La Route Du Rock : retour sur les temps forts de cette 29e édition

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Deux semaines se sont écoulées depuis la fin de la 29e édition de la Route du Rock, sûrement le délai nécessaire pour se remettre de ses émotions. Le plus petit des grands festivals a de nouveau mis les petits plats dans les grands avec l’une des lineups les plus alléchantes de l’été 2019. En bref, une programmation fascinante et unique en son genre et qui, sans l’ombre d’un doute, positionne le festival breton parmi le top 3 des meilleurs festivals de l’hexagone. À vrai dire, s’il y a bien un point en commun entre les 21 500 festivaliers (précisément) s’étant rendus en terre malouine du 15 au 17 août, c’est que personne n’est reparti bredouille. Trois jours d’euphorie, de découvertes et d’extase les plus totales. Un retour à la maison avec certes de la boue plein les pieds mais avec des souvenirs plein les poches. Des souvenirs accompagnés de temps forts qu’on ne veut pas oublier mais immortaliser. Affaire à suivre ci-dessous donc.

15 août, scène des remparts – Pond

Et voilà, c’est parti. À peine la tente installée qu’il nous faut se dépêcher, quitter le camping pour se diriger vers le Fort de Saint-Père afin de s’émerveiller devant les Australiens de Pond. Notre montre indique alors 18H30, l’heure de passage de notre quintet psychédélique favori. On fait la queue et notre cœur s’emballe déjà en entendant les envolées synthétiques du planant 30000 Megatons résonner dans tout le fort. On est en retard mais parmi les premiers donc pas de panique, on respire. On franchit les barrières, on s’empresse de rejoindre la scène des remparts, on se faufile et se hisse jusqu’au premier rang. La setlist défile, le groupe a pris soin d’y inclure autant de morceaux de leur dernier album Tasmania (l’énergétique Daisy ou le très enjôleur The Boys Are Killing Me) que de tubes de leurs non moins excellents prédécesseurs The Weather (le puissant Sweep Me Off My Feet), Man It Feels Like Space Again ou encore Hobo Rocket. De quoi combler de bonheur les groupies que nous sommes. Sur scène, un Nick Allbrook enjoué, électrisant et à l’attitude attendrissante, entouré de ses compères à la prestance tout aussi remarquable. Une cohésion unique entre ces cinq membres ayant fait le déplacement depuis Perth jusqu’ici, en terre bretonne. Les sourires béats étaient là, un sans faute pour Pond. Mais ce n’est pas un adieu, juste un see you soon car on se donne rendez-vous à l’Élysée Montmartre le 31 octobre. Vite !

15 août, scène du fort – Tame Impala

LE groupe tant attendu. Tame Impala. L’unique, l’inégalable, l’imperfectible Tame Impala. On irait presque jusqu’à parier que bon nombre de festivaliers ont fait le déplacement uniquement pour voir le groupe qui s’était fait jusqu’à cette année, assez rare en France (excepté sa performance à We Love Green en juin dernier). En effet, leur dernière visite remonte à 2016 donc oui, ça commençait à faire relativement longtemps que l’on n’avait pas eu de leurs nouvelles. Et si l’on devait résumer en quelques mots ce show hypnotique, on irait jusqu’à dire que la satisfaction était totale, malgré la maigre déception de ne pas avoir pu entendre de nouveaux titres, l’espoir était là pourtant mais en vain. Des confettis et un Kevin Parker très heureux de retrouver l’un de ses pays d’adoption le temps d’une soirée. Des cœurs dans les yeux, des cœurs avec les mains et des cœurs réunis pendant ce set d’un peu plus d’une heure. Une foule en délire pendant le tubesque Let It Happen, des yeux ébahis devant tant de couleurs et des écoutilles comblées par un set des plus satisfaisants avec l’électrique Elephant, le mélancolique Yes, I’m Changing ou encore l’accrocheur et alambiqué Why Won’t You Make Up Your Mind?. On ne vous cache pas que l’on est encore plus impatient de découvrir le nouvel album, qu’on espère voir paraître incessamment sous peu.

16 août, scène du fort – Altin Gün

Que serait une route du rock sans un peu (beaucoup) de pluie ? Comme vous l’aurez compris, le soleil a manqué son train et ne s’est pas représenté jusqu’à la fin du festival. Mais pas d’inquiétude, parés de nos plus beaux cirés, de nos meilleures chaussures imperméabilisées et bière à la main, la météo n’était plus qu’un détail et déjà loin derrière nous dès l’arrivée des Néerlandais d’Altin Gün sur scène. Comment vous dire que leur performance restera à jamais notre coup de cœur de ces trois jours, la plus grande claque musicale jamais reçue jusqu’ici ? Ceux les ayant découverts le soir même ont été conquis par ces classiques de la musique traditionnelle turque revisités par leurs soins, alliant des sonorités rock et folk aux touches orientales et groovy. Un set solaire qui aura réussi à nous réchauffer et nous faire voyager jusqu’au Moyen-Orient tout en restant sur place, à Saint-Malo. Rien que le fait de poser quelques mots sur ces instants musicaux déconnectés du réel nous hérisse le poil tant les souvenirs qu’on en garde sont mémorables. On se remémore les voix enchanteresses de Merve Dasdemir et d’Erdinç Ecevit Yıldız qui auront eu droit à un silence honorifique de la part du public captivé et ensorcelé par le talent imparable des six musiciens. Les festivaliers ont été épris par le charme et la délicate poésie incarnée par la langue turque, tellement épris que les slams n’arrêtaient pas, la furie était telle que les musiciens eux-mêmes en étaient comblés de joie et ils ont su remercier notre accueil comme il se doit avec une setlist combinant l’hypnotique Leyla, le psyché et corroborant Yolcu ou encore le funky Vay Dunya. Le meilleur concert du festival on vous dit, et de loin.

