Christophe : "J'ai tendance à ne me souvenir que des moments de plaisir"

Tu fais tourner ?
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Celui que l’on surnomme le beau bizarre est de retour cette semaine avec un album de duos que l’on attendait plus. L’occasion d’un dialogue à bâtons rompus avec le légendaire et génial dandy un peu maudit, Christophe, entre problèmes d’informatique et souvenirs de poker, un samedi soir à 20h dans son appartement du boulevard du Montparnasse.

La Vague Parallèle : Bonjour Christophe, comment allez-vous ?

Christophe : Je viens de passer une nuit d’ordinateurs un peu raide. Un mec est en train de me dépanner, ça allait mieux avant-hier. Tous mes fichiers sont partis dans le putain de Cloud de ces connards d’Apple que je peux pas blairer. Je travaille sur Apple mais je peux pas les blairer. C’est la loi de la vie. Apple, c’est tout ce que j’aime pas : le blé le blé le blé le blé. Je suis pas contre le blé hein, mais bon, à petites doses. Parce que ça peut rendre malade.

LVP : Nous allons parler du double album de duos qui sort bientôt. Il me semble que cette idée remonte au moment où vous étiez encore chez AZ et j’avais lu quelque part que vous n’étiez pas très friand de cette idée. Il a été maintes fois repoussé. Que s’est-il passé pendant ce long temps ?

C : En 2009, Pascal Nègre me fait venir dans son bureau après L’Olympia, et il me dit qu’il faudrait qu’on fasse un album de duos. Je lui ai dit que je ne voulais pas en faire parce que j’ai horreur des albums de duos. J’ai continué à vivre de ma passion pour la musique, ou plutôt la matière sonore, sans contrat chez Universal. La musique, c’est autre chose, c’est pour les musiciens. Moi, je suis un plasticien. Le temps passe jusqu’en 2014, au moment où je suis prêt à exposer mes morceaux. Tout évolue, donc on prend chacun son langage : j’appelle ça faire des toiles sonores, et à un moment il faut trouver une galerie pour exposer. Tout à coup, des gens d’Universal se sont présentés et c’est avec eux que j’ai re-signé. J’ai signé pour l’album Intime, l’album Les vestiges du chaos et un album de duos. À ce moment-là, comme le contrat est alléchant, je dis oui. Je suis fier d’avoir géré ce projet en un an d’une façon particulière. C’est plus un jeu qu’un album de duos.

LVP : Comment avez-vous choisi les artistes présents sur ces deux albums ?

C : C’est une question d’instantané. Tous les gens qui sont venus là, c’est comme un casting de cinéma. Bien sûr, j’ai choisi des gens que j’aimais, avec qui j’avais une rencontre particulière dans la route qu’on mène quand on fait parfois des télés ou des radios. Tout d’un coup, on rencontre un mec comme Daho, qu’on a pu estimer dans les années 80. Et on se dit que c’est peut-être le moment de le rencontrer. On lui demande, il dit oui. Après, Laetitia Casta, une femme de qualité, on avait envie d’entendre sa voix sur une chanson qui s’appelle Daisy. On tente, elle dit oui et on y va. Il y a une découverte très récente qui s’appelle Son Lux. C’est un groupe américain que je suis allé voir à La Cigale, et qui m’éclate, parce que le batteur Ian Chang joue ce que j’ai en percussions dans ma tête depuis toujours.

LVP : Comment avez-vous travaillé avec eux sur chacune de ces pistes ?

C : On a travaillé à distance avec certains. Etienne a travaillé dans son coin. Quand j’ai fait Les Paradis Perdus avec Arno et qu’il a dit oui, j’y suis allé parce que je voulais le rencontrer. Avec lui, ça a été un moment de haut niveau. Je ne regrette pas mon voyage, ça a été deux jours de bonheur. Avec Sébastien Tellier, on est allé chez Motorbass, le studio de Philippe Zdar. C’est un studio que j’adore. Normalement, je crée chez moi et j’ai mon mixeur qui travaille à distance. Je ne vais jamais dans les mixages, on travaille la nuit à distance. J’écoute sur mon matériel à moi, et pas sur le leur. Parce que le leur, c’est le leur, et ce n’est pas le mien. Il n’y a rien de plus con pour moi que d’écouter un mixage sur un matériel qu’on ne connaît pas. Ici, j’entends toutes les nuances, tous les pleins, les déliés, tout ce que j’ai fait, améliorés avec le travail de Maxime qui est un mec extraordinaire. Tant que ça ne va pas, je prends des notes et à la sortie, sur deux ou trois retouches, c’est bon.

