Odyssée, la nouvelle aventure d'AaRON

Tu fais tourner ?
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Que l’attente fut longue ! Cinq ans après la sortie de leur dernier album, We Cut the Night, les Français d’AaRON rompent enfin le silence avec un tout nouveau disque, Odyssée. Surprise : il s’agit d’un EP, qu’on décrypte pour vous en attendant leur prochain format long.

Le trait d’esprit est facile mais il n’en est pas moins vrai : la belle aventure d’AaRON a tout d’une odyssée. Elle paraît bien loin l’époque de U-Turn (Lili), premier succès du duo. C’était il y a 14 ans déjà. Comme les deux compères se plaisent à le répéter sur scène, c’était le temps de la découverte, de la première rencontre. Depuis, on a fini par se lasser du titre, ou plutôt de ce que le travail du groupe soit sans cesse réduit à cet unique morceau, éclipsant le reste à la manière d’un arbre, certes joli, qui cacherait une forêt bien plus étonnante, pleine de merveilles et de trésors.

Car une décennie et demie s’est écoulée depuis, égrenant avec elle deux autres albums et plus de 300 concerts à travers le monde, qui ont contribué à faire du tandem formé par Olivier Coursier et Simon Buret l’un des fers de lance de la scène française contemporaine. Surtout, les deux compères n’ont jamais perdu cette incroyable faculté à émerveiller, disque après disque, tournée après tournée, donnant l’impression de n’être jamais à court d’idées, de se remettre sans cesse en question et d’explorer, toujours, avec une avidité et un enthousiasme intacts. Aujourd’hui, AaRON ouvre donc un nouveau chapitre de sa riche histoire avec un nouvel EP, Odyssée.

On l’avait pressenti, Odyssée emprunte davantage à l’élégance électronique de We Cut the Night qu’aux premières amours acoustiques du duo, à un détail près : la tonalité. Là où leur dernier album s’aventurait dans des méandres mélancoliques, tourmentés, pleins de spleen, ce nouvel EP lui oppose une facette bien plus lumineuse. Premier extrait d’Odyssée, The Flame insuffle ainsi une énergie folle à l’ensemble du disque, tant dans les textes que dans les mélodies. On y retrouve bien sûr ces sonorités si caractéristiques, travaillées à l’extrême pour leur conférer cette patine reconnaissable entre mille, qui se trouvent cette fois au service de mélodies plus enjouées, bandes-sons de clips déjantés et euphoriques.

Cette nouvelle sortie marque aussi les retrouvailles d’AaRON avec la langue de Molière, tristement délaissée depuis leur premier album et le superbe Le Tunnel d’Or, qui restait à ce jour le seul et unique titre du groupe en français. Cette anomalie est désormais réparée avec deux nouveaux titres qui brillent par leur poésie sobre et délicate, dont on se félicite qu’elle ne soit pas restée confinée aux petits carnets de Simon. Le premier, c’est Odyssée, titre éponyme qui, en plus de son nom, donne également à cet EP son côté saccadé, joliment nuancé entre couplets entraînants et refrains oniriques.

Sur Sauvages, le second, la température redescend. Les lames électroniques laissent leur place à un piano discret. La voix se fait plus douce, comme si le français incitait au calme, ralentissait le tempo, imposait la douceur au détriment du rythme. La mélodie, elle, ne pâtit aucunement de cette mise à nu, bien au contraire. Car la grande force d’AaRON réside dans ce que leur musique est aussi belle nue qu’habillée d’habiles arrangements.

C’est d’ailleurs par une élégante version piano-voix de The Flame que se clôt le disque, en une parenthèse intimiste qui rappelle la fin de certains de leurs concerts lorsque la lumière s’éteint, que les micros se coupent et que Simon et Olivier reviennent sur scène, la guitare à la main et le sourire aux lèvres, comme pour interpréter un dernier titre entre ami·e·s.

Inhabituellement court mais loin d’être anecdotique pour autant, Odyssée pose les fondations d’une nouvelle aventure qui s’annonce tout aussi excitante que les précédentes. Si sa longueur n’est pas de nature à nous rassasier totalement, elle est surtout destinée à aiguiser notre appétit jusqu’à la sortie de l’album, qu’on espère pour 2020. Et puisque la période est propice au calme (imposé) et la tranquillité (relative), pourquoi ne pas en profiter pour (re)découvrir la discographie d’AaRON en attendant ?