Luidji, grand poète du rap français

Tu fais tourner ?
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Le garçon, celui qui fait des belles chansons. C’est conseillées par la talentueuse Aloïse Sauvage que nos oreilles se sont portées vers la fine plume d’un de ces musiciens qui allient rap et poésie. Une petite pépite qui décide de privilégier l’artistique au productivisme, qui ne vise pas les masses mais bien une communauté d’auditeurs curieux, d’amateurs de musique et non de tubes. C’est ainsi qu’après plus d’une dizaine d’années à son actif en tant que rappeur, le jeune penseur a livré cette année son premier album Tristesse Business : Saison 1 sous son label sobrement nommé Foufoune Palace

Vacillant entre différents univers, l’opus narre les épopées sentimentales compliquées de Luidji au cœur balancé entre deux femmes et aux yeux partagés entre diverses paires de fesses. Des contrastes d’atmosphères qui reflètent la fluctuation incessante des états d’âmes et des désirs du chanteur. On y retrouvera ainsi les notes solaires voire dancehall du morceau Tu le mérites dans lequel le romantique déclare sa flamme à celle qu’il a décidé de mettre de côté toutes ces années. Comme une lettre d’amour qui aurait pris du retard, le récit raconté captive et la chaleur de l‘instru reflète celle de cette relation secrète. Un flow remarquable qui brille aussi sur Femme Flicune ode aux caractères brûlants des femmes qui l’ont accompagné toute sa vie. Sur celui-ci, le petit prodige parviendra même à nous parler de “sang dans les selles” sans même altérer la douceur du titre ou la finesse de son parler. Si ça ce n’est pas du talent. On se surprend aussi à apprécier ses vocalises inattendues sur des morceaux plus expérimentaux comme l’introducteur Les Gens Qui S’aiment ou le mélancolique Plus Haut, texte habité de fantômes et de regrets.

Dans l’accrocheur Néons Rouges / Belles Chansons, le côté sanguin et chaud des tons de rouge utilisés dans le visuel déteint sur des productions qui jouent sur la frontière entre chill beats et percussions plus soutenues en scindant l’œuvre en deux parties aussi sublimes l’une que l’autre. Un morceau dont le clip vient prouver toute la passion de Luidji pour les belles images, celles qui transportent et insufflent à ses textes de véritables cadres, comme des peintures qui traduiraient aux yeux ce que nos oreilles ressentent. Cette attention tout particulière à la cinématographie se retrouverait d’ailleurs déjà sur son précédent projet avec l’incandescent 7h59, au visuel rempli de références au monde de cinéma.

Luidji fait partie de ces rappeurs pour qui la vulnérabilité n’est pas un tabou. Il faut dire que des douleurs, il en a eues mais surtout il en a vues. En effet, la sensibilité de l’album a pu puiser sa force dans ses journées passées à l’accueil des urgences d’un hôpital. Une expérience professionnelle qui marquera le Parisien au fer rouge pour parvenir à sublimer certaines plaies et à les raconter avec un esthétisme et une narration percutants et remarquables. On pense notamment aux lignes dans Le Remède qui traitent de ce processus douloureux qu’est la rupture. Ce titre le prouve, le langage n’est jamais savant ou codé, les mots sont plutôt simples et explicites. Mais il s’en dégage tout de même un élégant effet harmonieux qui fait danser les mots les uns contre les autres. Un moment langoureux aux notes de bossa nova qui se voyait il y a peu garni d’une session acoustique alléchante. Un procédé d’écriture qui se mêle avec efficacité à un timbre de voix grave et délicat qui nous ramène avec nostalgie aux débuts du Belge Roméo Elvis au temps de son moelleux Morale.

“Ça fait longtemps que j’ai passé le cap de la déprime. Mais pour vraiment refermer la cicatrice, il fallait que je le raconte. Écrire cet album m’a sauvé de la stagnation. J’ai exorcisé mes histoires passées. C’est ce qui me permet d’avancer personnellement et par conséquent dans ma musique.”

Luidji propose donc un rap qui s’éloigne des grands clichés du milieu pour livrer un album singulier aux textes calibrés et aux compositions douces comme 17 caresses posées sur nos joues. Franc succès pour cette pépite prometteuse qui prouve que même les bad boys savent nous parler d’amour.