WEEKEND AFFAIR : "Bosser avec Yuksek, c'est comme faire un foot avec Cavani"

Tu fais tourner ?
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L’occasion était idéale. À l’occasion de leur passage à Bruxelles dans le cadre d’une de nos soirées Divagation, on s’est posé à une table de l’harmonium avec Weekend Affair pour leur poser toutes les questions qu’on avait en tête. Au programme des éclaircissements sur une chanson, leur relation avec Yuksek, la liberté et surtout l’amour des belles chansons.

LVP : On va commencer par une question importante : Dans la chanson « Pour en finir », le personnage ne conduit pas ?

Louis : Ah non, il marche dans la rue puisqu’il est dépassé par plein de taxis, tu vois.

Cyril : Peut être qu’il pourrait être dépassé par plein de taxis en conduisant.

L : Quand je l’ai écrit, je pensais qu’il marchait, je voyais un grand boulevard parisien dans le 11eme, tu vois le boulevard de République vers Strasbourg Saint Denis. Mais c’est vrai que c’est pas bien, sinon c’est descends descends tout de suite. (rires)
Non non, il marche, « il avance et preuve de son courage éthylique ». Voilà, comme ça c’est réglé merci.

LVP : Maintenant que cette question primordiale est réglée, j’aimerais parler de votre nom, Weekend Affair. A la base c’était un jeu de mots, comme un projet de week-end, et je voulais savoir si ce nom était encore d’actualité ?

: Non, mais on va pas changer.

L : C’est vrai que ça a pris un peu plus de place qu’au début ou ça n’était qu’un side project. Mais au final il reste qu’on fait des concerts le week-end maintenant.

: Le nom reste quand même suffisamment large pour ne pas devenir vieux trop vite. Et puis y’a un côté un peu bilingue qui nous intéressait, qui se dit autant en français qu’en anglais.

: Y’avait un double sens dans ce nom là. A la fois le côté side project, qu’on faisait le week-end en parallèle de nos autres groupes mais aussi le thème principal du groupe au départ, c’était le bureau, des histoires de romance de bureau… Et maintenant ça reste des histoires de week-end qui se passent la nuit et sur la plage lors d’un week-end au Touquet.

LVP : En dehors de la langue, il y a un changement de style très important entre le premier et le second album. Est ce qu’on peut parler de second premier album ?

C : Oui, mais j’espère qu’on pourra dire ça de tous nos albums car on essaye de réinventer un truc à chaque fois. Ne serait-ce que pour cultiver notre démarche artistique et notre recherche artistique.

On a commencé le groupe en faisant synthé, boite à rythmes et voix pour sortir d’une zone de confort qui peut parfois être la fin de la fin de la création. Tu restes coincé dans un endroit où tu fais toujours la même chose et au final, quel intérêt ? Du coup j’espère que les prochaines tracks seront un peu différentes de celles là et qu’on sera en constante recherche d’autre chose.

: On n’a pas voulu faire une suite en tout cas, on a voulu faire un autre film qui n’a rien à voir. Moi, je pense ça comme des films car je vois la musique d’une manière très imagée. Le même réalisateur peut faire plusieurs films sans que ça soit un prequel ou un sequel.

LVP : C’est ce que je disais dans ma chronique, vous êtes un peu en constante recherche d’un nouveau terrain de jeu. Vous pourriez finir par écrire en japonais.

: Ouais c’est ça, et c’est prévu en plus (rires).

Pour moi un album, et je vois ça dans tous mes projets, a un début et une fin. C’est pour ça que souvent, je prends pas trop de temps à le faire. C’est un truc qu’on va élaborer sur quatre ou cinq ans, où on va revenir sur des morceaux et à partir du moment où c’est commencé , on voit le bout, on y va et stop. Que ça reste comme une photographie de notre esprit et de notre créativité à ce moment là. Et ensuite on passe à autre chose.

LVP : Vous avez travaillé avec Yuksek. Quelle influence a-t-il eu sur le son de l’album?

C : On lui a apporté de la matière et il l’a modelée. Il en a rajouté assez peu, il a pas été un grand architecte du son de l’album mais il a fait un super boulot de finish. Ça c’est d’un point de vue artistique.

Mais au niveau de l’accompagnement, s’il avait pas dit “on bosse ensemble, on fait cet album”, on n’aurait pas sorti cet album. En tout cas pas de cette manière là, il aurait eu une histoire et il aurait peut être jamais vu le jour.