LVP : Qu’est-ce que vous avez retiré de ces collaborations ?

C : C’est une expérience. Certains moments ont été difficiles, mais j’ai tendance à ne me souvenir que des moments de plaisir. J’ai de la chance, mon inconscient de la vie fait que tant que je suis debout, je suis aux machines et je suis dans l’irréel. Je suis très fort en réalité aussi. Les gens autour de moi qui me connaissent bien savent que j’ai une vie particulière, parce que je vis la nuit, avec le son et l’amour de la technologie, de cette technologie qui est infinie. Il faut être balèze pour faire un album de variété aujourd’hui. En ce moment, les duos sont finis mais je continue à vivre, à respirer. Ma respiration, c’est le son. Je fais du son et j’avance dans quelque chose de nouveau avec des nouvelles matières, des nouvelles formes de mélodies, parce que je suis un mec de gimmicks. Tout d’un coup, aujourd’hui, je suis sur une chanson qui est très difficile à créer. Il faut que je sois inspiré, il faut qu’il y ait un miracle. Je dis toujours que ce que je fais, ce sont des miracles car je suis autodidacte.

LVP : Nous, on ne se lasse pas de vos chansons. Mais n’est-ce pas difficile pour vous de les réinterpréter, après tant d’années ?

C : Non, je ne m’en lasse pas, parce que je ne suis pas dans l’habitude. Quand je sors d’ici pour aller en concerts, c’est juste pour aller respirer, parce que ça me fait du bien. J’aime l’endroit, la ville où je vais, et l’inconnu, c’est-à-dire les humains qui sont là.

LVP : J’ai vu l’émission SoooPop avec Cléa Vincent où vous avez invité Mathilde Fernandez. Comment ce genre d’artistes singuliers arrivent à vos oreilles ?

C : Mathilde Fernandez m’a écrit il y a six mois en me disant qu’elle voulait me rencontrer, je lui ai dit oui. J’ai beaucoup de mecs autour de moi qui ont vingt-deux ou vingt-trois ans et on échange, c’est une belle politique. Je dis toujours que je n’écoute que moi, mais c’est important les gens de qualité,  autour. Mathilde est venue, j’ai mis du temps avant d’écouter ce qu’elle faisait, et puis j’ai vu une de ses vidéos sur YouTube et je me suis pris une claque dans la gueule. J’aime le son de sa voix, j’aime le personnage, j’aime ses clips.

LVP : Quel regard portez-vous sur la scène française actuelle ? Des gens comme Pépite, Flavien Berger, Muddy Monk qui ont un peu votre sensibilité ?

C : Je connais seulement Flavien Berger sur les trois noms que tu as cités. Je l’ai rencontré à Taratata, on a sympathisé, on s’est écrit un petit peu. Moi aussi, quand j’étais jeune, j’étais un chercheur de plaisir. Ce qui est bien, c’est que les gens brillants vous poussent vers le haut. C’est un peu la contradiction qui traîne dans l’espace en ce moment. Je suis d’une autre génération, on ne faisait pas gaffe : le plastique, on le mettait n’importe où. J’ai pollué comme tout le monde. Mais par respect des autres qui vont arriver ou qui sont déjà là, aujourd’hui, je trie mes déchets. C’est pas grand chose, mais ça prouve que tu es à l’écoute du souffle humain. Après, la musique, c’est comme tout : c’est comme les filles, comme le cinéma, comme la poésie, comme la peinture, c’est intime.

LVP : Je sais que vous êtes très cinéphile. De quelle manière cette passion a-t-elle influencé vos créations ?

C : J’ai toujours été habitué depuis l’âge de sept ans à la péloche. Dès l’âge de dix ou douze ans, j’ai eu une petite caméra que mon oncle m’avait passé. J’avais pas toujours de la péloche dedans, mais j’aimais regarder mes cousines à travers la caméra. Après, vers quinze ans, j’ai eu ma première Beaulieu avec des pellicules de 15 mètres seulement dedans. J’adorais l’odeur des appareils photos. Ensuite, j’ai eu ma salle de projection en 35mm, j’étais projectionniste. J’avais des projecteurs Philips de salle. J’étais assez fétichiste de la matière porteuse. Je ne suis pas quelqu’un qui va au cinéma et qui voit un film comme vous le voyez vous. Je le vois d’une façon très technique. En ce moment, je suis sur un site qui s’appelle Mubi, c’est mieux que Netflix, il faut aller là-dessus.

