Nuits Botanique 2021 : nos highlights de la troisième semaine
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Auteur·ice : Rédaction
28/09/2021

Nuits Botanique 2021 : nos highlights de la troisième semaine

Alors que la dernière semaine des Nuits Botanique s’achève, l’émotion est forte sur le chemin de son nid douillet. L’endroit aura su accueillir trois semaines durant, nos âmes de festivalier·ères en perdition pour mieux nous rappeler à quel point une dose répétée de musique live dans nos oreilles faisait du bien à nos cœurs. Et dans le cas malheureux où vous n’ayez pas pu obtenir vos précieux sésames (ou un Covid Safe valable), l’équipe de La Vague Parallèle vous immerge dans l’ambiance si particulière de ces rendez-vous au cœur du Jardin Botanique et entre les murs de ce trésor d’architecture. Récap de la troisième et dernière semaine avec The Brums, Yelle, EMY, Niklas Paschburg, Lala &ce, Bonnie Banane, Smerz et bien d’autres.


20.09 | The Brums + Yokaï

Ce lundi, nous avions droit à deux concerts pour le prix d’un en entamant la dernière semaine de cette édition des nuits qui fut mémorable à bien des aspects. Deux salles deux ambiances donc, avec une entrée en matière tonitruante par les Liégeois de The Brums qui prenaient d’assaut la scène de la Rotonde à l’occasion de la sortie de No Encore, leur nouveau rejeton. Une chose est claire, personne ne nous fera croire que ces gars-là ont obtenu leur diplôme de chauffeurs de salle dans une pochette surprise. Après moins de cinq minutes, le public qui avait eu la bonne idée de venir se débarrasser de son blues du lundi en leur compagnie mettait le plancher de la Rotonde à rude épreuve. En même temps, on met quiconque au défi de ne pas succomber à ce savoureux métissage de jazz, fanfare et musique électronique.

Changement d’ambiance radical au moment de se déplacer vers l’Orangerie afin d’accueillir Yokaï à l’occasion de leur dixième anniversaire. Pour l’occasion, le groupe (qu’on est à deux doigts de qualifier d’orchestre) avait mis les petits plats dans les grands. C’est donc face à 12 musiciens que nous nous sommes retrouvés pour un concert qui durera près de 90 minutes. Par contre il faut dire ce qui est, passer de l’ambiance survitaminée qui régnait dans la Rotonde à l’atmosphère nébuleuse du jazz progressif de Yokaï en seulement 15 minutes relève d’un grand écart que même JCVD aurait du mal à assumer. Qu’à cela ne tienne, n’écoutant que notre courage, nous nous laissons progressivement gagner par la virtuosité des musiciens qui se tiennent devant nous. Comment ne pas rester bouche bée devant l’harmonie qui se dégage du groupe, qui nous prouve une fois pour toutes que l’ensemble est bien plus que la somme de ses composants.

| Photo : Giulia Simonetti


21.09 | Yelle + Twin Toes

Elle avait hâte. Nous aussi. L’icône de l’électro pop française Yelle trépignait d’impatience à l’idée de retrouver son public pour lui présenter la tournée de son album L’Ère du Verseau, sorti il y a un an en pleine pandémie. Assumant son rôle de matriarche de cette scène électro française qu’elle a pourtant du mal à conscientiser, Julie (de son vrai prénom) entre sur scène sur Emancipense en trench cachant un morphing suit noir, deux reliques vestimentaires qu’elle s’approprie avec mystère et classe, rappelant notamment son stylisme avant-garde (surtout pour la scène française) dans le clip de Noir. « Vous avez eu le temps d’apprendre les paroles » constate-t-elle, tout sourire après J’veux un chien, le public de la scène Parc se montrant bouillant pour le retour de la chanteuse à Bruxelles. Yelle alterne extraits du dernier album et morceaux d’anthologie servis en medley comme Romeo, Je veux te voir ou même Ba$$in qui a droit à son moment de gloire complet pour le plaisir des fans historiques de l’artiste. Pour Noir et Vue d’en face, quick-change en body noir scintillant pour appuyer le propos (« Comment t’habilles-tu ce soir ? / Moi, je m’habille en noir / Je vais sûrement rentrer tard »).

