L'éternelle jeunesse du Suprême NTM au stade Pierre Mauroy

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La nostalgie. C’est une notion qui joue à plein tube ces dernières années. Elle affecte souvent les personnes qui fantasment une époque qu’ils n’ont pas connue, tout autant que ceux qui rêvent de retrouver la sève de ce qu’ils ont vécu. En gros la nostalgie est une pièce à deux faces qui semblent différentes mais pourtant si complémentaires car elles finissent par diriger nos vies. En ce vendredi 28 juin qui sonnait la fin d’une semaine de canicule, c’est la seconde partie qui se retrouvait au stade Pierre Mauroy de Lille pour un rendez-vous avec les idoles de leur jeunesse : le Suprême NTM.

Pour réaliser ce constat simple et basique, comme dirait un jeunot, il suffisait de se poser à une terrasse devant le stade lillois. Regarder la foule arriver, les visages et constater : oui le public de ce soir sera âgé. On pourra compter sur les doigts de nos mains les moins de 25 ans qu’on aura vu défiler devant nos yeux. Une étude sociologique permettra aussi de constater que le temps nous fait définitivement évoluer, les anciens punks et rebelles portent désormais des pulls autour du cou, des petites chemises propres et boivent de l’eau. Il y a aussi les récalcitrants, les éternels rêveurs avec cet air du mec ou de la meuf qui a décidé de ne pas renoncer à ses idéaux, qui coûte que coûte veulent rester en phase avec ceux qu’ils étaient jadis. Ceux qui ont toujours l’étincelle dans leurs yeux, le rêve au coin des lèvres et la gouaille de ceux que le système n’aura pas fait plier. Ceux-là on les respecte beaucoup, on les envie un peu aussi. Mais cette masse, ces univers qui d’habitude ne se côtoient pas ou se parlent à peine se mêlent ce soir-là dans une foule compacte. Car en cette soirée de juin aussi chaude que notre bière était fraîche, nous sommes tous réunis, ensemble, pour célébrer en communion une chose toute simple : l’éternelle jeunesse du Suprême NTM.

 

Kool Shen et Joey Starr, plus de 100 ans à eux deux, 30 ans d’une carrière commune… Et pas un album depuis 20 ans. Si la nostalgie devait avoir un point d’orgue, elle ressemblerait sans doute à ce concert. On s’était posé la question de l’intérêt d’aller à ce concert. Allions-nous être déçus ? Sont-ils trop vieux ? Leur musique a-t-elle encore un intérêt dans un monde où le rap mêle de plus en plus son ADN à la pop ? Toutes ces questions, elles seront balayées en moins d’une minute. Un cri, une note, un stade qui résonne et 15 000 personnes emportées dans un même élan pour environ 2 heures de concert, de réjouissance commune et de joie. Car non, rien n’a changé, malgré l’âge, malgré les embrouilles, les séparations et les réconciliations ces deux-là assurent un show cinq étoiles. Une énergie folle et une musique qui prouve qu’elle est toujours aussi actuelle, puissante, intense et nécessaire. Parce qu’au final rien n’a changé, de la situation des banlieues, au racisme ambiant en passant par ce besoin nécessaire de s’évader et de niquer le quotidien, la musique du Suprême NTM reste ce remède parfait à nos questionnements et à nos doutes.

Pas besoin de fioriture, pas besoin d’en faire trop, c’est la musique qui parle à travers eux. On est encore là, Paris Sous Les Bombes, Pose Ton Gun sont des classiques indémodables qui résonnent et qui sont repris en cœur. Les deux gaillards ayant aussi une carrière en dehors d’NTM longue comme le bras, chacun aura droit à son moment perso (permettant aussi à l’autre de se reposer parce que finalement oui, ils n’ont plus 20 ans tout de même) et verra l’arrivée sur scène de têtes qu’on avait presque oubliées, que ce soit Busta Flex, Raggasonic, Nathy ou Lord Kossity.  Bien sûr, on ne boudera pas non plus notre plaisir et cette union intense qui créera des moments suspendus et de folies sur les plus gros tubes du duo : Seine Saint Denis Style explosera tout sur son passage, Laisse Pas Traîner Ton Fils nous rappellera (à l’image du Petit Frère de IAM) comme la plume de ces garçons est  intelligente, poétique et intemporelle, tandis que Ma Benz fera exploser un stade Pierre Mauroy qui n’attendait que ça. La fête se terminera lentement mais sûrement mais pas sans laisser résonner un IV My People d’anthologie.
Les lumières se rallument alors, les gens semblent en redemander mais finalement se dispersent. Chacun retourne ainsi à sa vie, les enfants attendent, le boulot le lendemain, les classes se séparent à nouveau mais une chose est certaine : on aura vécu ce moment ensemble, tous unis sous la bannière du Suprême NTM.

Photos : David Tabary pour Dans Ton Concert