Ode à Clairo pour son premier passage en Belgique

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Devant des yeux ébahis et des oreilles extasiées, l’inspirante et talentueuse Clairo s’est produite sur la scène de l’Orangerie au Botanique le 13 décembre dernier. Récit d’une soirée particulière aux côtés d’une élégante créature musicale.

Vendredi 13. Laissant la superstition de côté, je me prépare à recharger mes batteries émotionnelles en écoutant de la musique. Je laisse mon casque pour sortir pour la première fois de chez moi en une semaine, une mauvaise chute m’ayant laissée en béquilles. D’ailleurs en écrivant ceci, ma playlist s’arrête sur Sinking, issue de son dernier album. Quel heureux hasard. 

20h35. J’arrive tout pile à temps pour voir Dreamer Boy se produire. Je suis rouge et transpirante mais la joie se révèle être un réel médicament qui me fait supporter la douleur. Du bas de mon mètre soixante, on m’accompagne au côté avant gauche de la scène pour que je puisse me poser si le besoin est. Dreamer Boy a commencé et j’entends les douces notes de Orange Girl, une chanson que j’affectionne particulièrement. Je découvre durant 25 minutes un jeune garçon pétillant  – je peux le dire depuis que j’ai 23 ans et que les artistes sont plus jeunes que moi. Il s’amuse énormément, saute et danse. Les mouvements que j’aimerais opérer sont remplacés par de légers balancements de hanches et de la danse intériorisée.

21h30. Le besoin de s’asseoir se fait ressentir. Mais voilà que les musiciens arrivent, et juste derrière eux, Clairo. Ce que je n’avais pas remarqué auparavant, c’était le public. Beaucoup d’adolescents, plus ou moins jeunes, mais donnant le ton à un concert qui s’annoncera plein de cris de folie, voyant leur idole pour la première fois. Comme Claire Cottrill le dira plus tard, c’est sa première fois en Belgique. Elle commence par 3 titres de son nouvel album. Pour ceux qui la connaissent depuis ses débuts, le doute plane, va-t-elle nous jouer un peu de ‘good old Clairo’ ? Elle est si concentrée lorsqu’elle chante, elle ferme les yeux, comme si la salle ne la contemplait pas. Elle n’a nul besoin de styliste, ni de scénographie grandiose. Un jean, un crop top et la moitié des cheveux attachés en arrière, comme pour ne pas perturber l’artiste. Même ses musiciens semblent accessoires en ce moment. Presque gênée de se produire devant de vraies personnes et non dans sa chambre, elle nous régale avec Flaming Hot Cheetos. Des vibes vocales, des petits roulements d’épaules, de hanches par-ci par-là, avec beaucoup de grâce et sans exagération aucune. En fond, on entend le public chanter les paroles, sans pour autant cacher sa voix suave et pleine de souffle.

Le temps des changements. On a aussi le privilège d’entendre une version un peu différente des titres Get With U/ 2 Hold U et Bubble Gum. La salle reste silencieuse, reconnaît les paroles mais met un peu de temps à les situer dans la musique dont les sonorités sont plus jazz. On est alors témoin de qui est réellement Clairo. Au-delà de l’artiste qui ressent ses paroles jusqu’au bout, c’est une personne sincère remplie de poésie. Bags et Sofia passent et le public crie à nouveau après un bref moment de douceur. Si Clairo bouge les épaules, les cris s’intensifient. Si elle s’approche du bord de la scène, les mains se lèvent vers elle. Si elle chante Feel Something, toute la salle se voit illuminée des flashs de smartphones, sans qu’elle n’ait à le demander. Celle qu’on a parfois critiquée pour ses prestations vocales live nous offre sa voix en cadeau. Moins d’autotune que sur l’album et de magnifiques notes qui s’échappent de la jeune femme. Elle chante I Wouldn’t Ask You, assise devant le public.

C’est la fin. Claire termine par une nouvelle chanson qu’elle joue à chaque concert. Elle et sa guitare seulement. Elle discute un peu plus avec nous pour la première fois de la soirée, avec sa douce et petite voix parlée. Elle nous explique que la chanson n’est pas sortie et n’appartient qu’aux lives pour l’instant mais que ça lui plaît comme ça. « One more », des mots qui se distinguent dans les paroles. On s’identifie directement à la phrase. On veut une chanson de plus, une heure de plus, un concert de plus avec l’artiste. Elle s’en va sur non pas une standing ovation mais un tonnerre d’applaudissements et de cris qui dessinent une gêne et, simultanément, une joie immense sur son visage rond.

Un rappel merci. Il ne faut pas longtemps à Clairo pour revenir et nous offrir 4Ever, Pretty Girl et enfin I Don’t Think I Can Do This Again (son featuring avec Mura Masa). Elle nous fait comprendre qu’un pogo est sur le point d’arriver pour cette dernière chanson. Elle ne nous dira pas quoi faire mais le public excité n’en a pas besoin. Je reste de mon côté, le pogo pourrait me coûter mon autre cheville. C’est déjà fini et le public n’est que joie et admiration. S’il fallait décrire la présence de l’artiste, ce serait par une timidité si mignonne que la salle entière est tombée amoureuse. Une beauté si naturelle dans sa façon d’être. Une aisance tantôt maladroite, tantôt assumée. Sans effort. L’élégance incarnée, c’est Clairo.

Photos : Denys Schelfhaut (VRTIKAL)