Jeanne Added : un oeil dans le rétro, l'autre scrutant l'horizon

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Artiste féminine et album rock de l’année pour Radiate, Jeanne Added revient au Printemps de Bourges plus confiante que jamais. Pour l’occasion, notre étoile montante nous accorde quelques instants. Nous en profitons pour évoquer son album, ses Victoires, son engagement en tant que femme et artiste. Adoucis par son aura, nous quittons les lieux persuadés d’avoir rencontré un ange.

Years Have Passed
La pochette immaculée, le regard paisible, les traits polis et lumineux. Une belle allégorie illustrant judicieusement le propos de son dernier opus, sorti trois ans après le tout aussi transcendant Be Sensational. Trois ans, le temps nécessaire pour assembler les meilleures parties de ses nombreux textes et desseins mélodiques, grattés régulièrement sur les pages de ses carnets. Des patterns, une façon de fonctionner qu’elle prend plaisir à exploiter : « écrire par petits bouts, puis avoir besoin de temps et d’espace pour pouvoir confronter les éléments ». Jamais un pas ne se pose sans un cahier glissé dans le sac à dos. Ainsi, Jeanne voyage. D’abord aux États-Unis, à Los Angeles : « Les gens avec qui j’ai travaillé sont des producteurs qui font souvent des collaborations de co-écriture. Ils ont un vrai savoir-faire, pouvant être apparenté à une sorte de formatage dans la moitié vide du verre, mais qui est, dans la moitié pleine, de la technique et des outils pour avancer ». Technicienne non moins artisane, l’essence de ses œuvres s’est également distillée à la campagne, dans la maison familiale.

Du temps, de précieux alliés constituent donc les armes fondatrices du radieux et lui valent un lot de récompenses et d’éloges bien mérité. Pudiquement, elle justifie cette notoriété grandissante : « De la clarté s’est développée dans le propos. Il y a effectivement quelque chose de plus ouvert sur le monde parce que plus intelligible ». Aurait-elle préféré recevoir ses Victoires à l’abri des regards ? Elle nie joyeusement : « Ce qu’il y a de très positif là-dedans c’est que cela récompense aussi les équipes avec lesquelles je travaille. Ça légitime le boulot de tout le monde, devant tout le monde et tout le monde est au courant ». La reconnaissance personnelle, très peu pour elle.

A War Is Coming
Jeanne Added est également une F.E.M.M. Une évidence. Depuis quelques semaines, un manifeste, paraphé par un millier de Femmes Engagées des Métiers de la Musique, circule sur les internets. Des faits mis à nu leur permettant de porter leurs voix au-delà de la scène et/ ou de leurs divers espaces de travail, quand bien même elles y ont accès. Un journaliste s’interroge tandis que notre artiste semble étonnée : « Je crois que tout est dans le texte. Vous n’avez pas une question plus précise ? », avant de défendre la cause, « D’abord, ce qui est étonnant c’est le nombre de personnes que le manifeste a rassemblé de manière extrêmement rapide. Ce qui signifie quand même qu’il y a cette nécessité de parler et de pointer du doigt certaines choses ».

Un pied dans la sphère depuis ses premières vocalises, elle mesure l’évolution et désire que ce système mue, que de nouvelles sensibilités émergent. Quant à sa propre expérience, Jeanne avoue se protéger énormément. Son style hybride en bouclier, peut-être est-ce ce qui la sauve parfois. Selon elle, homme ou femme, la mutation doit irradier chacune de nos têtes : « Moi j’ai changé. C’est-à-dire que j’ai identifié des comportements que je pouvais avoir pour justifier ma présence, ma valeur, dont je ne me rendais pas forcément compte et que j’ai fait pendant des années. Du genre faire une démo de chant en balance. Tout un tas de trucs comme ça qui se trouve tellement intégré ».

Harmless
Enfin, la jeune femme aux allures de warrior, une fois montée sur le ring, n’est autre qu’un concentré d’humanité. Preuve en est, un jour plus tôt, elle n’hésite pas à tenir le micro au côté d’Izia Higelin et de nombreux autres artistes pour rendre hommage au grand Jacques. Elle souligne le besoin d’accompagner ses enfants ainsi que le public sur cette pente délicate. Concernant ses fidèles, Jeanne Added maintient un lien étroit avec certains d’entre eux, des mélomanes avec lesquels elle se mêle par hasard dans les fosses des salles parisiennes. Elle ne semble d’ailleurs pointer aucun fanatisme derrière leur présence assidue à ses propres performances : « J’imagine que ça doit leur faire du bien, sinon ils ne viendraient pas. », et renverse la question, « Il faudrait leur poser la question à eux sur ce que ça leur apporte ».

Aussi, lorsqu’est venu le temps de prodiguer ses conseils aux jeunes, envieux d’embrasser une carrière comme la sienne, l’artiste admet être une privilégiée. Les portes du conservatoire se sont ouvertes très tôt pour elle. « Maintenant, plein d’outils se sont démocratisés en terme technique. Mais, vu mon parcours, j’encourage toujours les gens à apprendre, à jouer d’un instrument et à s’intéresser à la technicité de la musique ». Cependant, considérant celui de ses héros, elle perçoit les failles de son discours : « Je ne suis pas vraiment sûre qu’un mec comme Prince soit allé au conservatoire. », et conclut par cette merveilleuse maxime, « La base est d’aimer travailler la musique et d’y passer du temps. Parce que si c’est ce que tu veux faire dans la vie, c’est ce que tu vas faire ; de la musique ».

Ainsi s’achève notre escapade au Printemps de Bourges, merci Jeanne Added !

Petit aperçu de son concert au Zénith de Lille, dans l’objectif de David Tabary (Dans Ton Concert) :