Last Train aux Vieilles Charrues : “Les fondations de notre histoire sont notre amitié”
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Auteur·ice : Joséphine Petit
11/08/2021

Last Train aux Vieilles Charrues : “Les fondations de notre histoire sont notre amitié”

La reprise des festivals cet été offre un nouveau souffle bienvenu aux amateurs de concerts. Carencés de live après tant de mois d’arrêt, il ne nous en aura pas fallu plus pour chausser nos bottes en caoutchouc et filer en terres bretonnes aux Vieilles Charrues. Et qui de mieux placés pour nous redonner vie que les quatre rockeurs de Last Train ? Reprenant la tournée avortée de leur second album avec toujours autant de fougue sensible et de fièvre brute, nous les avons rencontrés avant leur live au château de Kerampuilh. De leurs retrouvailles avec la scène à leur futur projet, en passant par milles et une blagues fusant sans arrêt de tous côtés, Last Train nous aura convaincu·es d’une chose : la vie bouillonne en eux, et leur concert aura suffi à le prouver.

La Vague Parallèle : Salut les gars, on vous rencontre juste avant votre concert aux Vieilles Charrues, comment ça va ?

Antoine : Ça va bien, la pêche !

LVP : La Magnifique Society, Le Rootstock, Les Vieilles Charrues, et j’en passe : reprendre la route des festivals et surtout la scène, ça revêt quelle dimension pour vous ?

Jean-Noël : C’est déjà très plaisant. Mais c’est un sentiment un peu particulier, parce que ça fait un an et demi qu’on a arrêté les concerts. Il me semble qu’avec Last Train, on a toujours eu une dynamique de concerts assez intense. Une tournée de salles a toujours suivi une tournée de festivals ou de tout petits clubs en Europe, et ainsi de suite, sans que cela ne s’arrête jamais. Tout d’un coup, on nous a annoncé qu’on allait seulement faire huit ou dix concerts espacés sur tout l’été. On est partagés entre de l’enthousiasme et le sentiment bizarre de se dire que ce n’est pas comme d’habitude.

© Boby Allin

LVP : Et reprendre la tournée avec un album sorti il y a deux ans, vous l’avez envisagé comment ?

Tim : C’est un peu étrange, j’y pensais justement en regardant la setlist. Je me suis dit que les titres étaient les mêmes qu’il y a un an et demi. Mais c’est toujours la tournée de cet album, elle a été coupée en plein milieu. S’il n’y avait pas eu le Covid, j’imagine qu’on n’aurait pas dû tourner cet été.

Jean-Noël : Oui, on se serait arrêtés un peu avant. Puis, c’est vrai qu’on a eu le temps de penser et préparer d’autres choses. On se projette un petit peu. Mais c’est un drôle de sentiment. Cette tournée estivale était incertaine et en même temps, c’est compliqué de refuser des opportunités de concerts.

LVP : Vous êtes donc contents de retrouver tout ça, ou bien est-ce que ça vous ennuie un peu parce que vous êtes déjà dans l’après ?

Tim : C’est plutôt perturbant. On est déjà dans la suite, mais ainsi on se freine un peu.

Jean-Noël : Il y a aussi le fait d’incarner les morceaux et de les vivre pleinement. Ça nous arrive déjà avec de vieux titres qu’on joue encore. Ce n’est pas qu’on ne les aime plus, mais ça correspond si peu à ce qu’on est en train de vivre maintenant que c’est un peu particulier de les interpréter. On est beaucoup dans le ressenti sur scène, et il y a un vrai paradoxe ici.

Tim : Mais ça fait quand même plaisir, il ne faut pas l’oublier non plus !

LVP : Vous avez sorti au printemps The Big Picture, un documentaire sur l’enregistrement de votre dernier album qui porte le même nom. Au-delà du voyage en Norvège, comment s’est passée l’expérience avec Hugo Pillard (aka Trente) ? Faire entrer quelqu’un avec une caméra dans votre intimité de groupe, ça a été délicat pour vous ?

