Naive New Beaters : la recette du bonheur

Tu fais tourner ?
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Présents sur le devant de la scène depuis plus d’une décennie, les cool kids de Naive New Beaters traversent les années et les modes sans jamais perdre une goutte de cette énergie qui fait leur singularité. Leur secret ? Allier travail et plaisir, et faire de leur musique un exutoire géant, plein d’amour et de folie. On a rencontré Eurobelix, David Boring et Martin Luther B.B. King à quelques jours de la sortie de leur quatrième album, Fun Hours.

La Vague Parallèle : Hello les gars ! On vous rencontre dix jours avant la sortie de ce quatrième album, comment vous vous sentez ?

Eurobelix : Fébriles !

David Boring : Ah ouais, fébriles ? Ouais, une excitation fébrile. On est dans l’attente, dans l’expectative.

Martin Luther B.B. King : Surtout que le 18 octobre, c’est la date de la sortie de l’album, mais c’est aussi notre prochaine date à Saint-Étienne, donc double excitation. Pas de stress, il y a Point S !

DB : Bon, Martin a fait une blague que personne n’a relevé, c’est peut-être mieux comme ça…

MLBBK : Patrick Bosso, si tu m’entends…

LVP : Fun Hours, c’est un album qu’on sent plus positif, plus serein qu’À la folie, qui était un peu plus frontal et énervé. Est-ce que c’est un changement qui relève de votre état d’esprit ou plutôt de la direction artistique du disque ? 

E : La première chose à savoir, c’est qu’on a commencé à composer cet album en tournée, donc on était dans une énergie assez cool. On n’était pas du tout à la bourre, pas du tout dans l’urgence. C’était vraiment agréable d’être en tournée et de pouvoir prendre une semaine pour composer de temps en temps.

Ensuite, le dernier disque a bien marché pour nous : on a fait des plus grosses scènes et ça nous a fait du bien, on était dans un mood plus positif que pour l’album d’avant. On était peut-être plus apaisé, effectivement.

DB : L’album d’avant, on était plus dans agressivité et dans la réaction. On avait connu des ruptures sentimentales simultanées, et du coup, À la folie était un peu la réponse à ça. Quand tu te fais larguer, il y a forcément une sorte d’énervement. Et Fun Hours, c’est l’après-rupture, où tu es plus posé, plus serein, où tu as toujours envie de danser, mais avec de danser avec le sourire plutôt qu’en beuglant.

MLBBK : Après, on beugle toujours, mais positivement ! On peut gueuler pour montrer son contentement.

DB : Oui, on beugle positivement. Là, il y a plus de”croon” que de “beugle”.

LVP : Dès vos débuts, vous avez construit un univers hyper singulier, avec ses codes, ses personnages et son vocabulaire, que vous parvenez à retranscrire album après album. Comment est-ce que vous faites pour ne pas être ringards et toujours coller à votre époque ?

E : En fait, si tu remarques bien, on n’a jamais été à la mode non plus !

MLBBK : Le secret, c’est qu’on n’a jamais suivi les tendances musicales. Et comme on n’a jamais vraiment suivi les tendances musicales, on s’est moins exposé aux risques. On est moins sensible aux réactions du marché.

DB : C’est ça, on n’a jamais été dans la bulle spéculative.

LVP : Justement, il y a presque dix ans, lors d’une interview à Rock en Seine, David disait : « dans dix ans, on sera mort, tout le monde nous aura oublié ». Qu’est-ce qui s’est passé pour vous depuis dix ans ?

DB : Ah j’ai dit ça ? Olala, quel pessimisme ! Ça m’étonne de moi !

E : À l’origine, comme c’est une histoire de potes de lycée, tu ne te projettes pas forcément. Donc être là dix ans plus tard, c’est forcément une bonne surprise. Après, c’est une bonne surprise qu’on cultive aussi : on travaille, peut-être pas autant que certains, mais on travaille un peu quand même. Et surtout, on kiffe ! Travailler en faisant un truc que tu kiffes, ça permet de faire durer le truc.

LVP : Donc dans dix ans, vous serez toujours là ?

E : Ah bah oui, bien sûr.

DB : Et si c’est pas nous, ce sera des hologrammes.

LVP : Martin, lors de cette même interview, tu disais à David qu’il devait faire attention parce qu’il commençait à ressembler à Alain Delon. Alors, est-ce qu’il est devenu comme Alain Delon finalement ?

MLBBK : (rires) C’est parce qu’il parlait à la troisième personne, j’imagine ? Physiquement, il ne lui ressemble toujours pas.

DB : Je pensais évoluer en beau gosse, mais manifestement, je n’ai pas évolué en beau gosse !

MLBBK : Ça dépend de quel Alain Delon on parle, aussi. Si c’est celui d’aujourd’hui, ce n’est pas plus mal que tu ne lui ressembles pas !

DB : Oui, c’est là que je m’accorde avec Martin.

E : C’est vrai qu’aujourd’hui, on peut dire que tu es plus beau qu’Alain Delon !

DB : Ce qui n’est pas si nul, au bout de dix ans.

LVP : Sur ces deux derniers disques, vous vous êtes entourés d’artistes qui collent parfaitement à l’esthétique et à l’ambiance du disque : Izïa qui a ce côté écorché sur votre disque précédent, Jeanjass et Ana Zimmer qui ont ce côté beaucoup plus pop sur Fun Hours. Comment est-ce que vous choisissez ces artistes ? Et comment se passent ces collaborations ?

DB : Déjà, elles se passent bien.