17 août, scène du fort – Deerhunter

Alors qu’à notre grand regret on loupait la prestation de Hand Habits pour un rendez-vous en loge avec les Montréalais de Pottery, notre frustration s’est vu dissipée grâce à la performance de Deerhunter qui suivait juste après. Dix ans s’étaient écoulés depuis leur dernier arrêt à La Route Du Rock, c’est dire que le charisme marginal de Bradford Cox nous avait terriblement manqué. Un charisme propre à lui-même, une aisance comme jamais vu auparavant et une humeur joviale, le combo parfait pour se mettre le public dans la poche. Dès lors que son mètre 90 frôlait la la scène du fort, les cris de joie, d’admiration et les sifflements fusaient de tous les côtés. Deerhunter, comme on ne cessera de le répéter, ce sont les messies de l’indie rock et un nom qu’on devrait d’ailleurs retrouver chaque année à l’affiche tant on ne se lasse pas des classiques et intemporels morceaux que sont Desire Lines, Revival, Helicopter ou encore Agoraphobia. Le groupe a pris soin de jongler entre ces innombrables tubes et son dernier disque, Why Hasn’t Everything Already Disappeared? (Futurism, Death In Midsummer), sans oublier quelques intermédiaires tels que le classique Disappearing Ink ou l’envoûtant et nostalgique Take Care (qui, à notre grand dépourvu, aura réussi à nous faire soutirer quelques larmes). Un Bradford Cox vêtu de son plus beau ciré jaune et pour qui la pluie ne suffira pas à faire disparaître son humeur badine. Un personnage lumineux et épanoui dont le talent est d’animer sous forme musicale la dépression quotidienne et d’unir l’amour et la complicité le temps d’un soir, le temps d’une vie. We’re all in this together dixit l’artiste d’Atlanta. Eh oui, bienheureusement. Et merci Bradford Cox pour ces sages paroles.

17 août, scène du fort – Metronomy

Cette 29e édition touche donc à sa fin, Metronomy figurant comme le dernier groupe pop rock live de la programmation avant les sets électroniques d’Oktober Lieber, David August ou encore Silent Servant suivant juste après. Et quel final ! Le groupe aurait d’ailleurs pu suffire pour boucler cette édition à la perfection irréfutable. Ce qui nous aura le plus marqué, en dehors de la scénographie époustouflante et des total denim look du quintet britannique, c’est l’incroyable prestance de Joseph Mount et sa grâce innée. Un Joseph Mount bienveillant et généreux, laissant part à l’importance de la présence de ses musiciens sur scène. Des rôles aussi essentiels que le sien et des talents qu’il tient à valoriser de la meilleure façon qui soit. Les présentations se font alors sur fond du très disco et rétro Boy Racers, la place est également laissée à tous les morceaux fédérateurs qui ont fait le succès de Metronomy (The Bay, Heartbreaker, Reservoir, The End Of You Too…), mais aussi aux quelques singles récemment sortis (Walking In The Dark, Lately, Salted Caramel Ice Cream) et quelques nouveautés à découvrir le 13 septembre avec leur sixième opus intitulé Metronomy Forever (Wedding Bells, Insecurity) pour conclure sur l’excellent titre garage qu’est You Could Easily Have Me, tiré de leur tout premier album. Ô nostalgie ! En ce dernier jour de festival, la pluie battante n’aura pas eu raison de nous, laissant place à une foule ayant fait tomber ses capuches pour se déchaîner sur le délirant et rythmé Love Letters. En clair, un final réussi avec brio et des amoureux de la musique conquis au possible.

Clap de fin après trois jours de force, d’amour et de bonheur total. Des hectolitres de bières ont coulé, des cœurs se sont trouvés, des regards se sont échangés et des sourires se sont esquissés sur les visages des quelques milliers de festivaliers s’étant rendu à la 29e édition de La Route Du Rock. Une édition dont on ne pourra s’empêcher de réitérer les souvenirs à l’infini. À l’année prochaine pour célébrer les 30 ans de la collection été (on parie sur une programmation qui battra tous les records). Pas d’adieu, jamais.

 

Quelques clichés du festival par Alphonse Terrier