LVP : Il me semble qu’à une certaine époque vous projettiez des films pour vos amis. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C : Malheureusement, ça s’est terminé avec les distributeurs qui nous ont envoyé les flics, à nous les collectionneurs. C’est pour ça que j’ai arrêté. Ils m’ont saisi mes films, heureusement j’en avais caché certains. J’ai toujours eu des appareils de projection en 16mm. Le hasard a voulu que, dans les années 70, je rencontre un mec qui me vendait des copies 16mm et qui m’a dit de venir chez lui parce qu’il faisait du 35. Je lui disais que le 35 c’était trop grand, et je suis allé chez lui en banlieue, un samedi. On s’est regardé un film et il m’a filé la piqûre. Et là, j’ai commencé à chercher un appareil, il m’a donné quelques plans pour avoir des films chez des casseurs de Marseille. Un jour, Fellini m’a demandé ma copie de La Strada et je lui ai prêté pour une projection à La Cinémathèque.

LVP : Vous l’avez rencontré ?

C : J’étais invité à la projection et je n’y suis pas allé. Par exemple, je suis souvent invité dans le festival de cinéma à Lyon, et un jour on m’a invité à dîner à côté de Martin Scorsese, et je ne suis pas venu. C’est pas de la frime mais j’aime tellement les grands acteurs et réalisateurs que je n’ai pas envie de les voir. Là, j’ai travaillé sur le film de Bruno Dumont, sélectionné à Cannes. J’ai joué dedans. C’est le seul mec à qui je dis oui et je serai dans son prochain aussi. Dans mon rôle, je chante presque tout le temps et il m’a obligé à faire le prochain.

LVP : Vous n’avez jamais été tenté de passer derrière la caméra et de réaliser vos propres films ?

C : J’ai fait plein de films sur mini-cassettes HD8. Tout ça est dans mes tiroirs, ce sont des vestiges. Mais mes jours et mes nuits, au quotidien, même en mer, c’est la musique.

LVP : Quels sont les films que vous recommanderiez à nos lecteurs ?

C : Un de mes films préférés, c’est Sunset Boulevard, avec un de mes acteurs préférés, Erich von Stroheim. Le film, c’est une œuvre d’art.

LVP : Vous êtes un grand collectionneur. Où est-ce que vous avez trouvé tous les objets qui occupent cet appartement ?

C : Tout ça, ça date de l’époque où je me bougeais pour aller chiner, dans les années 70-80. C’est les brocantes, c’est aussi le belge, le hollandais ou l’américain qui va venir un week-end à Paris avec un dossier en me montrant des choses. Les juke-boxes et les voitures américaines, j’en ai acheté qu’en Belgique. C’est vrai que j’ai aussi des boxes avec plein de trucs dedans : des sièges de coiffeur des années 50 par exemple.

LVP : Pourriez-vous choisir un objet et nous raconter son histoire ?

C : Ils ont tous chacun une histoire. Je ne vais pas parler d’achat, je vais parler de vente. En tant que vendeur, j’avais un stand dans un truc qui s’appelle Automedon, et j’aimais beaucoup dans les années 80, quand les gens venaient devant mon stand, je faisais des belles rencontres et je n’oublierai jamais ces moments-là parce que j’en ai fait beaucoup. J’avais mon permis de conduire, je prenais mon Harley, j’allais là-bas en traçant. À la dernière expo que j’ai faite, ma Cadillac rose était exposée. Après, par exemple, là-bas près de la fenêtre, on a un cochon. Un mec me l’a amené et je lui ai dit de revenir le chercher, j’en ai marre de le voir. Parfois, l’objet te rend fou. Tu vois ce flipper, j’étais à Bordeaux ou à Toulouse et des fans sont venus me voir. Ils habitaient Strasbourg et m’ont parlé de flipper. Je leur ai dit que j’aimerais vraiment avoir un flipper avec une tête d’indien. Le deal se fait, ils me font un prix vraiment canon et ils me le livrent. Les histoires d’objets sont toujours des histoires plutôt simples, des histoires de coup de foudre. L’objet ne te quitte pas tant que tu ne le vends pas. C’est pas le coup de foudre comme avec une fille où tout d’un coup, elle peut te quitter, tu pleures. Quand tu vends l’objet, tu ne pleures pas, parce que tu as décidé de le vendre.

LVP : Je sais que vous êtes aussi un grand joueur, notamment de poker, et que vous misiez parfois des voitures. Quelle est votre anecdote la plus folle ?

