Micro Festival 2023 = Maxi Plaisir
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Auteur·ice : Augustin Schlit
05/09/2023

Micro Festival 2023 = Maxi Plaisir

Été après été, les équipes de La Vague Parallèle ne reculent devant aucune épreuve pour vous conter leurs épopées festivalières aux quatre coins de l’Europe (ou presque). Oh bien sûr, les plus cyniques diront qu’on a juste trouvé une bonne excuse pour passer deux mois à faire la fête sans se sentir jugé·es par “les gens qui bossent”, ce qui n’est pas tout à fait faux… Mais au-delà de cet avantage en nature plus qu’appréciable, c’est avant tout pour nous une opportunité unique d’être au cœur de l’action lorsqu’il s’agit de sentir le pouls de la scène musicale actuelle et d’en dégager les tendances qui risquent fort d’animer nos ondes pour l’année à venir. Et il faut le dire, à ce petit jeu de défrichage d’avant-garde, peu arrivent à la cheville du Micro Festival.

Vous l’avez sans doute compris, il est désormais un événement incontournable de notre été. Un de plus. Et pourtant, on a du mal à considérer le Micro Festival comme un n-ième rendez-vous estival, aussitôt consommé aussitôt digéré, tant il s’en dégage une énergie particulière, difficile à retranscrire à quelqu’un·e de non initié·e. Car de fait, sur le papier, le Micro festival ne réinvente pas la roue, et reproduit une formule ancestrale qui se “contente” d’un enchainement de concerts, entrecoupés plus que de raison d’interludes houblonnés. À une époque où on nous vend sans cesse la surenchère vers une expérience totale et hors du commun, cette proposition a des airs d’anachronisme.

Seulement voilà, sa recette, aussi éprouvée soit-elle, le Micro en maitrise les dosages à la perfection. Et pour cause, ses équipes ont compris depuis longtemps que la longévité d’un tel projet se construit avant tout sur la maitrise de ses fondamentaux et l’art du bien recevoir. Et dieu que nous fûmes bien reçu·es ! Dès notre arrivée, le regard perplexe du garde de sécurité lorsque nous proposons de lui dévoiler le contenu de notre sac donne le ton : pas de chichis chez nous ! Ici, confiance et bienveillance sont les maîtres mots. Alors on se laisse porter par l’atmosphère ambiante où tout invite à la camaraderie sur fond d’expériences sonores inédites.

© Caroline Bertolini

De cette combinaison émergent ainsi pléthore de moments mémorables, à commencer par la performance hyper habitée du Wild Classical Music Ensemble, qui n’a finalement de classique que le nom, et dont l’énergie brute a aussitôt fait de nous mettre en jambe pour une soirée qui s’annonçait pour le moins musclée. En effet, si nous ne devions retenir qu’une chose de cette première soirée, ce sont assurément les retrouvailles précoces avec deux formations qui avaient déjà retenu notre attention quelques semaines plus tôt sur la plaine du Dour Festival. À savoir le punk bien vénère des Lambrini Girls, qui nous ont à nouveau offert un show dont il est impossible de sortir indemne. On savait pour quoi on signait, on a été servi·es.

© Caroline Bertolini

Ce qu’on avait moins anticipé, c’est à quel point on s’apprêtait à prendre une méga claque sur le show de Heartworms. Pourtant en théorie, comme pour les trois tornades de Brighton, rien de neuf sous le soleil depuis Dour. Néanmoins, il ne fallut que quelques minutes pour réaliser que c’est une toute autre Jojo Orme qui se tient devant nous. L’émulation qui se dégage de la scène est palpable. Dans l’intimité de la circus stage, la dark wave dopée aux hormones de la Londonienne prend des airs de grande messe punk, où toute la tension accumulée jusqu’alors se décharge dans un déchainement d’énergie collective, emportant tout sur son passage, à commencer par ce qui nous restait d’inhibition. Après ce grand moment de live et un passage au bar bien mérité, nous nous dirigeons vers l’oasis 3000 dans l’espoir de conclure honorablement en tapant du pied sur les bpm entêtants de RRose, et surtout Polygonia qui nous a offert un set de clôture aux petits oignons pour une première soirée d’une édition déjà aussi mémorable qu’arrosée. Liège oblige…

