Miley Serious : "Passez-y 7 heures par jour si vous voulez que ça marche !"

Tu fais tourner ?
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Quel plaisir de voir Miley Serious s’épanouir ainsi. La DJ française, qui a navigué entre Paris, New-York et Toulouse, multiplie les projets et s’impose désormais sur la scène techno nationale et internationale. À la tête de son label 99cts Records et d’une résidence sur Rinse France, Aurore Dexmier partage aujourd’hui son style – à mi-chemin entre le punk et la ghetto-house – à un large public. Nous l’avons rencontrée à la sortie de son set au We Love Green pour lui poser quelques questions sur sa vie et sa musique.

La Vague Parallèle : Salut Aurore ! Il est 16 heures, tu viens tout juste de sortir de scène. Comment te sens-tu ?

Miley Serious : Je suis hyper fatiguée, c’est ma troisième date d’affilée. J’avais hyper peur pour celle-là, mais ça s’est tellement bien passé que j’ai pleuré à la fin… Et le week-end n’est pas fini, demain je joue à Ibiza ! En ce moment c’est mon rythme habituel : j’ai au moins un gros week-end par mois, c’est-à-dire avec quatre dates à la suite. Sinon c’est deux dates les autres week-ends. Aujourd’hui j’ai pris une claque, je ne pensais pas pouvoir imposer ce que je jouais à cette heure-ci, mais ça a tellement bien marché… Des kids faisaient des pogos, j’étais trop fière ! C’est pour ça que j’ai chialé d’émotion à la fin.

LVP : Au début de ta carrière, tu te serais imaginée en headline d’un énorme festival comme celui-là ?

MS : Trop pas. J’en ai fait des festivals, au fur et à mesure la capacité augmente, mais là c’est vraiment imposant. Avant de commencer, je ne savais plus ce que j’avais dans les clés ! (rires) Amnésie totale… C’était ma plus grosse jauge aujourd’hui. En plus ça tombait bien parce que mon set était programmé pile entre deux plateaux, j’avais tout le public pour moi.

LVP : Comment tu fais pour tenir physiquement des week-ends comme ça, avec des dates aussi riches émotionnellement ?

MS : C’est trop dur. Là je n’ai pas dormi, par exemple. Je le fais parce que je kiffe, c’est tout. Le set que je viens de faire m’a donné trop d’énergie, la fatigue je m’en bas les c*******.  J’ai trois jours dans la semaine pour me remettre puis repartir… Je suis en décalage horaire tout le temps. Mais maintenant je le mentalise beaucoup. Avant de partir, je fais un Tetris de sommeil, j’anticipe ma fatigue. Je regarde mes feuilles de route et j’analyse que je pourrai dormir à tel moment, dans tel lieu… Aujourd’hui j’ai joué à l’heure où je prends mon avion normalement ! (rires)

 

LVP : Tu dis que tu te reposes trois jours par semaine, mais tu as d’autres activités que tes dates de DJ. Par exemple la gestion de ton label, 99cts records

MS : Je les fais à la maison ! Le reste de la semaine, je suis casanière. Je ne suis pas celle qui va à des teufs à Paris ou qui va boire des verres… À 22h je suis couchée, je suis une mémère ! (rires) J’ai mis du temps à m’habituer à cette dynamique, j’ai été obligée de mettre ma vie un peu de côté. Mes amis le week-end : ça n’existe pas. Sauf si je croise mes potes sur une date… Ça me rend méga triste, je rate tout. Je me réveille le mardi, je me dis « Où on en est ? Qu’est-ce qui s’est passé de vos vies ? ». Je ne suis jamais à jour, c’est terrible. Dieu merci on a des portables et on est tout le temps dessus, mais ça me rend cafard de ne jamais avoir un samedi où je peux boire des coups tranquille et rentrer à 6h sans avoir joué. Ça ne veut pas dire que je n’aime pas ce que je fais, tu vois ? Ça me fait prendre conscient de la chance que j’avais quand je menais la vie simple.

