Michelle Blades : "Je veux profiter de ma liberté de création"

Tu fais tourner ?
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Si on vous dit que Michelle Blades est une artiste fascinante, qui repousse sans cesse les limites de la créativité, on ne vous apprend probablement rien. En revanche, si on vous dit qu’elle a déjà composé un album d’ambient, qu’elle écoute de la cumbia satanique et qu’elle aimerait apprendre à travailler le bois, vous serez sans doute un peu plus surpris. Ça tombe bien, on a rencontré Michelle Blades à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Visitor, pour découvrir ces facettes étonnantes d’une artiste qu’on adore. 

La Vague Parallèle : Salut Michelle ! Comment vas-tu ?

Michelle Blades : Ça va, tout va bien !

LVP : À la fin du mois de mars, tu as sorti ton nouvel album, Visitor. Comment as-tu vécu cette sortie ?

MB : Très bien ! D’abord, j’ai reçu beaucoup de messages de mes potes et ça m’a fait très chaud au coeur, puis j’ai reçu des messages de personnes que je ne connais pas. Ça, c’est cool, parce que ça veut dire que l’album circule et se répand, et c’est vraiment ce dont j’ai envie.

LVP : Pour l’enregistrement de cet album, tu as beaucoup travaillé avec le groupe qui t’accompagne sur scène. Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

MB : En fait, j’avais déjà travaillé comme ça pour Ataraxia. C’est simple : plus tu sais ce que tu veux, plus tu peux accorder de liberté aux autres.

C’est important parce que pour un album comme ça, je dépends totalement du groupe. Il joue à la fois un rôle de traducteur et un rôle d’ami : les musiciens retranscrivent en musique ce que je leur indique, mais ils transmettent aussi des émotions, des sentiments. Je me sentais à l’aise dans le studio, ça fait longtemps qu’on joue ensemble et j’apprends énormément chaque jour avec ce groupe.

LVP : Tu as enregistré Visitor pendant le mois de pause d’une tournée intense au cours de laquelle tu accompagnais Fishbach. Comment est-ce que cette expérience a influé sur l’enregistrement de ton album ?

MB : Je crois que l’enregistrement a eu une fonction thérapeutique en quelque sorte, ça me manquait beaucoup. J’avais peur que les chansons pourrissent parce que j’évolue vite, donc il fallait que j’enregistre ces morceaux.

N’importe quelle tournée est épuisante, donc d’un côté il y avait une sensation de rush permanent, mais de l’autre c’était à la campagne, dans un endroit isolé du monde, donc c’était très apaisant. Il y avait une forme de tranquillité derrière. Finalement, le plus dur, c’était de le faire en si peu de temps, ça implique de devoir rester concentrée en permanence. Le micro entend tout. Il entend quand tu en as marre, quand tu es fatiguée… Il faut être sincère pour parvenir à habiter les sentiments qui correspondent à chaque chanson, à chaque phrase, à chaque mot. C’est comme ça que je travaille.

LVP : Visitor est composé de morceaux issus de différents périodes d’écritures. Comment est-ce que tu as choisi les onze titres qui constituent cet album ?

MB : En fait, je gardais beaucoup de morceaux sans savoir ce qu’ils allaient devenir. Petit à petit, ils sont devenus Visitor.

Je fonctionne comme ça : je garde toujours mes morceaux de côté pour me laisser la possibilité de changer d’avis, de les adapter à une idée que je pourrais avoir plus tard, je garde ce côté malléable. Les artistes s’auto-critiquent souvent, jettent des oeuvres. Il ne faut pas voir chaque oeuvre comme une finalité, mais plutôt comme un essai : les philosophes écrivent des essais, ça veut dire que l’idée qu’ils développent n’est pas finie, mais elle est présentable pour le monde. Et c’est pareil pour la musique !

Pour cet album, il y a trois morceaux que j’ai laissés de côté. Je pense que je peux en faire autre chose plus  tard, je les ai laissés à l’état de squelette pour le moment.

 

À terme, je voudrais pouvoir faire partie de la liste de ces artistes que j’admire, qui sont uniques et intemporels, comme Kate Bush, Frank Zappa ou Chopin.


LVP : Dans Visitor, l’urgence qu’on sent au début du disque laisse petit à petit place à un sentiment d’apaisement, de quiétude. Est-ce que c’est ce que c’est ce que tu as voulu transmettre ?

MB : Ça me fait plaisir que tu aies vu une forme d’aboutissement dans ce disque, mais c’est un peu lié à la magie du tracklisting (rires) ! En vérité, je sens que mon parcours n’est pas du tout terminé ou abouti.