 

© Caroline Bertolini

Le samedi matin, au moment de compter le nombre de points qui nous restaient, nous aurions aisément pu nous laisser décourager par des prévisions météorologiques peu reluisantes. Mais les programmateurices du Micro ne l’entendent visiblement pas de cette oreille en mettant le paquet dès l’ouverture du site. N’écoutant que notre conscience professionnelle, nous reprenons donc le chemin de la fête, toujours légèrement embrumés par les excès de la veille, sans oublier de passer par la case café, histoire de se remettre les idées en place.

© Caroline Bertolini

Il faut dire qu’une journée chargée nous attend. À commencer par la pop lofi de Lazza Gio, notre sad girl préférée, et ses textes qui n’ont pas leur pareil pour vous poignarder le cœur. Au point qu’on se demande presque si ce n’est pas elle qui fait pleurer le ciel. Quelques heures plus tard, ce sont finalement les Ciao Kennedy qui parviennent à réveiller nos hanches engourdies à grands renforts de basses rondes et de grooves cosmiques qui ont vite fait de nous convaincre qu’ils ont une place à part sur le marché bien chargé du nu jazz à la belge. En réalité, il fallait bien ça pour nous préparer à ce qui nous attendait ensuite.

© Caroline Bertolini

De fait, c’est en passant par inadvertance non loin de la scène de l’oasis 3000 que l’on se trouve happé·es par le son du neyanbân, cette cornemuse iranienne dont on ignorait l’existence quelques instants plus tôt, et qui occupe désormais une place de choix au palmarès des instruments les plus cools qui aient croisé notre chemin. Il faut dire qu’il est impossible de rester indifférent·es face à la performance hallucinante de Saeid Shanbehzadeh. En effet, dernier manie son instrument comme une extension de ses poumons, avec une ardeur qui ferait passer JPEGMafia pour un mouton gériatrique. Le genre de moment qui nous rappelle à quel point la réussite d’un festival réside dans notre disposition à nous laisser surprendre.

© Caroline Bertolini

Ce qui est bien avec le Micro, c’est que des belles surprises, il en a à revendre. Que ce soit le reggaeton irrésistible de Clara!, les percussions DIY de Fulu Miziki Kolektiv ou le post punk techno de FatDog, chaque concert de cette journée se transforme en un moment de fête incomparable. Et bien sûr, comment ne pas en placer une toute particulière pour LALALAR. Nous nous étions bien douté·es qu’il s’agirait d’un des moments importants de ce weekend. À 20h30, il semblerait que tout le festival s’est réuni à l’Oasis 3000 pour applaudir le rock psychédélique du groupe d’Istanbul. L’ambiance est électrique. D’ailleurs, visiblement conscient de l’engouement qu’il suscite, le trio turc ne retient pas ses coups. Il ne nous faut pas trois minutes pour nous dire qu’en effet, on ne s’était donc pas trompé·es, et la performance à laquelle on est en train d’assister restera longtemps ancrée dans nos mémoires. Chacun des musiciens se lance à corps perdu dans la bataille, comme si c’était le dernier concert de leurs vies, offrant au public liégeois une performance 5 étoiles qu’il n’est pas prêt d’oublier.

© Caroline Bertolini

Au final, de ces deux jours, on retiendra une audace rare de la part de l’organisation, qui s’est avérée payante grâce à la confiance aveugle d’un public fidèle qui n’a pas peur de se mouiller, au propre comme au figuré. En effet, ni la pluie incessante, ni le caractère un chouia ésotérique de la programmation ne semble refroidir l’ardeur des 2500 festivalier·es qui ont foulé le site chaque jour. Et c’est en prenant le temps d’observer cette marée d’énergie positive, qu’on se dit que c’est peut être ça finalement, le secret du Micro. D’avoir réussi à créer un espace où la générosité réciproque fait loi pour qu’au moment du bilan, tout le monde puisse dire qu’iel a donné le meilleur de lui ou d’elle-même.

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