Malik Djoudi et INÜIT se mettent Le Poche dans la poche

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Vendredi dernier, le ciel oscille une nouvelle fois entre le gris et le bleu, les bouchons sont présents sur la route alors qu’une bonne partie du Pas de Calais se dirige vers le stade Bollaert pour assister au dernier succès de la saison du RC Lens qui les amènera deux matchs, et des prolongations, plus tard au barrage final et aux portes de la ligue 1. Pour notre part, la route nous mène vers Le Poche, jolie scène souterraine de Béthune pour retrouver deux projets qui font de la scène leur terrain de jeu : Inuit et Malik Djoudi.

Lorsqu’on écrit un live report, il est souvent dans les usages de parler d’un groupe puis de l’autre. De donner la place et le temps de définir ce qui fait les spécificités de chacun, au final de les séparer. Pourtant lorsque l’on sort dans la nuit étoilée et pas si fraiche du Poche de Béthune, c’est une autre idée qui nous vient en tête. Celle de rassembler, de mettre ensemble deux groupes qui semblent distincts musicalement mais qui se rapprochent par bien des choses. Une volonté d’unir en somme les univers pas si éloignés de Malik Djoudi et d’INÜIT, deux des projets les plus intéressants et puissants qu’on a pu voir sur scène récemment. Car ce soir là, pour l’un comme pour les autres c’était une troisième rencontre scénique que l’on s’offrait. On vous fait donc un report un peu spécial de cette soirée qui nous a prouvé une nouvelle fois que la scène française déborde de ces projets qui ont le talent et l’ambition de proposer autre chose, des voyages et des univers qui intriguent autant qu’ils passionnent.

 

Il y a tout d’abord cette recherche esthétique, ce besoin d’offrir autre chose qu’un bête concert avec une petite lumière qui flotte. Chez inuit cela se traduit par un arc de cercle avec en son centre leur chanteuse Coline. Une formation inédite, qui permet à chacun de trouver sa place, son aisance tant le matériel scénique est imposant. Une manière aussi de casser les codes d’une scène souvent trop rectiligne, trop frontale, pour arrondir les angles et offrir une vision globale de tout ce qui se passe sur scène. Cela permet au spectateur d’assister incrédule à ce débordement d’énergie sur des titres comme Body Lies, We The People ou Dodo Mafutsi. Chez Malik Djoudi, la mise en scène est plus classique, proche d’un western ou lui et son comparse se font face, se défient, se jaugent et finalement jouent l’un avec l’autre et avec nous aussi, prenant parfois le front de la scène pour nous embarquer dans leur voyage à la beauté effarante bien aidé par des titres à la poésie folle comme Tempéraments, Peur de Rien ou Belles Sueurs . Ce besoin de mise en scène s’offre aussi une véritable plus-value avec des lumières absolument phénoménale chez l’un comme chez les autres qui agissent en miroir des chansons qu’elles habillent. Les INÜIT jouent ainsi sur les couleurs, les ambiances et le côté stroboscopique, renforcent la brutalité et le côté dancefloor de certains de leur titre comme ils calment le jeu sur les moments ou la tension diminue. Chez Malik, c’est une autre affaire, la aussi il joue sur plusieurs tableau entre des néons qui s’amusent des profondeurs, qui donnent une sensation d’infini et de lointain et des lumières latérales qui viennent par moment donner à la scène un côté irréel et brumeux, proche du rêve et du fantasme qui habillent la musique du bonhomme.


Il y a surtout, et l’un ne va finalement pas sans l’autre, cet amour absolu de la scène, ce besoin de partager, d’offrir et de recevoir à travers la musique qu’ils habitent et qu’ils font exister. La zone de confort n’existe pas, chaque concert est une expérience, une prise de risque, une nouvelle étape ou l’on tente des choses, certaines marchent et d’autres non, mais au final il est impossible de rester insensible et sans émotion face à ces véritables démonstrations live. Les nantais cassent ainsi le côté un peu froid qu’on avait pu reprocher à la production de leur albums pour faire monter la chaleur à des niveaux inattendus, surtout pour un groupe qui s’appelle INÜIT. A la manière de Soulwax, ils prouvent surtout qu’il est possible de faire sonner de la musique électronique en live, de donner du corps à un format parfois trop figé dans ses codes, bien aidés en cela par des cuivres absolument homériques. Le poitevin lui joue avec sa musique comme avec un chewing-gum, il l’étire, la transforme, la gonfle sans jamais la faire éclater. Il s’amuse des structures de ses chansons, de leur texture pour nous faire tanguer, nous surprendre et finalement nous emporter. Chose amusante, les deux formations nous auront offert ce soir là une petite reprise : INÜIT aura ainsi amener son dancefloor scénique du côté de Technotronic pour un Pump Up The Jam endiablé tandis que Malik Djoudi nous aura surpris, lui qui avait l’habitude reprendre Cambodia , avec une reprise osée, douce et fatalement sublime du Drunk In Love de Beyonce. Il y a donc beaucoup plus en commun chez ces artistes que ce qu’on aurait pu vouloir nous faire croire et cette belle soirée dans la jolie salle du Poche à Béthune en aura été une preuve puissante et impressionnante. On ne peut que vous conseiller de noter leur passage dans vos agendas, c’est le genre de soirée placées sous garantie.