LVP : Il a peut être rajouté un peu de sérieux…

: Non, pas vraiment. En fait, il avait besoin de sortir des trucs d’autres artistes pour s’aérer et rencontrer d’autres gens. Il a sorti Duel, ça a plutôt bien marché et ça nous a poussé à sortir tout l’album ensemble.

: Moi je pense qu’avec son passif et son historique, à mon niveau ça mettait la barre assez haute pour avoir envie de faire des choses vraiment bien. Et le fait d’avoir un tiers de cet acabit, ça donne une sorte de motivation. C’est comme si t’es un cuisiner apprenti et que tu bosses avec un grand chef, tu donnes tout.

C : Comme faire un foot avec Cavani… T’as pas envie de la foutre à côté.

: C’est un peu un positionnement de groupie, j’avais pas envie de lui faire perdre son temps.

C : Au delà de ça, il a été un auteur hyper important. Son flegme aussi. Quand il arrive au studio et qu’il te dit «  ça c’est bon, ça c’est pas bon », tu prends du recul et tu dis « bah oui, il a raison ».

LVP : Au final, il a l’acuité pour repérer les petits trucs…

C : Carrément.

L : Il a un oreille extérieure. Nous, on bosse juste à deux. Sur le tout premier EP y’avait aussi Rubin Steiner qui avait eu ce rôle.

: Ouais c’était bien aussi.

: Quand on bosse juste à deux, on n’a pas de recul sur ce qu’on fait. On se connaît trop bien pour avoir du recul. Soit on va aller directement à la confrontation et dire « non ça me fait chier, je veux pas le faire » ou alors « c’est trop bien et on le fait direct ».
Le fait d’avoir quelqu’un derrière ça permet de prendre du recul justement, de voir les choses autrement.

C : On continuera de bosser comme ça, car c’est vraiment stimulant.

LVP : C’était la première fois que vous bossiez avec quelqu’un d’extérieur ?

: Ouais avec autant d’implication, de discussion, de séances de travail, c’est la première fois. Et c’est juste super cool.

LVP : Et justement, comment vous travaillez ensemble ? Qui fait quoi ?

C : Y’a eu différentes phases. Pour l’album Du Rivages, pendant environ 4 mois, je faisais 2/3 instrus tous les jours. Des premiers jets, un peu comme des esquisses et des mots. Je les mettais ensemble pour qu’elles soient écoutables, que les intentions soient écoutables et je les envoyais à Louis. Quand ça lui parlait, il en prenait 1 sur 4 ou 5, il me la renvoyait avec les textes. Et des fois je disais «  ça défonce » et on continuait de produire.

On travaille plus sur la quantité, là ou il y a une très bonne première intention plutôt que de prendre un morceau et d’essayer de le rendre meilleur.

: Faut que ça marche dès le départ sinon on va se faire chier.

LVP : Limite ça fait un peu une relation producteur/rappeur.

: Au début c’était un peu ça ouais.

: Louis fait toutes les basses en fait donc moi je dois faire des prods pour laisser de la place pour la basse, ce qui est pas évident puisque la basse c’est un gros ciment d’un morceau. Tout s’est un peu mélangé.

L : La basse on l’a souvent rajoutée en dernier, après les voix et les synthés

C : Ce qui est bizarre, puisque la basse forme normalement le début d’un morceau.

: C’est complètement débile car ça m’oblige à jouer de la basse sur des parties de voix pas faites jouer de la basse dessus ou des parties de basses pas faites pour être chantées.

C’est un peu une autre manière de sortir de sa zone de confort, notamment sur le live, il y a des morceaux ou j’ai mis un moment pour trouver comment chanter en jouant la partie de basse.

Mais c’est rigolo car j’apprends à jouer de l’instrument en même temps et donc j’ai l’impression de progresser tout le temps.

LVP : J’avais une question pour Louis. Tu es passé aux textes en français, est ce que ça a été en facile ?

L : Ça n’a pas été facile mais ça s’est fait assez naturellement. Ca faisait des années que j’y pensais. En fait quand j’ai commencé à écrire des chansons à 15 ans, c’était en français et c’était un peu nullos. Y’a souvent des labels qui me demandaient d’écrire en français et j’avais pas envie de le faire car je trouvais que c’était pas une bonne raison de le faire. Et puis à un moment, on m’a un peu pris par les sentiments, on m’a demandé d’écrire pour Pomme et c’est un truc que j’ai toujours rêvé de faire.

