IDLES : “Notre but est de rendre la Grande-Bretagne meilleure”

Tu fais tourner ?
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Idles est une des dernières sensations punk. Acclamés par la critique, portés par une fanbase conséquente et ovationnés pour leur passage aux Eurockéennes le 7 juillet dernier, ils incarnent le renouveau du post-punk de Bristol. J’ai eu la chance de passer un moment avec Joe Talbot, le frontman, pour revenir sur la sortie récente de leur premier disque, le bien nommé Brutalism, et évoquer quelques moments croustillants de leur jeune carrière. Avec une rage intacte et un humour acéré (très anglais, donc), le quintette attaque et s’engage : dénonçant tour à tour la politique conservatrice, les violences conjugales et le système de santé publique de leur cher pays natal, Idles transforme chacun de ses passages live en revendication chaotique et cathartique. Une certaine idée du punk, en somme.

La Vague Parallèle – Salut ! Comment tu te sens à Paris ?

Joe Talbot – Toujours bien, c’est ma ville préférée ! Aujourd’hui je n’ai vu que l’aéroport, mais c’est toujours bon de sortir de Bristol pour venir ici.

LVP – Idles a publié son premier long format en mars, comment s’est passé la sortie ?

J – Génial ! On s’attendait à rien pour ce disque et on a reçu beaucoup, on joue un peu partout c’est incroyable.

LVP – Vous étiez les invités des Foo Fighters le 19 septembre dernier, pour leur première partie dans la très prestigieuse O2 Arena de Londres, comment la rencontre s’est-elle produite ?

J – Ils avaient choisi quelques groupes pour une shortlist, peut-être une dizaine, et nous étions dedans. Donc on a décidé de prendre une photo de notre bassiste, entièrement nu, portant le message « pick Idles ». On leur a envoyé dans une boîte avec écrit : « if you do it, he will come ». Je crois qu’ils ont aimé, car ils nous ont choisis (rires). Dave Grohl est super cool, tout le groupe est adorable d’ailleurs. Tous ceux qui ont travaillé sur ce concert étaient parfaits.

LVP – Vous avez joué à Saint-Malo pour La Route du Rock, le 18 août dernier. Ce concert a eu d’excellent échos et vous a en quelques sortes lancé en France. Comment c’était ?

J – C’était incroyable. Inoubliable, même, car on a ouvert pour Thee Oh Sees, qui est l’un de mes groupes préférés – surtout en live, c’est monstrueux. Avant de monter sur scène, on s’est dit : « fuck this is mad », la foule était impressionnante, le public était surexcité, c’était une putain d’expérience ! C’était un très bel été, la Route du Rock l’a très bien clôturé. Mais on n’a jamais joué à Paris ! On y jouera pour la première fois mardi prochain pour l’Album de la Semaine (diffusé sur Canal + tous les jours à 20h, en clair, ndlr).

LVP – Si tu devais choisir ta meilleure expérience de scène, ça serait quoi ?

J – Hum… on était au OFF Festival en Pologne début août, c’est irréel. La foule était complètement déchaînée et le spot magnifique, l’accueil était super chaleureux… C’est un mes festivals préférés. Après je dois forcément citer la release party de MEAT (leur second EP sorti en 2015) à Bristol, notre ville natale. C’était dans le Club Louisiana, qui est très petit, il devait faire environ 50 degrés à l’intérieur sans déconner (rires) ! C’était la première fois que nous faisions un sold-out.

LVP – Parle moi un peu de la scène musicale de Bristol, notamment réputée pour être à l’origine du mouvement trip-hop au début des années 90…

J – Le trip-hop est un peu vieux maintenant. Il n’y a pas d’empiétement avec la scène rock. D’ailleurs, à Bristol plus qu’ailleurs je pense, le style de musique importe peu. C’est une question de personnes, de forces en présence… On a joué avec plein de groupes qui ne sonnent pas comme nous et tout le monde encourage les différences des autres. C’est vraiment une super ville, Bristol. Pour nous qui y sommes très engagés, je peux te dire qu’il y a une très bonne scène. Peut-être même la meilleure !

LVP – Et ta pire expérience ?

J – Jouer dans le club londonien The Garage à Highbury, en première partie de Future of The Left. J’étais vraiment trop bourré, c’était horrible… Tout le monde était énervé contre moi, même les autres membres du groupe. C’était une super opportunité de jouer pour le public de Londres et je l’ai complètement foiré.

LVP – Comment tu définirais votre style ? Post-punk ?

J – Je dirais « angry-happy music », ça résume bien. On a beaucoup d’influences, hip hop, grime, garage rock… Bien sûr on est très proches du post-punk mais on se limite pas à ça, on essaye d’explorer le plus possible.