C : Non, pas des voitures, une voiture ! J’ai perdu une Ford Mustang et j’ai gagné une Miura. À chaque partie, il y a de la folie. J’ai tellement joué. Je me souviens, quand on jouait à Antibes sur les remparts, la nuit, on jouait avec des mecs de Juan-les-Pins. Et la femme d’un des gars était venue devant chez moi, elle avait réveillé tout le quartier en hurlant, comme dans un film italien. Si j’avais eu un téléphone pour enregistrer, j’aurais eu du lourd. Quand je ne faisais plus beaucoup de musique, je faisais de la peinture, et parfois je perdais des toiles. Puis après je gagnais et je les récupérais.

LVP : Comment vous faites pour avoir un succès fou avec les filles ? Ça marche vraiment la technique du clin d’œil ?

C : Le clin d’œil à travers les mots, traduit par l’écriture. C’est pas une technique, je ne crois pas que je sois un technicien. Je suis trop instinctif. Le problème qu’on a, quand on vit une vie en solitaire, c’est qu’on est beaucoup à l’écart, dans ses comportements aussi. Quand je parle, je ne me vois pas du tout comme je suis aujourd’hui. Certains moments de certaines décennies m’ont marqué inconsciemment. Tu vois, ça, c’est mon autobiographie (il montre un manuscrit). Des fois, on ne me croit pas, parce que je suis un peu menteur mais pas trop. Tu sais pourquoi elle ne sort pas ? Ces mémoires, je les ai raconté à la personne qui a retranscrit, mais j’aimerais bien trouver quelqu’un qui soit suffisamment à un haut niveau, qui me connaît très bien et qui va poser les bonnes questions pour faire jaillir quelque chose de vraiment personnel.

LVP : Qu’est-ce que je peux vous souhaiter ?

C : Tu ne peux me souhaiter que la santé. Avec la santé, tu fais tout. Tant que tu as la santé, tout est bon. J’ai toujours aimé sentir que j’étais en forme, quand je faisais du tennis, quand je jouais aux boules, quand je faisais de la moto. Je ne suis pas étonné et je ne pleure pas sur la disparition des gens. Par contre, les gens qui me connaissent bien ne diront jamais que je suis égoïste. Si j’ai un ego, il est plutôt positif. Dans le travail, si on me dit quelque chose par rapport à un truc que j’ai fait, je suis à l’écoute. C’est important les rencontres de dimension.

LVP : Merci pour cette interview ! La journée commence ?