 

LVP : À l’avenir, tu aimerais t’orienter vers une de tes activités ou continuer à mener tout de front comme tu le fais ?

MS : Continuer ! Tu sais, quand tu t’imposes une rigueur de vie, ça marche. Si tu bois pas trop, si tu prends pas de drogue… Je fume beaucoup de clopes mais c’est l’adrénaline, je ne peux pas tout enlever. J’ai enlevé l’alcool fort par exemple, donc je n’ai pas de fatigue d’alcool. Quand je dors quatre heures, je dors vraiment du coup. J’ai 30 ans, je n’ai pas envie de crever. J’ai envie de continuer très longtemps, donc je me préserve. Déjà la clope ça m’énerve… Mais tu vois, quand il y a une date trop cool, si j’ai envie de faire la fête je la fais ! De toutes façons, sans la drogue, je n’ai pas de public. J’ai fait énormément la fête, mais je me limite maintenant parce que sinon j’aurais un taux de fatigue que je ne pourrais pas supporter. Hier j’étais à Toulouse, chez moi, devant tous mes potes. J’ai bu des coups donc je ramasse de ouf ! Je n’aurais pas dû faire ça… Mais à part ça je me donne une rigueur, ça m’économise.

De toutes façons, sans la drogue, je n’ai pas de public.

 

LVP : Puisque tu as un peu de temps aujourd’hui pour aller voir des concerts, qu’est-ce que tu aimerais aller voir ?

MS : J’attends avec impatience Future et Mall Grab. J’ai hâte de profiter avec mes potes. Si j’avais été là hier j’aurais été voir Sleaford Mods, qui sont une grosse inspiration pour moi. Idles aussi. Je préfère plutôt voir des concerts que des DJ sets d’ailleurs. J’adore l’esthétique punk-rock, le côté minimal et violent. Ça se complète et c’est ce que j’aime. L’électro-clash, à l’époque c’était le gap entre l’électro et les gens qui venaient du post-punk. Déjà, dans le post-punk on trouve des choses méga électroniques et inversement. Le crossover s’est fait facilement ! C’est super de pouvoir switcher, de trouver une autre énergie. Miss Kittin, à ses débuts, c’était exactement ça. Personnellement, j’aime l’électro pur, groovy, un peu italo. Mais je passe aussi les tracks hyper cutées, puis je reviens avec plein de voix et d’aigus. Ça casse les oreilles mais j’adore ! 

 

LVP : Tu dis souvent que tu ne joues pas des morceaux, mais que tu « joues des villes ». Qu’est-ce que ça signifie pour toi ?

MS : Je suis passionnée de Chicago et de ghetto house. Les deux sont forcément liés puisque cette musique vient de là-bas. Pour moi, Chicago m’évoque plein de choses : des drops qui arrivent d’une certaine façon, par exemple. Quand je joue, je me dis : « Là j’ai envie d’un groove de Chicago ». Ou alors j’ai envie de Detroit, que le son soit robotique à fond. Quand j’ai envie de taper en rave, je me rappelle mes allers-retours à Manchester. Je bouge depuis que je suis jeune, je visite des villes juste pour ça, pour m’inspirer. Mon premier voyage à Chicago, c’était uniquement pour m’acheter des disques du label Dance Mania, qui a vraiment été pionnier dans la ghetto. J’adore digger par villes, regarder ce que font les petits crews. Quand j’habitais à New-York, c’était une house hyper moody, nostalgique et enivrante : si tu fermes les yeux tu peux imaginer un rooftop avec le soleil qui se couche. C’est une house hyper gay aussi, très sexuelle, je kiffe trop. Par contre je suis mauvaise en France, je ne joue presque aucune morceau français parce que je ne suis pas dedans. J’ai des tracks de rave français et je suis contente que les kids français aient les codes, ils sont éduqués. Mais naturellement, depuis que je suis ado, je me tourne vers les scènes américaines de house, qui sonnent différemment. Je suis un peu « déformée » à cause de ça.

