Nathaniel Rateliff, le retour aux sources d'un monument folk

Tu fais tourner ?
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Thank God It’s Friday ! Pour cette belle journée sous le signe des sorties musicales, on se penche sur le sublime nouvel album solo de Nathaniel Rateliff. À cette occasion, on a eu la chance de pouvoir échanger quelques mots avec lui lors de son passage à Bruxelles. On en a profité pour lui poser nos questions sur ce nouvel opus ! Après son succès avec son groupe Nathaniel Rateliff & The Night Sweats et ses deux albums solo, Nathaniel revient avec And It’s Still Alright. Véritable hymne à l’espoir, cet album respire la joie de vivre avec ses couleurs chaudes qui surplombent l’écriture sincère de l’artiste américain. 

© Photo : Danny Clinch

La Vague Parallèle : Salut Nathaniel et bienvenue à Bruxelles ! C’est cool de t’avoir à nouveau en Belgique, tu étais déjà venu début d’année passée pour jouer avec ton groupe Nathaniel & the Sweats au Cirque Royal. Que penses-tu du public belge ?

Nathaniel Rateliff : Oh on s’est toujours bien amusés à Bruxelles, que ce soit en festival ou lors de nos concerts. J’ai passé beaucoup de temps à Bruxelles en fait, j’adore cette ville !

LVP : On est ici pour parler de ton prochain album solo « And It’s Still Alright », qui sort le 14 février prochain. Est-ce qu’on peut dire que celui-ci est un peu plus spécial pour toi, plus personnel que les autres disons ?

NR : Oui tout à fait, c’est clairement un projet plus personnel que mes albums avec The Night Sweats, ce qui est d’ailleurs le pourquoi j’ai écrit cet album au lieu d’en faire un nouveau avec le groupe. Notre producteur Richard Swift, qui avait réalisé nos deux premiers albums avec The Night Sweats, voulait que je refasse un album solo, mais il nous a malheureusement quittés. On s’est donc retrouvés à son ancien studio pour réaliser l’album. Cet album parle alors de certaines choses qui me sont arrivées dans ma vie personnelle ces dernières années, de la mort de Richard qui était mon meilleur ami, donc oui on peut le dire cet album est plus intime.

LVP : Comment te sens-tu avec la sortie de cet album après 3 longues années de travail ?

NR : Ça a été énormément de travail avec The Night Sweats ces dernières années, mais la folk était vraiment un style que j’ai joué pendant pas mal de temps. C’est vraiment chouette de revisiter ce style et ce tout en m’écartant un peu de ce que j’ai pu produire auparavant. Mon écriture a changé, j’ai l’impression d’avoir évolué comme songwriter. Revenir de nouveau à ce style-là est très agréable et je suis vraiment excité à l’idée que les gens puissent l’écouter !

LVP : Est-ce qu’on pourrait alors dire que l’album est doté d’une certaine maturité comparé aux autres ?

NR : Je dirais que quand j’ai commencé avec mes albums solos, j’essayais encore de jouer avec ma voix et de la comprendre, je la découvrais seulement. Et après toutes ces années, après tous ces concerts, ces albums, je me comprends plus qu’avant. Je comprends ma voix et comment je dois l’utiliser. Ça joue évidemment sur la façon dont on le produit.

LVP : Comme on en a déjà parlé, tu as deux projets, un solo et un avec Nathaniel Rateliff & The Night Sweats. Ils ont chacun une esthétique musicale bien définie, une touche particulière. Tu dis souvent que tu as deux personnages mais au fond, c’est qui Nathaniel Rateliff ?

NR : Mmmh, je dirais qu’il est un peu des deux en même temps et probablement même plein d’autres ! Je pense que la personnalité que reflètent mes chansons est le mix de quelqu’un qui essaye d’être un peu fun, charmant mais en même temps qui romantise tout très fort. Au final, ils font tous partie de moi.

LVP : Mais du coup comment sais-tu lorsque tu écris une chanson si elle convient plus pour ton projet solo ou pour celui avec les Night Sweats ?