LVP – C’est quoi être punk en 2017 ?

J – Je ne peux pas te dire si le punk existe encore aujourd’hui. C’est davantage une histoire d’attitude. Ce que les gens cherchent quand ils écoutent du punk, c’est une posture subversive vis-à-vis des règles, des gouvernements, de la culture mainstream en général. Être « anti-normal », en quelque sorte. On n’est pas spécialement anti-quelque chose, nous ; seulement anti-acceptation de la conduite de certains humains qui font des choses horribles. On essaye simplement d’ouvrir des discussions à propos de politique et de culture. Au final, on veut créer une compréhension de chacun dans le but de rendre la Grande-Bretagne meilleure.

LVP – Tes paroles sont très politiques. Dans Mother, votre plus gros succès et premier single de l’album, tu dis « The best way to scare a Tory is to read and get rich » (les Tories sont les ancêtres des actuels conservateurs, favorables à un pouvoir aristocratique fort, ndlr). Tu penses que le rock se doit d’avoir une dimension politique ?

J – Non, car je pense que tout est politique. Tu vois, pour moi, même chier c’est politique. La politique, c’est l’organisation du bien-être. Si tu veux avoir une bonne vie, alors tu dois t’intéresser à la politique, parce que sinon tu es incapable d’avoir le choix. Quand tu votes, tu choisis ta vie, pour qu’elle soit meilleure, plus sûre et plus chaleureuse, pour que ton travail soit mieux payé et plus juste. Que ce soit ton éducation, celle de tes enfants, les médias : tout est politique. Pour ma part, j’écris des paroles politiques parce que je me sens particulièrement concerné par ça, mais la plupart de mes albums préférés ne le sont absolument pas.

 

LVP – Lequel par exemple ?

J – Astral Weeks, de Van Morrison. Ces chansons d’amour – sûrement les plus belles jamais écrites – sont tout sauf politiques. C’est important d’être honnête avec soi-même ! Et pour moi, actuellement, le plus important c’est de parler du bien-être des personnes que j’aime, mes amis et ma famille. C’est simplement pour ça !

LVP – Tu penses quoi de la nouvelle génération de rock-bands en Angleterre ? Je pense par exemple à Royal Blood qui remplit des énormes salles en France et qui vend des tonnes de disques partout dans le monde.

J – C’est clair qu’il y a des bons groupes ! Récemment, j’ai adoré le nouvel album de METZ (Strange Peace, 2017). Ça redevient exitant ! Il y a eu une baisse ces dernières années dans le monde du rock et du post-punk. Mais il a toujours eu de bons groupes et d’aussi loin que je me souvienne, Londres est toujours au top. Il y a plein de supers albums qui sont sortis récemment, vraiment. Il y a un groupe de Bristol incroyable qui s’appelle The St Pierre Snake Invasion. À Manchester, Cabbage est super cool. Je dois aussi citer LIFE, leur nouveau disque est top. (Popular Music, 2017). J’écoute très peu de musique française par contre, on n’a pas trop ça chez nous ! (rires) On m’a parlé d’un groupe parisien qui s’appelle Frustration ce matin, j’essaierai d’aller écouter.

LVP – On vous compare souvent à Seaford Mods ou Fat White Family. Ça serait quoi pour toi la comparaison la plus prestigieuse ?

J – Charles Bukowski, un écrivain Allemand, ça c’est certain. Ensuite, ça serait Dylan Thomas, un poète Gallois que j’admire. Joy Divison pourquoi pas… Et Kanye West aussi ! Pas pour son côté Kardashian bien sûr, mais son dernier album (The Life of Pablo, 2016) est vraiment incroyable, je l’adore.

LVP – Comment tu vois le future des Idles ? Vous serez où dans dix ans ?

J – Retraite (rires) ! Non plus sérieusement, on enregistre un nouvel album en janvier, j’ai hâte. Dans dix ans, on aura sûrement cinq ou six albums de plus ! Quoi d’autre… J’aimerais vraiment jouer au Japon, pour voir comment c’est là-bas. Je pense qu’ils écoutent pas mal de post-punk, après peut-être pas autant qu’en Grande Bretagne ou en France… On a vendu quand même quarante copies de l’album à Tokyo ! J’espère en tout cas que dans quelques années on sortira les meilleurs disques d’Angleterre. À part ça, j’aimerais bien faire un album de hip-hop quand j’aurai le temps… Peut-être un album piano-voix aussi, comme un crooner. (rires)

LVP – Merci beaucoup d’avoir pris le temps pour nous, on se recroisera sûrement le 7 décembre au Point Éphémère !

Idles en concert :