Antoine : Non, c’était cool parce qu’on avait déjà bossé avec Hugo sur deux clips. Comme on avait eu l’occasion de faire connaissance avec lui, on n’en était plus à penser tout le temps qu’il avait une caméra sur lui. C’est vrai que ça peut arriver de se changer un peu quand quelqu’un que tu ne connais pas débarque avec une caméra. Mais on travaillait aussi d’arrache-pied au studio, donc on avait autre chose à faire que de penser à la caméra qui traînait. C’est ce qui fait que les images sont super naturelles.

Tim : Hugo est fort pour cela. C’est aussi toute la force d’un bon caméraman. Je trouve qu’il arrive à être très discret. 

Antoine : Il est discret mais présent à la fois. Il filmait parfois dans le studio alors qu’il s’amusait et jouait avec nous. Nous, à côté, on oubliait vite qu’il avait une caméra.

 

LVP : Dans ce documentaire, on voit justement ce que c’est d’être un groupe et de devoir prendre des décisions à plusieurs et pour l’ensemble. C’est quelque chose que vous avez appris au fil du temps, ou bien qui a toujours fait sens depuis que vous jouez ensemble ? 

Jean-Noël : C’est un peu comme dans toutes les relations : on grandit, et on apprend à se respecter et à s’écouter les uns les autres.

Tim : Ça s’apprend au fil du temps. On a mis du temps à l’intégrer. Mais ça fait longtemps qu’on joue ensemble, et je pense qu’effectivement, en grandissant le respect des uns envers les autres grandit aussi. 

Jean-Noël : J’ai pris conscience d’une chose avec Last Train, qui m’a rendu très heureux, c’est le fait que les fondations de notre histoire sont notre amitié. Contrairement à d’autres projets, c’est un argument de plus en plus valable plus le temps passe. Et plus le temps passe, plus notre histoire a du sens. On se respecte, on apprend à vivre ensemble, et à composer ensemble. C’est plaisant de se dire que, sachant qu’on s’est déjà supportés pendant quinze ans (rires), plus les années vont s’écouler, plus ça va aller de mieux en mieux, et on va construire de belles choses ensemble.

LVP : Vous pouvez nous parler un peu du morceau The Big Picture ? On sent qu’il a une importance particulière dans votre discographie.

Jean-Noël : The Big Picture est un morceau qu’on a mis un moment à terminer. C’était l’envie de plein de choses qui s’y rejoignaient. On parlait depuis longtemps de faire une sorte de blues mineur, de montée en puissance assez intense, mélancolique et dramatique. C’était aussi l’occasion pour nous de faire intervenir l’orchestre, qui est venu dans l’album par le biais de ce morceau. C’est un titre qui a représenté un tournant dans la manière dont on écrit et on compose. Et ce qu’on écrit aujourd’hui est en quelque sorte la suite logique de ce qu’on a commencé avec The Big Picture.

 

LVP : D’ailleurs, comment vous abordez le live avec des morceaux longs comme The Big Picture ? Vous le gardez dans sa version entière, ou bien il est retravaillé sur scène ?

Antoine : Ce morceau est l’un des tout premiers qu’on a composés pour le deuxième album. En fait, on l’avait déjà sur la tournée en 2017. J’ose espérer qu’on est arrivés à la forme la plus aboutie de ce morceau, parce qu’on l’a vraiment retourné dans tous les sens. On aime bien que le morceau soit long. Il est construit de telle manière que tout a un sens pour nous dedans. Si on enlève un passage, celui d’après n’aura pas la même dynamique. Ça fait vraiment partie d’un tout, on ne le recoupera pas.

Tim : Non, on ne veut pas le couper. Au contraire, l’interprétation live le rallonge, parce qu’on ralentit ce qui est lent, et on accélère ce qui est rapide. Il fait douze à treize minutes sur scène, alors qu’il dure dix minutes sur le disque. Avec les concerts et le fait qu’on le joue souvent, il y a aussi des automatismes qui s’installent, et on se permet certaines choses. Le morceau évolue alors avec le temps, sans qu’on ne l’ait vraiment modifié. Je trouve que Fire en est l’exemple le plus parlant. Il a maintenant quelques années, et aujourd’hui, sa version live ne ressemble plus du tout à la version studio. On ne s’est jamais dit qu’on allait le modifier. C’est simplement qu’on l’a joué, joué, joué, et on en est arrivés là. Je suppose que The Big Picture aura le même sort dans cinq ou dix ans.