C : La journée commence, j’attaque le taff’ après. J’écris beaucoup en me réveillant, j’ai des trucs qui arrivent et je note. Parfois, j’ai rêvé des chansons et des textes. Ça ne m’est pas arrivé souvent, à peu près quatre fois dans ma vie. Succès fou, par exemple, pour les mots. La deuxième fois, c’est une chanson qui sera sur le prochain album, si prochain album il y a. C’est une histoire dingue. J’étais dans le Sud, à Grimaud. J’étais avec ma meuf au lit, on dormait, il était quatre ou cinq heures du matin, et à cinq heures du matin, j’ai été réveillé par une vraie mélodie, construite entièrement. Donc j’ai allumé la lumière, elle m’a dit “Qu’est-ce que tu fais ?”, je lui ai dit “Dors, ne me trouble pas, j’ai un truc en tête”. Comme elle est pas con, elle se la ferme. Je prends mon truc et je note tout ce que j’avais. Puis je me rendors. Deux heures après, les mots me venaient, parce que j’ai du m’endormir avec la mélodie, donc je me suis levé et j’ai chanté les mots qui me venaient. Et en fait, je voyais le mec qui me chantait ça, cette mélodie et ce groove, c’était ce mec de France 2, Patrick Sébastien. Et donc je voyais Patrick Sébastien. Six mois ou un an après, j’envoie un mot à Patrick Sébastien, parce que je fais une télé chez lui. Et puis, comme je suis pas du tout informatique, le temps a passé et je ne lui ai pas envoyé le final. Je la réécoute l’autre jour avec le mec avec qui je bosse certains trucs sur l’album, et il me dit qu’il faut que je la garde pour moi. Ce genre de rêve, quand je me lève pour l’enregistrer, ça veut dire que c’est quelque chose de vrai. Tu sais ce que j’admire chez moi ? C’est que je suis un flambeur, et j’ai pas peur, j’y vais. Parce que franchement, je connais ma valeur. Je sais que, quand je me mets à la guitare, je kiffe, je fais des notes à moi, mais je sais que je suis loin d’être le meilleur guitariste. Et au piano, j’y vais. Et tu sais pourquoi j’y vais ? Pour grandir, pour m’instruire, et pour évoluer avec la machine. Et donc, c’est une autre approche. J’en ressors toujours avec quelque chose de plus. Mais je trouve que pour faire ce que je fais, il faut être gonflé. Il faut être joueur. J’ai démarré comme ça à 15 ans, j’aurais pu être Le Joueur de Dostoïevski. C’est pour ça que j’aime des mecs comme Arthaud, tu connais ? Tu aimes un peu ? J’ai un petit pote qui a 20 ans et qui vient de faire un film. J’ai fait de la musique sur son petit court-métrage. Trop bien ! Il est bon, il va réussir et il va devenir un grand. C’est important de dire aux gens quand ils sont bons. En automobile par exemple, quand j’ai gagné un Grand Prix en 68, sur Porsche, je ne connaissais pas ma valeur parce que je la sous-estimais. Mais j’étais bon. Et quand j’ai gagné à Magny-Cours en 68, les plus grands de toute l’écurie Porsche sont venus me voir en disant “Toi, il faut que tu continues, parce que tu fais très très mal”. J’ai pas eu besoin de continuer, j’avais juste été là en expérience, avec un truc que je voulais toucher à un moment, par rapport à ma route. J’ai effectivement été brillant, à un niveau très fort. Il y a aussi le cul de la vie, parce que la chance ça compte, et j’ai gagné. J’ai recouru une fois après sur le Simca Racing Team. En 1980, il y avait un truc des artistes avec Rémy Julienne, Jean-Louis Trintignant, Guy Marchand. Plein de mecs qui marchaient bien en bagnole. J’ai fait une course et j’ai fini premier, un tour devant tout le monde. A l’intérieur de moi-même, j’étais bien. J’aurais pas aimé arriver en dernier. Après, on peut parler des boules. Les boules, c’est un plaisir, c’est un sport quand tu joues comme on joue nous. T’arrives à 14h, tu repars à 22h. Et nous, on flambe. On joue 500 balles, 200 balles, multiplié par deux. Moi, j’ai un mec qui me doit toujours une brique au Bois de Boulogne. C’est pas correct ça, quand t’as perdu aux jeux, il faut payer. Ces mecs sont que des pros. Je jouais seul contre ces deux mecs, c’est-à-dire six boules, contre deux fois trois boules. Avec un petit avantage quand même, parce que j’étais pas à la hauteur, je jouais un mètre cinquante devant, c’était le contrat. Mais les mecs savaient que, même avec cet avantage, je pouvais être battu tout le temps. Sauf que là, c’est moi qui les battaient. À l’époque, je pouvais tirer neuf boules sur dix. J’étais très adroit aux boules. Tous les jours, ça me manque. Mais comme je vis la nuit en ce moment, ce n’est pas possible. Souvent, quand je joue aux boules, c’est trois quatre ou cinq mois, parce que c’est beaucoup de flexions, de marche. Le soir, t’as fait minimum cinq bornes. Il faut être habile, silencieux et concentré. C’est une forme très belle de sport. Là, je ne fais pas assez de sport. Je me suis acheté un tapis roulant pour marcher vingt ou trente minutes, mais j’ai aucune volonté, j’ai toujours pas démarré. Je sais que je n’ai pas de volonté. Je ne veux être que dans la vraie passion. Vincent Lindon, mon pote, il marche tous les jours. Au moins trente minutes. Il faudrait que je sois dingue d’une meuf, qui me force. Tu veux qu’j’te dise la vérité ? Je crois pas que je me laisserais faire. Je crois pas qu’elle aurait le dessus. Si, je le ferais deux jours. Aujourd’hui, ce qui est bien, c’est la beauté de filles qu’il y a. J’ai pas à me plaindre, parce que j’ai la chance d’avoir une vraie différence et ça peut plaire. C’est une route où tu aimes les femmes, parce qu’elles t’inspirent. J’aime bien les originales. Je suis pas un mec facile, il faut les prévenir les meufs. Mes critères sont variables suivant l’instant. Bien sûr qu’on a chacun nos différences, nos vices, nos désirs, nos fantasmes : dans le cinéma, dans la vie, dans l’amour. Ceux qui mettent la relation amoureuse au deuxième plan, que tu sois homo ou hétéro, pour moi c’est un gâchis. Moi, ma vie n’a été que de ça.

Christophe sera en concert au Théâtre de la Porte Saint-Martin du 21 au 29 mai. Son album de duos est disponible sur toutes les plateformes depuis vendredi.