MLBBK : Pour Jeanjass, Make Way était déjà assez urbain, donc on s’est dit que ce serait dommage de passer à côté d’une intervention d’un artiste qu’on aime bien, donc on lui a demandé de venir chanter avec nous…

DB : C’est du rap pas agressif.

MLBBK : … Oui c’est vrai. Il a aussi joué le jeu du clip, ce qui est sympa.

E : Ce qui est cool, c’est qu’on a des copains assez random dans la musique. On n’a pas vraiment de crew, de famille musicale avec laquelle on fait des collabs tout le temps.

DB : Ça nous permet de ne pas être acceptés partout, mais en même temps de pouvoir nous incruster là où on veut.

E : Il y a quelques années, on avait justement fait une mixtape avec des gens qu’on adore et qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres : Adrien Gallo, Oxmo Puccino, Izïa, Fuzati

DB : On ratisse large pour avoir plus de potes.

LVP : Et pour vous, ce serait quoi la collab’ idéale ?

DB : On a souvent rêvé de Rod Stewart et de Slash, mais je pense qu’on peut actualiser un peu cette réponse.

E : Même si les gens n’écoutent plus trop, j’adore toujours Julian Casablancas. Il a un très beau sens de la mélodie. Ou une petite instru retapée par Kanye West, je ne dis pas non.

DB : Un peu trop cher. Quoique, ils ont peut-être les mêmes grilles tarifaires.

E : Allez, Paul McCartney, Julian Casablancas et Kanye West.

DB : Un jour, on nous avait promis que David Bowie ferait un truc avec nous. Mais il faut croire que ce n’est plus trop possible…

LVP : Vous parliez du clip de Make Way, et c’est vrai que vos clips restent souvent gravés dans l’imaginaire collectif. Vous n’avez pas eu peur, à un moment, que l’image prenne le pas sur la musique ?

E : En fait, comme les gens calculent parfois plus l’image du groupe que notre musique en elle-même, ça constitue pour nous un défi permanent. On se dit : “ce disque-là, peut-être qu’ils vont l’écouter et être davantage marqués par les morceaux que par les clips”. C’est plutôt quelque chose qui nous motive, et puis ça reste positif de se dire que les gens se souviennent des clips et que la musique finira par les conquérir.

DB : De toute façon, tu marques les esprits d’une manière ou d’une autre.

E : Après, on préfère éviter le syndrome OK Go : ils faisaient des clips très techniques qui marquaient les gens mais personne n’allait les voir en concert, c’est vrai que c’est un peu dommage.

LVP : Tout au long de votre carrière, vous avez joué un peu partout en France et à l’étranger, dans des salles très différentes, dans des festivals… Quelles sont vos meilleures et vos pires expériences sur scène ?

DB : La meilleure, c’est sûrement celle qu’on a vécue lors de nos dernières Vieilles Charrues. Il y avait plus de 30 000 personnes, c’était assez dingue.

E : Et maintenant, on s’accorde assez sur la pire expérience qu’on a vécue. C’était un plateau pour une radio, près du Pont du Gard. Le truc avait pris quatre heures de retard, on était un peu ivre, je m’étais cassé la jambe en tombant dans une trappe de deux mètres, ils ont fermé le bar au moment où le concert commençait donc les gens se cassaient… Je crois qu’on a fini de jouer devant trois personnes.

DB : On est passé de 7 000 à 700 personnes et à la fin, le régisseur est venu nous dire dans l’oreille pour nous dire d’arrêter alors qu’il nous restait trois ou quatre morceaux.

MLBBK : C’est la première fois qu’on nous demandait d’arrêter de jouer et qu’on se disait que c’était une bonne idée !

DB : On a compris, et on était même soulagé ! On est allé serrer la main au dernier mec qui nous écoutait et on lui a dit : “on t’enverra les trois derniers morceaux en MP3” !

LVP : Et cet album, comment vous allez le faire vivre sur scène ? 

MLBBK : On a gardé la section rythmique 100% féminine qui avait beaucoup enrichi le live musicalement, et visuellement…

DB : On essaye de faire péter le soleil de l’album sur scène même s’il n’y a pas de soleil dans une salle où il n’y a pas de fenêtres.

MLBBK : C’est ça. Un max de loupiotes plein les mirettes !

E : C’est la première fois qu’on a besoin de deux camions pour transporter tout ce qu’on aura sur scène. Au début du groupe, on avait juste une petite MPC, des guitares et un panneau à LED… On tournait en voiture, et maintenant, on a des camions !

DB : Ça fout les boules, mais quitte à y aller, autant y aller à fond.

MLBBK : Là, on sort de résidence à Poitiers, et je trouve que le live claque vraiment sa race, donc on espère que les gens viendront nombreux pour voir ça.

LVP : Pour finir, est-ce que vous pouvez nous parler d’un de vos coups de cœur musicaux récents ?

DB : En ce moment, j’écoute le dernier album de Skizzy Mars, un rappeur très cool. Il n’y a pas vraiment de hits, mais l’album passe bien. Et Gus Dapperton aussi, que j’aime beaucoup.

MLBBK : J’ai découvert un groupe qui s’appelle Pion, et leur album 22h22 est super cool, donc je dis bravo.

E : Je remonte le temps en ce moment, je n’écoute que des trucs très vieux. Mais je voudrais quand même faire un big up à mon copain Marin, qui sort un EP que j’aime beaucoup.

DB : Big up à Bobun Fever aussi ! C’est un groupe qui vaut le coup d’œil en live. La chanteuse elle fait des smacks à tout le monde pendant les concerts, mais ce n’est pas que pour ça que j’aime bien.

Les Naive New Beaters seront en concert au Trianon le 8 novembre prochain.