J’adore Jean Jacques Goldman et j’aime bien ces gens qui écrivent des morceaux. Être auteur-compositeur, pouvoir écrire pour les autres et proposer des chansons. Et quand on m’a proposé pour Pomme, on m’a dit «  il faut écrire en français ».
Je l’avais pas fait depuis 10 ans, je l’avais jamais vraiment fait en fait. Et j’y ai vraiment pris goût.

Il s’est passé un an ou deux avant que je propose à Cyril. Pendant ce temps j’avais écrit plein de chansons en français. Et en fait j’avais fait ça pour lui faire un peu une blague et je lui ai envoyé Duel que j’avais écrit 3 mois avant. En le faisant j’ai réalisé que ça pourrait être cool de chanter en français avec Weekend Affair, je l’ai fait à l’instinct pour surprendre Cyril car je trouvais qu’on commençait à tourner un peu à rond.

LVP : Est ce que c’est pas plus impudique le français ?

: Si carrément, c’est vraiment un terrain un hyper glissant de chanter en français parce que je me livre vraiment. Après je pense que les textes français sont moins personnels que ceux en anglais. En anglais, je raconte vraiment des trucs horribles qui me sont passés par la tête.

C : Y’a une nana à New York qui a été bouleversée par les paroles et qui nous a dit « votre premier album raconte toute ma vie ».
Et là tu fais « aaaah trop cool », mais cool car ça la touche parce que sinon elle a une vie vraiment compliquée…

L : Ça touche mais c’est poussé à l’extrême, c’est une sorte de Black Mirror de la vie de tous les jours.

Mais y’a des morceaux en anglais qui sont ultra trash et que je me verrais pas chanter en français. Je raconte les mêmes choses en français mais je l’image un peu plus parce que c’est une langue qui a besoin d’être plus poétique pour être chantée à mon goût. Le français, soit tu vas faire de la méga variété qui va être très simple, qui va toucher des gens parce qu’ils ont besoin de simplicité et de divertissement, ou c’est méga-compliqué et tu pars dans le Ferré ou le Bashung et ça devient très compliqué car c’est des gens qui ont donné toute leur vie pour ces morceaux et moi je suis pas encore prêt à le faire.

Mais pour l’instant j’ai trouvé ce juste milieu où j’écris simplement et de manière imagée. En gros, j’apprends à écrire quoi.

LVP : Toujours sur les paroles, je trouve qu’il y a un vrai contraste entre les paroles parfois mélancoliques et la musique hyper solaire.

C : Ça c’est le ying et le yang de Weekend Affair. Y’a de la sériosité comme de la déconne, y’a tout et son contraire.

L : Si on faisait la musique qui va les paroles, tout le monde se tire une balle. Tu vois la fosse y’a juste des corps qui pendent. Mais si tu fais des paroles qui vont avec la musique ben tu fais la queue-leuleu et c’est pas le but, fin non c’est pas de la musique de queue-leuleu non plus…

C : C’est de la pop légère mais après tu peux pas chanter « droit dans les yeux, j’essaie de mettre ma langue dans sa bouche … »

L : Après y’a des morceaux qui sont assez légers quand même.

LVP : Finalement vous venez d’horizons assez différents. Qu’est ce qui vous rapproche musicalement ?

L : Ce qui nous rapproche c’est l’amour des beaux morceaux.

C : C’est vrai ça.

L : Peu importe l’enveloppe, un beau morceau c’est un beau morceau. Si c’est bien fait, que c’est bien construit et que tu passes un bon moment, tout va bien. Après ce qui nous rapprocherait c’est des trucs un peu mélangés, du genre LCD Soundsystem. T’as une voix, t’as des vraies chansons et derrière ça banane un peu.

Au final, on est des débrouillards de la musique. On fait tout, tout seul depuis le début. Je pense que c’est cet amour de faire les choses soi-même, très DIY, presque lo-fi à la base mais moins maintenant parce qu’avec le temps on s’améliore et qu’on arrive à faire des choses plus propres. Même si le lo-fi c’est une esthétique qui peut être voulue, mais qui marche pour le folk et pas forcément pour la musique qu’on fait.

Je pense que c’est ça qui nous a rapproché : avoir envie de faire quelque chose, se lancer et voir où ça nous mène. C’est pas comme le mec que tu croises et qui veut faire quelque chose et tu peux le croiser 3 ou 15 ans plus tard, il l’aura toujours pas fait. Ben moi j’ai cette prétention de le faire, ou tout du moins d’essayé en fait.

