On a célébré les Beaux Jours aux Trois Baudets

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Les beaux jours sont donc là. Alors que nos corps transpirent d’une canicule pas vraiment normale qui nous fait réaliser un peu plus chaque jour les cris d’alerte d’une planète qu’on épuise, on se dit que le monde va mal. Alors, que faire face à ce destin inextricable, face à cette fin qui se fait de plus en plus palpable ? Trouver des moyens d’évasion sans doute, chercher dans la culture, les livres, la musique, les films des moyens de contrer la morosité. Dans cette optique, Beaux Jours, le spectacle d’Adrien Soleiman, Halo Maud & François Atlas a fait figure de parenthèse enchantée pour nous. On vous raconte.

 

La nuit avant mes vingt-cinq ans

Notre présence à Beaux Jours en ce 16 juillet n’avait rien du hasard. Parmi les nombreuses représentations de l’événement, celle-ci avait fait clignoter la lumière dans nos têtes engourdies par la chaleur. Si chaque jour voyait un nouvel intervenant en ouverture, on a été naturellement attiré par Catastrophe. Ce soir-là, nous étions donc en présence de Blandine et d’Arthur et on ne savait pas trop à quoi s’attendre, d’où une certaine excitation teintée d’un peu d’appréhension. C’est donc à deux sur scène qu’ils nous auront offert un moment qui ne ressemble qu’à eux, une bouffée d’air frais et un grand moment de positivisme forcené, à l’image d’un groupe qui ne croit qu’en l’action et en notre faculté à résister à tout et à vivre à fond. Ainsi c’est une histoire, un rêve sans doute romancé que nous contera ce soir-là Blandine. Sous couvert de fin du monde, de monde qui périclite, elle nous racontera finalement une nuit, un instant fondateur dans son son existence, le genre de moment qui marque et qui forme et change une personne : la dernière nuit avant ses vingt-cinq ans. Tout en pudeur et en poésie, elle nous fera lecture de cette épreuve, de cet instant de bascule qui finira pour elle par l’inscription sur son corps d’un cygne noir, alors qu’auparavant elle n’aurait jamais envisagé de marquer sa peau de manière définitive. Dans ce texte, dans cette interprétation habitée, émouvante et chargée d’émotions et aussi d’un brin d’étrangeté et d’humour (la distribution par Arthur de morceaux de gâteau au public) c’est finalement tout Catastrophe qui s’exprime : le besoin de ne jamais renoncer, de faire de chaque instant un moment unique pour l’amener vers l’infini, ne pas regretter les choses mais les faire tout simplement, sans avoir peur de se rater, sans avoir peur du ridicule ou de l’erreur. Vivre tout simplement, exister de toutes nos forces et de la manière la plus pure possible. Bien sur, Catastrophe reste aussi un groupe de musique et nous aurons eu droit à des versions épurées mais tout aussi possédées de leur petites pépites que sont Nuggets et Bebop Records comme des interludes au milieu de cette expérience théâtrale et littéraire. Mais c’est surtout leur interprétation de Résiste, définie très justement par Alphonse comme ” Véronique Sanson qui reprend France Gall à travers Catastrophe” qui nous amènera doucement vers Beaux Jours.

Beaux Jours, bonjour

Étions-nous prêts ? Pas vraiment et c’est tant mieux. Là encore, on ne savait pas à quoi s’attendre, on avait préféré ne pas chercher non plus, préférant nous plonger dans l’inconnu et la surprise. Grand bien nous en a pris, car finalement, même si on vous en parle, on n’est pas sûr qu’il est possible de rendre hommage correctement à Beaux Jours à travers les mots. Car cette représentation, ce spectacle d’Adrien Soleiman, Halo Maud & François Atlas se vit plus qu’il ne se raconte. C’est une expérience, un moment suspendu, une bulle de bonheur d’une heure qui nous entoure, nous aspire et nous donne le sourire. C’est un moment où le psychédélisme est roi, où un roadie lunaire apparaît et disparaît, guide étrange et bienveillant qui tour à tour bousillera un micro, fera pousser des roses sur scène ou nous offrira ses plus belles cascades. Tout ici est minutieux, ludique, attirant et réjouissant. C’est au final une ode au bonheur, une ode à l’amour et surtout une  déclaration romanesque et monumentale à tout ce que la musique francophone a de plus beau. Un pari réussi, porté par quatre musiciens géniaux ( puisqu’en plus de nos trois hérauts, il est important de noter la présence d’Arnaud Biscay à la batterie) qui  nous offre plus qu’un simple exercice de reprise, mais un véritable travail de réinterprétation, insufflant à une setlist aussi diverse que pointue toutes les obsessions sonores de chacun. Les guitares folles de François, le saxophone d’Adrien et les recherches vocales de Halo Maud se mélangent et s’associent dans une entreprise assez folle et classieuse qui nous fera voyager de Ricky Hollywood à Katerine en passant par Isabelle Adjani, Mylène Farmer ou encore Henri Salvador. Chaque morceau trouve sa patte, son empreinte et dévoile des effluves sucrées de bonheur immédiat qui, même si on n’aime pas forcément le titre original, finissent par toucher au cœur. Et lorsque les lumières se rallument, bercés que nous sommes par le grand Alain Bashung, une seule idée nous marque l’esprit : que les Beaux Jours reviennent.

 

Photos : Alphonse Terrier.