Les flâneries du King Shrimp de Fantastic Mister Zguy

Tu fais tourner ?
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“Quel branleur !“ s’exclamerait sans aucun doute ce musicien professionnel dénué de sentiment (ou de talents, mais n’est-ce pas la même chose?) et d’empathie à l’écoute du nouvel album de Fantastic Mister Zguy.
Parce que King Shrimp, le premier album du zig parisien, ne brille pas par la complexité de ces accords.
Parce que les paroles de Zguy ne visent pas la préciosité d’un texte de Huysmans.
Pourtant si tu n’es pas qu’un automate impassible que seule la prouesse technique excite, les mélodies dansantes et les paroles d’une légèreté aigre-douce devraient tenter tes oreilles, remuer tes orteils et chatouiller ton cœur.

Nonchalant mais couard en rien, FMZ s’essaye dès l’ouverture Someone To Lean On à l’exercice risqué du duo de voix masculine et féminine. Impression claire-obscure créée par l’alliance de leurs timbres mêlant phrasé désinvolte et morgue semi-dissimulée. Ainsi commence la déambulation enjouée, en file indienne, derrière eux, derrière nos propres reflets.

La pérégrination continue sur Victime of The City, à la suite d’une âme aussi simple, c’est-à-dire humaine, que vous et moi. “you better be on the run” semble être la solution à tous nos problèmes, mais l’on ne sait plus si l’on fuit notre situation ou le tourment qu’elle nous cause.

Ritournelle aérienne et mélodie lumineuse éclairent la course insouciante du Zguy, peut-être moins confiant dans son point de chute qu’il veut nous le faire croire. La seconde version de la track, lorgne davantage vers le Walk On The Wild Side de Lou Reed et n’hésite plus à dévoiler l’anxiété latente.

Le chanteur s’essaie au français sur C’est pourtant simple une chanson dont La Femme n’aurait pas renié l’association rythmique/couplets. C’est pourtant simple, leitmotiv régissant le spectre des compositions de l’artiste. Une simplicité de parole et de mélodie, en accord avec la vie qu’il recherche mais diamétralement opposé aux obstacles qui se dressent devant lui. Zguy continue son questionnement faussement adolescent mais bien universel sur Someday et encore amplifié par les résonances, d’un Liam Gallagher  sur That’s My Life, parfois en solo, parfois accompagné.

 

L’Australie indolente et ensoleillée des Good Morning, égayée par une légère touche pop, fait surface sur NYC. Plutôt que d’aller surfer avec les premiers, c’est d’une balade à vélo dont on rêve au fil de ces notes pleines d’une réverbération luxuriante.

Some Might Say That Love Never Last Forever et son petit côté The Magnetic Fields dans la fausse impression de  je-m’en-foutisme qu’il a à nous balancer une track incroyable, nous laisse aussi transporté d’avoir été touché en plein cœur que déboussolé par le spleen de cette oraison expéditive.

11 chansons si légères qu’on s’envole : les pieds quittent le sol et l’on regrette que ce ne soit que l’un après l’autre ou pour une poignée de seconde. On préférerait flotter indéfiniment là où la vie est plus belle, entre les notes et les mélodies de Fantastic Mister Zguy.

Coloré oui, mais pas seulement de jaune et de rose. FMZ livre un premier album où les mélodies vivantes soutiennent aussi bien des textes légers qu’elles révèlent une fragilité et un doute sur l’avenir. Pourtant, aussi effrayants soient-ils, l’on sent poindre une volonté (propre au musicien, véritable protagoniste de son album) et une confiance qui submergera tout le reste, avec difficultés parfois, mais de façon certaine/implacable.

Par quel miracle est-il possible de composer un album qui, sans rien révolutionner, génère d’aussi puissants sentiments, des frissons aussi plaisant? Le talent sans doute..

King Shrimp est un premier album qui regarde dans de nombreuses directions, avec beaucoup de talents et une envie, une fougue incroyable. Invoquant de nombreuses références et influences, Zguy n’a plus qu’à sauter quelques marches pour finir de se forger une identité et se sublimer. Someday à n’en pas douter.