© Boby Allin

LVP : Ce qui fait le rock de Last Train depuis Fire, c’est aussi l’équilibre entre ce rock intense et brut, et ces moments de temporisation qui viennent amener des respirations et de l’émotion. C’est quelque chose de réfléchi dans la composition en studio et dans vos lives, ou bien ça vient tout naturellement ?

Antoine : Maintenant, on commence à avoir conceptualisé le fait que ce soit un de nos outils. Au début, on ne le savait pas du tout. On ne s’est jamais posé cette question sur Fire. Aujourd’hui, on sait qu’on est vraiment à l’aise avec cet outil. On adore ça. Retenir sa respiration pour mieux repartir, c’est une des choses qui nous font le plus vibrer sur scène. Si tu cries tout le temps, personne ne t’écoutera. En revanche, si tu y ajoutes des silences et montées en tension, on t’écoutera. C’est le même principe.

LVP : Jean-Noël, tu gères aussi Cold Fame à côté, une agence de diffusion et de production de concerts. Passer de l’autre côté du rideau, c’était une envie qui était présente dès le départ ?

Jean-Noël : On mélangeait un petit peu tout au départ. On a commencé à faire des choses à côté de l’écriture, parce que c’était un moyen pour nous de mettre le groupe en avant, de faire un peu de promo, et de booker nous-mêmes les concerts. Tout le monde le fait à un moment donné dans sa carrière. Après un certain temps, on s’est rendus compte que c’étaient de vrais métiers, et qu’on avait des atomes crochus avec certains d’entre eux, en particulier la production de tournées et le booking, mais aussi la réalisation de clips par exemple. Aujourd’hui, on se manage tout seuls, on produit nos tournées, et on devient nos propres producteurs de disques. Les choses se font petit à petit, un peu comme sont venus le respect et l’écoute entre nous. Ça vient naturellement. On est à l’aise avec tout cela aujourd’hui. Il n’y a plus vraiment de stress, parce qu’on comprend mieux les choses.

LVP : Justement en parlant de clips, Julien, au-delà de votre documentaire et de vos clips, tu réalises aussi des clips pour d’autres, notamment TERRIER qui nous a récemment parlé de toi. Se confronter à l’univers d’autres artistes, c’est un exercice qui te plaît ?

Julien : Oui, exactement ! C’est cool de travailler avec d’autres artistes parce que ça ouvre des portes. Ça permet aussi de découvrir des univers, et de nouvelles personnes qui pensent la musique différemment. TERRIER compose beaucoup pour la musique de pubs, par exemple, il a donc une approche vraiment différente de la nôtre. Le fait que je fasse des clips n’est pas un side-project, mais ça me permet de rencontrer d’autres artistes. Je confronte ma vision et mes capacités techniques en tant que réalisateur à une autre personne, et j’essaie ainsi de mettre en image et d’embellir leur musique. Je ne sais pas si j’y arrive toujours, mais j’essaie ! (rires)

LVP : Pour le Disquaire Day cette année, vous avez sorti un 45 tours en duo avec Bandit Bandit, où vous partagez deux de vos morceaux les plus caractéristiques. Comment est-ce que vous avez vécu la découverte du potentiel de Fragile adaptée en français ? 

Jean-Noël : On est tous des fans de pop indé. On a beaucoup écouté des chanteuses comme Taylor Swift ou encore Lana Del Rey. Je me souviens de jouer Fragile chez moi au piano, en me disant que ça serait génial avec une voix à la Lana Del Rey. À côté, on avait cette idée de faire un feat avec Bandit Bandit. On s’est dit que ça pourrait être l’occasion de tester en français avec la voix grave et profonde de Maëva. Le pari est plutôt réussi, on est très contents de cette version.

LVP : Pourquoi Bandit Bandit ? Comment s’est passée la collaboration avec eux ?