LVP : Donc tu visualises les villes que tu veux jouer quand tu construis tes sets ?

MS : Je ne prépare pas mes sets. J’ai plein de choses et je les classe en fonction du moment où je les découvre, du moins récent au plus récent. J’ai aussi des dossiers « acid », etc… Mais je constitue toujours des dossiers « fraîcheurs ». J’ai plein d’anthems aussi, je ne les lâcherai pas ! (rires) Les gens peuvent me dire que je joue tout le temps les mêmes morceaux, et alors ? Ce sont les morceaux de ma vie. J’en ai un que je joue à chaque fois, Ghetto Techno de Toni Moralez, je ne m’en lasserai jamais. Il a toujours un effet incroyable : jamais un set sans, j’ai l’impression d’être toute nue. Ce morceau, c’est tout ce que j’aurais aimé produire. C’est de la techno, ça kick hardcore, il y a des vocales parfaites et ça groove. Au final, le principal c’est d’aimer passionnément la musique que tu passes. J’adore exciter les foules comme des chiens enragés. Tout à l’heure, j’ai regardé mon manager parce que je savais que la réaction de la foule allait nous faire rigoler. C’est toujours le même kiff, ils sont devenus tarés. Certains peuvent trouver ça hyper cheesy de couper les basses et d’attendre 50 secondes pour haranguer la foule, mais moi j’adore jouer avec le public. Si je faisais de la musique pour un musée d’art contemporain je ne serais pas ici, je jouerais de l’ambient ! (rires)

J’adore exciter les foules comme des chiens enragés.

 

 

LVP : Comment arrives-tu à « lire » parfaitement ton public ?

MS : J’ai un feeling qui s’installe. Parfois je suis intimidée, bizarrement aujourd’hui je ne l’étais pas. Mais il faut regarder les gens, tu vois s’ils sont dans l’ambiance ou pas, s’ils sont épuisés du set d’avant, s’ils veulent plutôt redescendre… C’est également important de tester des tracks pour savoir si le public préfèrerait partir dans une autre direction. Parfois quand j’envoie le kick le public hurle et quand j’en envoie un autre ils ne réagissent pas. Alors que tu pensais que ce serait l’inverse ! Chaque set est différent. Parfois mon tube ne marche pas, je me dis « Mais qu’est-ce qui vous arrive ? ». Je ne joue pas en fonction d’eux mais je fais attention. Mon set serait mauvais si je ne jouais que pour moi. Je joue ce que j’aime mais je veux le donner. C’est la moindre des choses ! C’est mon travail, hein ! (rires)

LVP : Est-ce qu’un jour tu aimerais produire ?

MS : Non. Ça me fait limite chier. Je préfère l’excitation d’avoir enfin trouvé un gars que je kiffe et le digger à fond. Je suis une interprète de ce que j’aime. Je pense que je n’ai rien à ajouter. De toute façon, je serais mauvaise. J’ai déjà tenté… J’adore la figure du vrai DJ, à l’ancienne. Parfois mes potes producteurs m’envoies des tracks dans l’après-midi, je les charge et je les teste le soir même. Je leur fais un retour direct : « Faudrait que tu montes telle fréquence, etc… », je suis là pour ça. Ils font ce que je n’ai pas envie de faire ! Par contre, je ne partage pas mes tips. Passez-y sept heures par jour si vous voulez que ça marche !

LVP : Pour conclure, si tu avais un track qui pourrait illustrer cette journée ?

MS : Tu me mets à l’amende, je n’ai plus de cerveau.  Ah si ! Le remix que j’ai joué de mon pote Kettama, Dusky. La vrille !

LVP : On ira écouter, merci beaucoup !