NR : Oh tu sais ça vient naturellement je dirais. Il y avait une chanson à la fin du dernier album que j’ai fait avec The Night Sweats qui s’appelle Still Out There Running et qui aurait mieux collé à cet album-ci. Mais à ce moment-là, c’était vraiment important pour moi que cette chanson sorte. Tu sais, je pense que le songwriting est cathartique d’une certaine manière, ça me permet d’abandonner certaines de mes émotions et ça me permet de devenir une meilleure personne à la fin. Mais donc voilà, cette chanson a fini sur cet album même si de base elle ne correspondait pas vraiment au reste.

Mais la plupart du temps, c’est souvent évident, quand j’écoute les nouveaux morceaux, de savoir si il va finir sur un projet ou l’autre ! Et je pense aussi que les fans des Night Sweats ont une sorte d’attente vis-à-vis de ce qu’ils veulent écouter, de ce qu’ils veulent voir pendant les concerts. C’est pour ça que j’essaye de garder ça en tête quand on crée avec The Night Sweats, mais tout en exprimant ce que je ressens, car c’est aussi très important pour moi. J’essaye toujours de grandir musicalement et en tant qu’écrivain pour ce projet, j’essaye de ne pas faire trop de compromis par rapport à qui je suis.

LVP : Avec les événements personnels de ces dernières années, est-ce que tu dirais que c’était le moment pour toi de prendre du recul sur ton projet avec The Night Sweats pour te concentrer sur ton projet en solo ?

NR : Oh oui ça n’a pas été facile sur le plan personnel et je me suis directement dis que ce que j’avais à raconter ne collait pas du tout pour un album avec The Night Sweats.

LVP : Dans le nouvel album, on retrouve comme second morceau une chanson portant ce même titre And It’s Still Alright. Tu y écris que même dans les moments plus sombres, quand rien ne va de la façon dont on le voulait, tout se passera bien. Comment as-tu traduit, au fil de l’album, cette recherche de lumière personnelle dans ces moments sombres ?

NR : C’est un thème récurrent dans pas mal des choses que j’écris, mais c’est vraiment avec ce qu’il se passe récemment dans le monde que je me dis que c’est important de trouver de la joie et d’essayer de se concentrer sur le fait d’avancer. Et oui, je suppose que c’est important de trouver cette joie, car si on ne voyait que le négatif partout on vivrait dans un monde sans espoir. Donc voilà, j’essaye vraiment de ne pas me diriger vers ces lieux dépourvus d’espoirs.

LVP : Du coup est-ce qu’on peut dire que continuer à vivre, à profiter des petites choses et à trouver de la joie quand rien ne va a aussi influencé la cover de l’album ?

NR : Oui on peut dire ça ! Mais tu vois, j’essayais aussi de faire un petit hommage au film Vol au-dessus d’un nid de coucou avec une attitude à la Jack Nicholson qui sourit et profite de sa vie alors qu’il est interné. Les chansons parlent quand même de choses sérieuses et parfois très lourdes émotionnellement, les expériences humaines peuvent être vraiment étouffantes, donc c’est montrer qu’il faut réussir à grandir grâce à elles et réussir à vivre.

LVP : Et est-ce que, compte tenu du thème de cet album justement, il y aurait une histoire derrière l’ordre des chansons ? Ou disons un fil rouge narratif dans l’enchainement des titres ?

NR : Mmmmh je pense que dans la façon dont je l’ai construit – il commence avec What A Drag – j’ai toujours eu cette idée de faire un album un peu comme un film de Wes Anderson qui débute avec une grosse scène. C’est avec cette grosse scène que j’ai eu envie de commencer pour celui-ci et j’ai toujours gardé ça en tête pendant la mise en place de la tracklist.

LVP : Tu nous parles de Jack Nicholson et de Wes Anderson, est-ce qu’on pourrait dire que cet univers cinématographique fait partie d’une certaine manière de ton processus d’écriture ?

NR : Pas vraiment en fait, tu sais parfois certaines chansons se jouent visuellement dans ma tête plutôt que physiquement sur papier ! De là où je viens au Colorado, la nature et les paysages contribuent clairement à la façon dont je vois les choses.

LVP : Écrire sur des sujets plus délicats comme la fin d’une relation ou la perte de quelqu’un de très cher n’est vraiment pas une chose facile. Est-ce que travailler avec des amis proches au studio était quelque chose dont tu avais besoin ? Quels sont les bons ou parfois peut-être les mauvais côtés de la chose ?