Antoine : Tout simplement parce qu’ils sont cools ! (rires)

Tim : C’est vrai, en fait ce sont nos potes. Je pense qu’on est aussi un peu pudiques. On n’a pas spécialement envie de travailler avec des gens dans des rencards organisés, où l’on met deux groupes ensemble, on leur demande de jouer, et personne ne sait où se mettre. Faire ça avec des copains, c’était aussi se dire : “Venez, on boit des coups ensemble et on fait de la musique”. Ça donne quelque chose de plus naturel. On n’a pas dû répéter dix fois, deux fois ont suffi. Quand le courant passe, la musique aussi.

Julien : Puis, ce ne sont pas des divas non plus. On les a invités dans notre local de répétition qui est bien plus petit que cette pièce. On était tous entassés. C’était cool d’avoir un rapport humain facile.

 

LVP : Toujours plus prolifiques, vous avez aussi monté votre propre festival de rock à Lyon, La Messe de Minuit. Est-ce qu’on peut espérer une nouvelle édition dans les mois à venir ?

Jean-Noël : On espère et on aimerait beaucoup. On a tenté pour cette année, mais on s’est retrouvés face à l’évidence que ça allait être compliqué, sachant qu’une partie de la programmation est internationale. La Messe de Minuit est un projet sur lequel on s’éclate. On a envie d’y prendre du plaisir, et non pas que ça devienne l’enfer. Beaucoup de nos side-projects, que ce soit la réalisation de clips, la programmation, ou l’entrepreneuriat, peuvent parfois devenirs des enfers, parce qu’on n’a que ça en tête, on bosse dessus jour et nuit en se demandant pourquoi on le fait et ce que ça nous apporte… La Messe de Minuit c’est un projet fun. On en est très fiers et on ne veut pas se sentir forcés.

Tim : Il n’y a finalement eu qu’une édition pour le moment, seulement on n’est pas obligés d’en faire tout de suite une deuxième. Ce n’était pas une édition unique, mais on ne veut pas se plier à mille contraintes. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. On attend que le Covid soit derrière nous et qu’on ait plus de temps. 

Julien : Et l’envie aussi ! 

Jean-Noël : Oui, pour cet été on ne savait pas encore si les concerts seraient assis ou debout. On fait un festival de rock en salle, et notre story-telling est tout simplement “venez écouter du rock et boire de la bière”. Il n’y a pas de plus-value particulière. C’est un moment cool, et si on bride tout le monde, ça devient juste un moment chiant. (rires)

LVP : C’est quoi le futur de Last Train dans les mois à venir ? Il y a un nouvel album dans les tuyaux ? Après l’orchestre symphonique pour The Big Picture, on peut s’attendre à quoi sur le prochain ?

Jean-Noël : On a effectivement un projet un peu ambitieux pour nos petites épaules, sur lequel on travaille d’arrache-pied depuis plusieurs mois. Je ne crois pas qu’on puisse en dire beaucoup plus, mais quelque chose se prépare, effectivement. 

Tim : Comme on disait tout à l’heure, on est en tournée cet été, mais dans nos têtes, on est déjà dans l’après. 

Jean-Noël : On vous dira seulement que le projet englobe aussi toutes les activités dont on a parlé…

Antoine : On vous laisse des indices là ! (rires)

LVP : Pour finir, c’est quoi votre artiste coup de cœur dans la programmation des Vieilles Charrues cette année ?

Jean-Noël : Pour ma part, c’est Silly Boy Blue. Je l’ai rencontrée au Chantier des Francos à La Rochelle. Elle est très cool et fait vraiment partie de la même génération que nous. On a écouté un peu les mêmes choses. C’est un projet magnifique.

Tim :  J’aurais bien aimé voir Yseult aussi. Et Pomme également, que je n’ai finalement jamais vue en live, parce qu’elle est Lyonnaise et donc c’est toujours complet dès qu’elle joue à Lyon. Puis, il y a aussi Yelle, qu’on avait vue à Cannes et au Canada. J’avais trouvé ça génial, il y avait deux batteurs sur scène !

Julien : Évidemment Feu! Chatterton aussi !

Antoine : Ah oui, j’aimerais bien voir à quoi ressemble leur nouvel album en live.

Tim : Et on est bien sûr très contents de jouer avec L’Impératrice ce soir ! 

Interview réalisée et article co-écrit avec Coralie Lacôte

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