next To Me, où la créativité et l’authenticité du groupe fait de nouveau ses preuves. Cette track met d’ailleurs l’accent sur un défaut omniprésent chez bon nombre d’individus qui n’est autre que le fait d’être aisément influençable. Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour ? Vivre à travers l’autre, quitte à s’abandonner et le satisfaire un maximum, c’est tentant, alors on s’y essaie forcément. Fort heureusement, une minorité réussit à garder un peu de bon sens et sait rester fidèle à elle-même. L’amour rend certes aveugle, mais attention à ne pas faire de ce cas une généralité. À quelques pas de la fin, on y retrouvera deux singles et parmi eux, Something Like You, déjà présent sur leur premier EP This Is Not the Paradise They Told Us We Would Live In sorti en 2016. Ce morceau qui porte bien les traits de l’ère post-punk, où la batterie est énervée et les guitares pareillement, constitue à lui seul une colère qui bout depuis trop longtemps, une furiosité arrivée à saturation et qui éclate en l’espace de 2min36. Des mots se posent sur une révolte, une déception menant à l’espoir d’une société meilleure et correspondant aux idéaux de SPARKLING, c’est-à-dire une société où la malveillance, les faux semblants et tous leurs fastidieux copains n’ont pas leur place. Force est de constater que si tout cela pouvait se faire en un claquement de doigts, le monde se porterait bien mieux. Du côté de The Same Again, titre résolument pop où une multitude d’interrogations malmènent l’esprit de ces trois jeunes hommes – Is this how we wake upIs this how we feelIs this how it should beIs this how we deal – l’éphémère de l’existence ne laisse pas de place à la passivité et, dès lors que l’on prend pleinement conscience que notre mode de vie ne nous convient pas et ne répond à nos attentes les plus intempérées, alors il faut changer de direction, oser et surtout vivre. Pas de place pour l’ennui et encore moins pour la passivité ou encore les regrets. Une idée que l’on retrouve avec It Isn’t True, de quoi nous tenir en haleine jusqu’au bout de ces trente minutes qui constituent cet album. Assez de minutes pour que l’on s’éprenne de cette énergie, cette révolte ardente si propre au trio.

SPARKLING c’est ce trio unique portant avec une perfection inouïe l’ardeur des générations à venir et clamant avec sincérité une fougue comme jamais vue auparavant chez un artiste. Mais c’est aussi un groupe de trois jeunes adultes européens, des jeunes adultes pour qui le passé ne doit en aucun cas se répéter mais se renouveler et ce, à l’infini. En bref, I Want To See Everything est la première signature d’un futur certain par l’un des plus grands groupes de demain. 

Le groupe sera de passage au Supersonic le 2 novembre, l’occasion de découvrir le format live de ce disque pointu et à l’efficacité sans pareille (et une date gratuite qui plus est, impossible de rater le coche donc !).