La chaleur monte encore d’un cran avec Complètement Fou. Lorsque le public de la scène Parc tape des pieds au plancher pour faire vibrer le sol du Parc, nos synapses semblent redécouvrir la définition d’un vrai concert et d’une vraie communion devant une artiste complètement dédiée à son public. Sensations exaltantes. Poses robotiques, jeux de lumière : Yelle était parée pour ce retour grande classe, tout en restant proche de ses fans. Tout comme l’était GrandMarnier à ses côtés, ayant du mal à se cantonner à l’arrière de la scène et cédant parfois à son envie d’aller chercher l’énergie au plus près du public. Yelle nous offre Que veux-tu comme dessert où les vocalises décomplexées se font entendre dans le chapiteau. Elle ne résistera pas à un rappel, même si elle avait annoncé que c’était la dernière. Un rappel tout en subtilité avec Un million, puits de lumière blanc insistant sur la silhouette de la chanteuse. « Bruxelles, c’était un immense plaisir, ça faisait longtemps » confie-t-elle, heureuse et sincère à l’heure des adieux. Pas de trace du morceau Mon beau chagrin dédié au manque de son public et au blues post-tournée. Pas besoin : son public, elle l’a retrouvé.

| Photo : Laura Franco


22.09 | EMY + Moli

C’était avec impatience que nous attendions le concert d’EMY après les quelques singles que nous avions pu entendre auparavant. Un certain charisme émanait de leurs chansons et nous disait qu’en live, tout irait bien, l’intimité ambiante ferait son chemin jusqu’à nous. Mais avant de découvrir EMY, il nous a été donné d’écouter Moli. La Belgo-britannique qui chante à moitié en français et à moitié en anglais nous a offert une première partie désinhibée avec une pop aux sonorités des années 80. Bien que le changement de langue puisse parfois perturber, la production s’inspire tantôt de The Weeknd et tantôt des codes du disco pour une ambiance good mood aux paroles sentimentales. Un bon début.

C’est alors qu’EMY frôle la scène de l’Orangerie et qu’une ambiance particulière s’empare de la salle. Nos impressions étaient donc avérées, ce live sera intense. Le premier acte posé par la chanteuse est de demander aux ingé son de baisser toutes les lumières, celles du public, et celle des musicien·nes, de quoi porter le focus sur l’ambiance et non sur les personnes. C’est toute l’humilité qui se dégage d’Emy Kabore, portant le groupe de la plus poétique des façons avec sa voix soul tendre et rassurante. Les minutes passent beaucoup trop vite, le public étant pendu aux mots prononcés au travers du micro. On retrouve même un spoken word dans le répertoire du groupe qui se voit clairement augmenté par la dualité des lumières rouges et bleues, séparées de façon très catégorique. C’est d’ailleurs ce qu’on avait pu voir dans le clip d’Inconvenient en termes de scénographie et qui nous a tant plu – enfin (re)trouvé sur scène. On se sent bien dans cette salle. Le concert suit un fil rouge dont on ne décroche jamais et qui ne nous emporte qu’à la (triste) fin, car on se demande quand il nous sera donné de réentendre une telle douceur.

| Photo : Caroline Bertolini


22.09 | Niklas Paschburg + Augustin Fievet 

Quand on entend “néo-classique”, on ne sait pas toujours sur quoi on va tomber. Néologisme sorti du chapeau pour mieux définir cette nouvelle scène qui s’approprie les codes jusque-là immuables de la “haute musique”, le registre renferme en réalité un spectre assez large et diffus. L’affiche de cette soirée au Botanique le prouve assez bien. Avec Augustin Fievet en première partie de soirée, c’est au pan plus ambient et expérimental du néo-classique qu’on se frotte. Des nappes enrobantes et ensorcelantes, ponctuées de notes de piano célestes et de grondements à l’allure cinématographique : les ingrédients sont réunis pour capter l’attention et captiver toute la foule, ébahie et silencieuse. La Rotonde fait ainsi résonner les textures électroniques infinies de ce jeune prodige belge, avant de quitter la scène sur un final tonitruant et cacophonique.

Niklas Paschburg, pour sa part, propose une discographie plus facile d’accès, subtilement influencée du monde pop et articulée autour de cette notion de voyage musical. Qu’il s’agisse de nous faire rêver sur une ballade mélancolique ou chalouper sur des beats semi-électro, l’Allemand sait comment offrir à son auditoire des décollages imminents et des atterrissages en douceur, le tout en passant par quelques perturbations secouantes et stimulantes. Venu présenter son dernier projet Oceanic, le multi-instrumentiste agrémentera sa performance d’un storytelling et d’une bonhommie communicative. Niveau scénographie, c’est en séparant ses instruments en deux parties distinctes qu’il créera une effervescence scénique intéressante. À droite, son piano à queue, symbole de l’aspect organique de son univers, et à gauche ses synthétiseurs et autres sample pads, symboles de l’esprit moderne qu’il insuffle à ses compositions. Au centre, on retrouve un accordéon que le virtuose manipule avec maestria, et qui semble finalement joindre cette césure entre sacré et profane, entre organique et électronique. Un live rempli de symboles, de poésie et de frissons.