LVP : En fait, vous prenez la liberté de faire ce que vous voulez comme vous le voulez.

C : Complètement. Là, on a décidé de faire une version piano de La fête est finie. On a décidé ça y’a deux semaines, on l’a tournée mardi et ça sort la semaine prochaine peut-être. Ca va hyper vite.

Évidemment on réfléchit à comment proposer notre musique le mieux possible, mais y’a pas une chaine de commandement derrière qui nous presse.

: On est à la fois le directeur marketing, le directeur technique, le directeur financier, le directeur artistique… Et en même temps le produit.

C : Je peux faire monter mon père sur scène, y’a pas quelqu’un derrière qui va me dire « non », on s’en bat les couilles, on en a envie et on le fait.

: Pas besoin de faire 25 mails avant de savoir si on va changer l’ordre de la setlist. C’est ça qui nous rapproche au final, on avait envie de tenter quelque chose et on l’a fait voilà.

: Après humainement ça marche d’enfer. Quand tu t’embarques dans un projet de groupe, et ça n’existe que dans la musique : tu fais plein de groupes parce que le côté frère-sœur, tu choisis pas. T’es dans une vie professionnelle, t’es avec tes collègues, tu bosses, tu te prends une race le lendemain t’as un avion tu le prends et faut que t’assures sur scène parce que c’est le boulot.

Y’a un côté meilleur pote avec qui tu bois des coups toute la nuit. Et à nouveau le côté famille où tu prends soin de l’autre.
Des groupes qui durent parce que tout ça ça marche, c’est rare. T’as toujours des mecs qui bossent plus dur que d’autres, des groupes où certains font la fête différemment des autres et la vie d’un groupe c’est aussi la fête… Et par chance, merci la vie, nous on a tout ça qui marche et ça réduit les possibilités de foirer.

LVP : Et justement vous êtes qu’à deux, comment vous adaptez votre musique ? Vous avez jamais pensé à être plus ?

C : Si, on a essayé de faire venir un percussionniste mais économiquement déjà, comme t’es indépendant c’est très compliqué.

L : Déjà si on voulait que tout les instruments soient vraiment joués sur scène, physiquement sans boucle, il faudrait être au moins cinq. Et quand t’es cinq sur scène, au niveau de ton économie de tournée, ton concert tu vas pas le vendre au même prix, tu vas pas tourner dans le même genre de véhicules, pas le même nombre de chambres d’hôtel… Et ça c’est des trucs dont on a réussi à se passer jusque là en gardant un côté organique avec la batterie et la basse. Cyril a réussi à faire passer les synthés, qui sont une galère improbable à transporter et à garder en bon état sur scène, dans un système.

LVP : Parce que la première fois que je vous ai vus, vous aviez les synthés.

: Mais ça passait déjà par une MPC avec des boucles envoyées. Et les balances à cette époque là c’était déjà une galère, y’avait une heure de branchement, accorder le moog qui était jamais accordé, et le laisser allumer sur le côté de scène. On a donc décidé de faire simple et faire vrai.

C : Parce que nous on est là en vrai.

: Et Cyril est beaucoup plus rigolo derrière une batterie que derrière des synthés.

: Et puis y’a une partie de la scène hip hop variet’, ou le mec se ballade avec son iPhone, il chante et ça marche.

L : On en revient aux bons morceaux. Si y’a des bons morceaux, peu importe si le gars te fait un karaoké, ça marche. On en revient au travail bien fait et développer les bons côtés. Et ça permet de voir plus de monde, voir plus de salle tout en continuant de jouer de la musique.

Après, peut-être qu’avec le temps, j’espère qu’on pourra se permettre d’embarquer avec nous cinq gars sur la route et ça serait génial. En même temps je sais pas trop si ça nous servirait car on a un tellement équilibre à deux que ça serait pas forcément utile.

LVP : Pour finir, quels sont vos coups de cœur récents ?

L : Là, je lis le dernier Paul Auster et c’est vachement bien. C’est l’histoire du même personnage raconté sur quatre timelines différentes, des événements qui changent sa vie.

: Moi je me fais l’intégrale de Jean Giono en fait. Y’a des trucs vraiment beaux, plus lents, ça permet de ralentir le temps.
Et en musique, je suis un gros fan de nouveautés Spotify et dès que je spotte un truc cool, je le mets dans la playlist du groupe, donc c’est un truc plus pop electro. T’as 2/3 années de coup de cœur musicaux avec à peu près 09 heures de musique dessus.