Lysistrata : trente concerts et onze pays en deux mois

Tu fais tourner ?
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Le sol berruyer porte encore les traces du passage des Lysistrata. Et pour cause, le phénomène rock ayant remporté le Prix du Jury des iNouïs au Printemps de Bourges 2017 revenait en bombe ce 19 avril. Une salle comble. Le public, la goutte au front, ne peut s’empêcher de lâcher quelques « putain, la claque ! ». Mais avant que la terre ne tremble, nous avons retrouvé ceux qui, sous leur mythique patronyme, hurlent la révolte des femmes.

La Vague Parallèle : Vous débutez votre tournée au Printemps de Bourges. C’était également un point de départ en 2017, lorsque vous avez remporté le Prix du Jury des iNouïs. Ça fait quoi d’être programmés dans la « cour des grands » aujourd’hui ?

Max : En fait, c’est la troisième fois qu’on joue à Bourges.

Ben : La première fois, c’était en off sur une seule date, on n’était pas sélectionnés pour les iNouïs. L’année d’après, on a donc gagné le Prix du Jury. Aujourd’hui, on revient pour la soirée rock. D’ailleurs, c’est la première date depuis longtemps car celles de janvier servaient surtout à roder les morceaux. C’est vraiment à partir d’aujourd’hui que notre tournée débute.

LVP : Elle compte trente concerts et onze pays en deux mois.

Théo : Onze pays ?

B : Oui, on fait quinze mille kilomètres un truc comme ça.

LVP : Revenir dans la programmation officielle, est-ce que ça change votre vision du festival ?

M : Pas vraiment. On aime bien jouer ici et la prog de ce soir est cool.

B : On se sent chez nous dans une soirée rock comme celle-ci.

LVP : Y a-t-il eu un avant et un après iNouïs, ou vous aviez déjà un grand nombre de dates de programmées, un entourage professionnel, etc. ?

M : On était déjà accompagné et notre tournée avait déjà commencé.

B : Au final, ça nous a permis d’ajouter cinq dates. Mais c’était cool car on était dans un tourbus avec d’autres iNouïs, comme les copains de Last Train.

T : En fait, c’est surtout notre tourneur, Charles de Jerkov, qui a fait le plus gros du taff. Il n’a pas hésité à nous présenter à d’autres personnes. Tout le mérite lui revient.

B : Il a beaucoup démarché les tourneurs étrangers. Grâce à lui on a pu jouer en Europe.

LVP : En effet, vous avez parcouru le monde ; Europe, Asie, Canada, des gros festivals, mais on peut également vous voir dans des petites salles. Comment vivez-vous ce contraste ?

B : On aime trop. Entre jouer dans une SMAC ou dans un club, ce n’est pas la même énergie. Jouer seulement en SMAC ce serait chiant. Alors que là, chaque soir, on a des galères différentes.

LVP : Vous avez une préférence ?

M : Tout est kiffant à son niveau. Aux Vieilles Charrues, tu joues à cinq mètres des gens, c’est immense, un peu chelou, mais puissant. C’est aussi très cool de jouer au milieu du public, dans des lieux où il n’y a même pas de scène. C’est comme voyager ; notre musique peut partir en Chine, en Amérique. C’est une chance d’avoir cette opportunité.

LVP : D’ailleurs, votre musique est-elle perçue différemment à l’étranger ?

T : Au Vietnam, en Chine, je ne pense pas qu’ils reçoivent beaucoup de groupes européens donc, oui, l’écoute est hyper différente.

LVP : Ont-ils une culture rock ?

T : Elle est assez kitsch.

B : En Chine, tout est très censuré. Ils n’ont pas vraiment accès à Spotify, ni à toute cette masse de musique. Leur culture est plutôt mainstream. Linkin Park, les Beatles, ça ne va pas plus loin. Donc même si on fait de tout, tu vois qu’il y a un petit choc. Notre musique reste assez violente.

LVP : La scène étant votre feu, peut-on espérer un album live ?

Lysistrata : Ce serait cool !

T : Max a trouvé un live de Ty Segall, ça défonce. Ça se prépare mais c’est une super idée.

LVP : Avez-vous quand même le temps de composer de nouveaux morceaux ?

M : Justement, ce soir on joue pas mal de nouveaux morceaux.

B : Dès qu’on a du temps libre, on met de côté les idées de riffs. On compose toujours ou le plus possible en tout cas.

LVP : Vous composez plutôt en jam-session ?

T : Souvent en jam ou directement en répétition en rassemblant les idées qu’on a eues avant.

LVP : On peut également parler de l’ouverture de votre propre label, Grabuge Records, en février dernier. Racontez-nous sa genèse.

M : Durant nos tournées, on rencontrait des groupes qui n’avaient pas spécialement sorti de CD et n’avaient aucun accompagnement. Au départ, on les adressait à des labels. Puis finalement on s’est dit qu’on pouvait créer le nôtre. On ne veut pas se lancer dans quelque chose qu’on ne pourrait pas assumer alors on sort que des petites séries. Comme pas mal de médias nous suivent avec Lysistrata, c’est bien que les autres puissent en profiter. Là, on vient de sortir un groupe de Vesoul hyper bien, tRruckks.

T : Il n’y a rien de plus kiffant que quand quelqu’un s’intéresse à toi en tant que groupe. Puis quand on se prend des grosses claques, on a forcément envie de les aider. C’est une mission.

M : Pour Monolyth, par exemple, le side project du batteur d’Équipe de Foot, il a suffit qu’il poste un commentaire sur la page en nous disant que leur album était prêt depuis un an et demi mais qu’il n’était toujours pas sorti. L’album est génial donc direct c’était vendu.

LVP : Et pour finir, que pensez-vous de la scène rock française. Faut-il être né à Manchester pour faire du bon rock ?

M : Non, tu vois tRruckks, ils viennent de Vesoul.

T : Probablement une des villes les plus merdiques de France d’ailleurs… Non mais beaucoup de gens disent que le rock est mort depuis Noir Désir. Mais, si tu ouvres tes oreilles, il y a plein de belles choses. On parlait d’Équipe de Foot, de Monolyth. Il y a Pneu, Papier Tigre. Dans les années 90 et 2000 c’était ouf. Encore aujourd’hui, il y a Johnny Mafia, Frustration, The Psychotic Monks.

B : Il suffit de creuser un peu.

Merci Lysistrata !

Pour frémir sous les fréquences de leurs grattes, convulser au rythme de leur batterie, laisser leurs voix transcender votre squelette, rendez-vous sur l’asphalte européen.