NR : Pour le premier album avec The Night Sweats, ce n’était que Richard et moi, puis Patrick Meese s’est joint à nous et je savais qu’on pouvait communiquer très facilement quand on était au studio. On s’y est toujours amusés ensemble et c’est vraiment quelque chose d’important pour moi. On faisait vraiment partie d’une bonne équipe.  Mais avec le fait que cet album était originellement prévu avec Richard, on s’est sentis encore plus rapprochés avec Patrick, car on avait tous les deux perdu notre ami. C’est aussi avec James Barone qu’on a voulu travailler pour produire l’album, car c’était aussi un très bon ami de Richard et, faisant aussi partie de l’histoire, ça n’a fait que renforcer ce sentiment. On a donc commencé l’enregistrement au studio de Richard et encore une fois ça a été vraiment cathartique émotionnellement de faire cette expérience ensemble. Ça nous a pas mal aidés, face à ce processus de deuil, de travailler ensemble.

LVP : Avec les deux premiers titres de l’album, on peut reconnaitre les sonorités déjà présentes sur tes premiers albums solos. Est-ce que, lors de la création du nouveau, tu as eu l’occasion d’essayer de nouvelles choses musicalement parlant ? De nouveaux instruments par exemple ?

NR : Des chansons comme All Or Nothing ont vraiment été quelque chose que je voulais essayer depuis longtemps. J’ai appris de nouvelles choses niveau guitare, ce qui a changé un peu ma façon d’écrire. Au niveau de la progression du morceau, c’est un peu plus complexe avec peut-être des mélodies plus simplifiées. Ça a vraiment été fun d’expérimenter ça ! J’ai commencé le morceau sans réellement savoir comment il allait finir, avec ce style de riffs un peu western qui habille le morceau. Je la jouais pour Richard et il pensait vraiment qu’elle avait cette couleur plus chaude.

LVP : Une de tes premières dates aux USA est d’ailleurs avec un orchestre symphonique, est-ce que c’est la première fois que tu expérimentes ce genre de chose ?

NR : J’ai aussi joué avec le Colorado Symphony et je suis d’ailleurs toujours en contact avec eux ! J’ai adoré l’expérience et c’est pour ça que je serai en compagnie de l’orchestre pendant près de 9 chansons sur scène. Je pense que pendant l’enregistrement, j’ai eu 9 personnes dans mon salon (rires). Leur façon de jouer avec les chœurs et le reste du groupe sonne parfois très différente, mais quand on s’accorde c’est tellement un sentiment incroyable.

LVP : Une chanson préférée sur le nouvel album peut-être ?

NR : Je dirais que All Or Nothing est probablement une de mes préférées juste de par sa différence par rapport à ce que j’ai l’habitude d’écrire. J’ai vraiment été excité tout au long du processus d’enregistrement !

LVP : On peut lire que quand tu n’es pas au studio, tu fais le tour du monde en tournée. Maintenant que la tournée va commencer, je suppose que tu as hâte de reprendre la route et de faire découvrir ces nouvelles chansons au monde entier ?

NR : Oui clairement ! De plus, c’est une des premières fois où on est avec un groupe complet sur scène. On a énormément répété et on est vraiment prêts. Quand on commence une tournée, les choses changent après les premières dates, tout se met en place et j’ai hâte de retrouver ce sentiment !

LVP : Une petite découverte musicale à nous partager ?

NR : Oh boy ! Voyons voir ce que j’écoute ces derniers temps… (Cherche dans son téléphone). Nouveauté, ce n’est pas facile ! (rires). J’ai énormément écouté l’album U.F.O de Jim Sullivan qui est sorti aux alentours de 1969. Mais sinon, un de nos musiciens qui nous accompagne sur la route, Sam Evian, vient de sortir un album incroyable et c’est justement lui qui fera nos premières parties. C’est une des seules nouveautés que j’écoute ces derniers temps !

LVP : Dernière question ! 2020, c’est l’année de quoi pour Nathaniel Rateliff ?

NR : Comme c’est une nouvelle décennie, je n’espère que de nouvelles choses… de meilleures choses !