 

| Photo : Paul-Louis Godier pour le Botanique


23.09 | Lala &ce + Bonnie Banane + Joanna

| Photo :  Paul-Louis Godier

Trois ambiances, trois énergies et trois femmes. Le line-up du 23 septembre sur la scène du Parc du Botanique est inédit. Le chapiteau était déjà bien rempli lorsque, quelques minutes après 19h30, le show a commencé. C’est dans une lumière tamisée, virant progressivement au rouge, que Joanna apparaît. Telle une véritable queen urbaine, elle nous aveugle à la fois par sa prestance et son flow unique. La question de la figure de la femme et de sa place dans la société est centrale pour la jeune artiste, les problématiques liées au sexisme étant toujours aussi percutantes dans ses textes, mais encore plus lorsqu’on se retrouve face à elle. Engagée, entre autres, sur la question de la défense des droits des travailleur·euses du sexe, elle nous présente fièrement son titre Sur Ton Corps en collaboration avec le tandem pornographique Leolulu. Délicate, provocante et charismatique, Joanna brille d’énergie. Sa voix résonne et sa prestance occupe toute la scène du Parc, notamment lorsqu’elle interprète Maman.

C’est ensuite au tour de Bonnie Banane, qu’on ne peut décidément pas rater. Elle nous envoûte assez rapidement de son univers R’n’B/électro, à mi-chemin entre la fantaisie et l’absurde, le vintage et le futur. Qu’on y adhère ou qu’on n’y adhère pas, il est indéniable qu’elle possède une aisance et une prestance scénique incroyables. Excentrique, sexy et théâtrale face à son micro, elle semble tout droit sortie d’un film en noir et blanc. Et pourtant, la couleur abonde. Sa voix puissante et le rythme électronique de sa musique hypnotisent. Bonnie Banane s’ouvre à son public, elle vide son âme pour interpréter de manière majestueuse des titres soigneusement mis en scène, à l’image de Cha-Cha-Cha et Béguin.

Enfin vient le tour de la troisième artiste à l’honneur de cette soirée exclusivement féminine des Nuits du Bota. Pour ce dernier concert de la soirée, on embarque pour un autre mood que les deux artistes précédentes. Lala&ce se fait désirer avant de faire son entrée, acclamée par son public. Brute et sauvage, elle s’affirme d’emblée, montrant qu’elle fait partie des grandes dans ce rap game. La rappeuse ride entre des totalités plus aériennes et d’autres plus brutes, suivant le leitmotiv de son album Everything Tasteful, où elle propose d’une part un rap agressif pur et de l’autre une musicalité plus dansante et jouissive. Dès les premières notes des titres comme Laisse ça ou encore Show me love, Lala fait se déhancher la foule entière venue l’applaudir. Et puis, sous une autre d’ambiance, elle produit un rap beaucoup plus méchant, saccadé, ne donnant qu’une envie aux festivalier·ères : pogotter et retourner la scène. Un concert qu’on pourrait presque comparer à une séance de sport. Lala&ce est dans l’espace, et même à quelques années-lumière de nous, mais sa signature reste reconnaissable.

| Photo :  Giulia Simonetti


26.09 | Smerz + Salome

Rencontre du troisième type pour notre dernier concert de cette édition 2021 des Nuits du Bota. Si c’est le nom alléchant des smerz qui nous conduira tout droit vers la Rotonde en ce dimanche soir, c’est avec surprise qu’on découvre également Salome, jeune artiste aux influences hyperpop et électronique, qui use de l’autotune avec malice pour proposer des compositions futuriste et bondissante, le tout avec une solide énergie et un sourire indélébile. Son premier EP Something but Plausible s’érige comme une carte de visite idéale pour mieux comprendre son univers dans l’air du temps, et son rendu sur scène en vaut déjà la peine. Vivement la suite.

Henriette Motzfeldt et Catharina Stoltenberg sont les deux cantatrices composant le duo smerz. Repérées par Björk et adulées par la presse internationale depuis, elles parviennent à se jouer des codes de la musique mainstream actuelle tout en lui piquant quelques marqueurs R’n’B, pop et alternative. Le résultat : une symphonie dystopique et surprenante, le plus souvent glaçante, qui impressionne de sa beauté et de son intelligence autant en audio qu’en live. Débordantes de charisme et de prestance, les deux chanteuses s’approprient l’espace d’un piano à queue pour y établir domicile, aux côtés d’un tandem de violoncellistes accentuant davantage la tension de l’ensemble. Au fil de leurs morceaux, n’abandonnant jamais leur stoïcité faciale, passant de la langue norvégienne à l’anglais, smerz gratifie l’assemblée de quelques chorégraphies loufoques et d’instants instrumentaux distordus. Mémorable en tout point.

| Photo : Giulia Simonetti

 

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