Joy Crookes : Blues intemporel aux accents British

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

La cour des grandes voix de la scène féminine britannique accueille une nouvelle pépite. Sur les traces de ses inspirations, d’Amy Winehouse à Jorja Smith, la jolie brune vient faire honneur à l’Outre-Manche par sa soul exquise et son timbre de voix céleste. La jeune artiste vient de sortir un nouvel EP intitulé Perception et rien ne pourrait mieux la décrire que ces cinq compositions aussi sublimes que raffinées. Rencontre avec la prochaine voix made in England.

Un talent hors pair qui faisait ses premiers pas en 2017 avec un premier EP nommé Influence qui la conduira à enregistrer sa session COLORS pour y défendre son morceau Mother May I Sleep With Danger? et nous faire découvrir sa musique jazzy et solaire. En dehors de ses morceaux irrésistibles, c’est aussi la finesse de ses visuels qui nous a tapé dans l’œil, avec notamment le somptueux clip de Don’t Let Me Down. Un morceau d’une élégance folle qui se voit auréolé d’une chorégraphie de corps en communion à l’effigie du bouddhisme, religion pionnière au Bangladesh, terre d’origine de la jeune métisse. Et si le reste de son répertoire musical vaudrait aussi la peine qu’on s’y attarde, on vous laisse le découvrir par vous-même pour s’attarder sur son nouveau projet Perception et tenter de dresser, à partir des cinq miroirs qui le composent, le reflet le plus complet de Joy Crookes.

  • No Hands : La face sensuelle

Avec une voix suave comme la sienne, la présence d’un morceau suintant de sensualité et d’onctuosité n’était pas vraiment une surprise. Et pourtant, il est toujours surprenant de découvrir un morceau aussi débordant de générosité que No Hands, qui ne finit pas de nous gâter de ses riffs de basse envoûtants se mariant avec grâce aux lignes de la jeune poète. Elle nous conte ici l’importance de soi, de son indépendance au sein d’une collectivité ou d’un couple. Un côté femme forte luisant sur des riffs groovy qui enrobent en douceur un peu plus de deux minutes de chill music qui jamais ne tombent dans le répertoire dangereux voire ennuyant du lounge. Ici, hors de question de laisser le confort de la composition nous lasser tant la sensualité de Joy Crookes est vibrante et électrique.

  • Hurts : La face lumineuse

Beats saccadés et fiévreux, ces percussions si particulières font écho à celles qui nous embrasaient déjà sur son morceau Two Nights issu de son EP ReminescenceC’est un peu comme si l’insouciance et la jeunesse flamboyante de Joy venaient nous susurrer une chanson à l’oreille. Doux mais énergique, le caractère upbeat de Hurts fait sourire et danser le temps d’un moment, le temps de raconter à quel point ça fait mal de se laisser malmener par les mauvaises personnes. Car oui, même si les rythmes sont chaleureux, Crookes est amatrice de textes tristes et de sentiments compliqués. Le tout est de savoir faire varier la narration. Ainsi, avec des skrrt ici et là et autres métaphores usant d’humour et de malice, la jeune autrice joue de sa plume pour dissimuler ses relations sentimentales bancales derrière une hymne solaire. On tombe volontiers dans le panneau pour piétiner de nos plus beaux pas de danse nos petits cœurs brisés.

  • Darkest Hour : La face poétique

À coups de métaphores et autres lignes imagées, Joy nous raconte ses heures les plus sombres au travers d’une balade balancée au rythme de ses vocalises et des percussions qui les accompagnent. “I keep my dancing so traditional cause Jesus, Mary and Joseph told me so” L’Anglaise vient ici se livrer entre autres sur l’importance de la religion dans sa jeunesse ou encore du support de ses proches dans ses moments difficiles. Des sujets personnels qui brisent la carapace de la Bangladaise qui décide de se mettre à nue pour nous chanter son histoire.

  • London Mine : La face engagée

Suite au scandale Windrush qui mettait l’an passé en lumière la mauvaise gestion de l’immigration en Angleterre, la fraîche opinion de la jeune Joy vient résonner tout justement sur London Mine, ode aux rues londoniennes qui l’ont vue grandir. C’est aussi dans un contexte de crise et particulièrement du Brexit que ces lignes, véritable apologie au multiculturalisme de Londres, s’inscrivent comme nécessaires et prouvent à quel point, à 20 ans seulement, l’artiste prend à cœur les enjeux de son pays. “Même en temps de crise, j’aime Londres. Même quand les leaders de notre pays ignorent les demandes de la ville en encourageant quelque chose d’aussi rétrograde que le Brexit, j’aime Londres. Même quand elle ne m’aime pas, j’aime Londres.” Une douce déclaration à sa ville natale que la nouvelle coqueluche anglaise de la soul habille d’un clip à l’effigie du Grand Brouillard. Un format carré légèrement rétro aux couleurs somptueuses qui dresse le portrait bienveillant de cette communauté londonienne riche de culture, d’art et de vie.

  • Since I Left You : La face mélancolique

Vient alors l’apothéose de l’EP. Since I Left You est un crève-cœur comme on en voit rarement. Un piano-voix qui transperce comme une flèche dans le cœur qui se retrouve, après trois minutes de pure mélancolie, lessivé par ces montagnes russes émotionnelles. Joy n’a jamais si mal porté son nom que sur cette balade aussi triste que brillante qui non seulement nous raconte une rupture mais nous la fait vivre aussi. Avec son lot de douleurs, avec des lignes qui nous rongent et que l’on gobe bouche ouverte. Une poésie délicieuse où chaque mot a sa place, n’est jamais de trop et aide à exalter cette sensibilité si particulière. Où chaque “You” vibre de regrets et chaque “I” tremble de vulnérabilité. Parce que la vulnérabilité n’a jamais été si belle que ruisselant ici sur le visage de la chanteuse. C’est beau la tristesse.

Les présentations sont faites, laissez donc le talent de Joy Crookes faire les choses et la propulser aux sommets qui lui reviennent pour gâter le monde de la musique par sa voix d’or.