Quand je sors un disque, je fais un bilan. Je me demande ce que j’ai fait, ce que je n’ai pas fait, ce qu’il me reste à faire, ce que je pourrais faire. Par exemple, je n’ai jamais fait de trucs vraiment bizarres, expérimentaux et je ne me suis jamais vraiment mise à nu sur un disque. Je pourrais faire des morceaux très dépouillés comme sur Premature Love Songs, mais en poussant vraiment le truc à fond. Ce qui m’intéresse finalement, c’est ce que je ne fais pas, ce que je n’ai jamais fait.

LVP : On a beaucoup parlé de ton identité personnelle lors de la sortie de ce disque, mais je trouve qu’il y est aussi beaucoup question de ton identité musicale. Visitor présente des morceaux qui ont ce côté rock lo-fi qu’on retrouvait sur Ataraxia, d’autres sont des balades douces et fluides comme sur Premature Love Songs. Finalement, ce disque est une sorte de synthèse de tout ce que tu as sorti jusque-là, une sorte de carte d’identité musicale. Est-ce que c’est comme ça que tu l’as pensé ?

MB : C’est tout à fait ça, je voulais essayer de me rapprocher au maximum de mon son à moi, de faire en sorte qu’on ne me compare plus à d’autres artistes mais plutôt à mes disques précédents. Bien sûr, je n’écris pas par rapport à l’avis des autres, je le fais avant tout pour moi, mais si je le fais bien, j’espère qu’on ne me comparera plus qu’à moi-même.

C’est une sorte de quête d’identité sonore, en fait. Je raisonne par rapport à des objectifs personnels : à terme, je voudrais pouvoir faire partie de la liste de ces artistes que j’admire, qui sont uniques et intemporels, comme Kate Bush, Frank Zappa ou Chopin par exemple. C’est ambitieux, mais je crois qu’il faut être ambitieux dans ce monde post-post-moderne (rires) ! Ça bouge vite !

LVP : Justement, pour cet album, tu cites des influences comme Frank Zappa ou Mort Gartson. Est-ce que tu aimerais t’orienter vers des sonorités et des formats plus libres, plus conceptuels ?

MB : Oui, par exemple, j’aimerais beaucoup faire un disque uniquement instrumental, au synthétiseur, un truc un peu exotica.

En fait, ce n’est pas forcément en tant que chanteuse que je voudrais être connue, mais plutôt en tant que compositrice. Ma voix fait partie de ma musique, mais je voudrais surtout qu’on reconnaisse ma manière de composer. J’ai déjà fait un album totalement ambient, qui s’appelle Are you a translator ?, il fait partie intégrante de mon projet, je verrai si je le sors un jour. Je veux vraiment profiter de ma liberté de création.

 

LVP : Tu es encore très jeune et pourtant tu as déjà sorti plusieurs disques, tu as réalisé des clips… Est-ce qu’il y a d’autres disciplines artistiques que tu voudrais explorer ?

MB : Je voudrais apprendre à travailler le bois. J’aime bien les boulots qui sont manuels et techniques et j’aimerais beaucoup savoir faire des meubles.

En fait, c’est assez lié à la musique : travailler un matériau, ça exige du silence et de la concentration, non ? Finalement, tout alimente la musique !

LVP : Tu as souvent collaboré avec des artistes qui font partie de ton entourage, comme Cléa Vincent ou Fishbach. Si tu pouvais collaborer avec un artiste de ton choix, toutes époques confondues, quel serait-il ?

MB : J’adorerais travailler avec les Meridian Brothers, c’est un groupe de Bogotá.

LVP : On te rencontre quelques minutes avant ton concert à la Maroquinerie. Comment est-ce que tu vas faire vivre ce nouvel album sur scène ?

MB : En m’éclatant (rires) ! Généralement, je ne me sens pas nerveuse avant de monter sur scène, mais ça arrive que ça me gagne et quand je joue, j’essaye d’oublier le contexte et de profiter à fond de l’occasion. Je regarde mes musiciens, et si je vois qu’ils s’amusent, je m’amuse aussi.

LVP :  Et sinon, qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

MB : En ce moment, je réécoute les Beatles, notamment l’album Hard Days Night.

J’écoute aussi Chupame El Dedo, c’est un groupe satellite des membres de Los Pirañas, à Bogotá. C’est de la cumbia satanique, c’est vraiment ouf ! Ils parlent d’une meuf qui trouve Satan sur son chemin, elle couche avec et elle lui refile une MST exprès, c’est chéper (rires) !

LVP : Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

MB : Beaucoup d’argent pour me payer un studio trop cool (rires) ! Ouais, franchement… Sponsor me. Give me time. Ah oui tiens, c’est bien ça : du temps, beaucoup de temps pour faire de la zik (rires) !