On a parlé festivals avec Jeanne Added

Tu fais tourner ?
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Parmi les têtes d’affiche de nombreux festival cet été, vous aurez forcément croisé Jeanne Added. La rémoise, forte de Radiate son superbe second album et des deux victoires de la musique qui en ont découlé, a passé une bonne partie de l’été sur les routes. On a profité de son passage aux Nuits Secrètes pour parler festivals avec elle. De sa routine sur la route, à ce qui la pousse à choisir certains festival, Jeanne Added nous dit tout.

 

La Vague Parallèle : Hello Jeanne. J’ai compté ton nombre de dates et il me semble que tu fais 30 festivals cet été. Comment on se prépare à un marathon pareil ?

Jeanne Added : Comme le reste de l’année, au final, parce qu’on a quand même fait beaucoup de concerts déjà. Ça vient surtout avec une vraie hygiène de vie.

LVP : Tu as un routine particulière ?

J.A : Je ne bois pas d’alcool, et je fais du sport. Ça semble peu mais ça fait déjà beaucoup sur la route.

LVP : Est-ce que c’est pas étrange de voir un tourbus devenir sa maison ?

J.A : En fait ça va… Enfin quand il marche, parce que là on a eu quelques mésaventures avec notre tourbus qui est tombé en panne plus d’une fois. Et quand la clim te lâche par ces chaleurs… Non c’est plutôt agréable, le fait d’avoir sa maison avec soi tout le temps, à 50 mètres de là où tu travailles. Après c’est de l’adaptation, parce c’est une maison qui est partagée avec plein de monde, avec une toute petite chambre, mais en fin de compte c’est plutôt confortable je trouve. Mais c’est quand même un vrai truc de saltimbanque, attention. Tu arrives, tu vas prendre ta douche sur les lieux… Ça dépend des lieux, ce n’est pas tout le temps pareil. C’est très variable d’une date à l’autre.

LVP : Finalement tu te couches à un endroit, tu te réveilles limite à l’opposé de la France. Ça doit être particulier comme sensation, non ?

J.A : Ça, ça va. Non, vraiment, ce qui est compliqué c’est l’adaptation puisque selon les sites tu as soit de vraies douches, soit des trucs un peu bricolés. Ce n’est parfois pas complètement super glamour, comparé à ce qu’on pourrait se raconter.

LVP : Est-ce qu’il y a des festivals où tu prends plus de plaisir à venir ou à revenir ? Parce que je pense que tu es déjà venue ici, non ?

J.A : Ben les festivals où les programmations sont cool, ça ça fait plaisir. Ça donne envie d’aller voir des concerts, d’écouter de la bonne musique toute la journée. Je choisis un peu les festivals comme ça aussi. Si la question se pose, j’aime bien savoir qui est programmé, comment est le site, est-ce que c’est agréable, ça fait partie des choses, quand on est beaucoup sur la route, qui font vraiment la différence.

LVP : Et là justement aujourd’hui, est-ce que il y a des artistes, des découvertes qui t’intéressent ?

J.A : Ce soir, il y a Life (finalement annulé pour des soucis d’orages et d’avion), Hot Chip, Salut c’est cool… Pas mal de choses qui sont très sympas. J’aurais adoré voir Sleaford Mods demain mais on n’est pas là donc pour le coup je suis vraiment super déçue.

LVP : Je t’ai vue, aux Paradis Artificiels, en mars, à Beauregard récemment. La question que je me posais c’est, comment est-ce qu’on réfléchit à une setlist pour un festival ?

J.A : Ça dépend. Au fur et à mesure des concerts tu te rends compte des endroits où il faut continuer à maintenir la tension avec le public, donc ça on a rectifié certaines choses depuis le début de la tournée mais ça ne bouge pas tous les soirs.

LVP :  Ce que j’ai remarqué, c’est que tu t’adaptes. Il y a des gens qui ne connaissent pas, forcément, mais ta proposition scénique reste assez radicale parce que tu as quand même quelque chose de mouvant. Tu as des titres qui sont plus atmosphériques, d’autres plus percutants, et j’ai l’impression que tu joues pour attirer les gens qui ne te connaissent pas autant que satisfaire les gens qui viennent pour te voir.

J.A : C’est gentil, écoute. On fait la musique telle qu’elle est, après moi j’aime bien l’idée de rencontrer des nouveaux publics donc c’est vrai que dans ma façon d’être j’aime bien inclure les gens.

 

LVP :  Et ça ne te frustre pas des fois de devoir sacrifier la poésie pour aller vers l’efficacité ?

J.A : Ça oui, de temps en temps. Après, la poésie, elle peut se nicher dans plein d’endroits, même des fois dans le truc le plus bourrin qui soit. Tu peux réussir à créer une faille spatio-temporelle dans laquelle glisser un peu de doute, et c’est là-dedans que se niche la poésie. Je crois que c’est une attitude, comment on s’adresse aux gens, comment on est sur scène et il y a plein de façons de la faire apparaître.

LVP :  Moi ce que je trouve impressionnant, à chaque fois que je te vois justement, c’est quand tu arrives sur scène, tu agrippes le public dès la première chanson en fait, c’est assez fou et beau. Et puis tu as tes musiciens aussi et qui sont excellents et qui rajoutent à tout ça.

J.A : Oui c’est vrai. J’ ai une super équipe, tu pourras les citer, c’est Narumi Herisson, Emiliano Turi et Audrey Henry. C’est important pour moi les concerts, donc quand je monte sur scène, je ne suis pas en train de rentrer dans le bus ou d’aller dans le bar à côté de chez moi, je monte sur scène. Il y a des gens qui sont là, qui se sont déplacés, qui sont restés, et donc ça, ça me rend responsable. Donc à partir du moment où je mets le pied sur scène, mon état change et mon corps se met en vibration avec les gens, avec les musiciens avec lesquels je joue. Mon corps est disponible pour ce qui va se passer. Je me mets en état de disponibilité pour le moment qu’on va passer ensemble, et je suis là pour ça, c’est mon job. Et l’organisation de la journée en entier, elle est dirigée vers ça. Mon état en entier il est dirigé vers ce moment-là pour réussir à rentrer dans cet état d’esprit

LVP : Il y a quelque chose d’assez sacré dans le fait de monter sur scène, non ?

J.A : Je suis là pour ça. Tout le travail qu’on fait en amont, tous les kilomètres qu’on bouffe, tous les inconforts qu’on peut avoir de temps en temps, tout est oublié à ce moment-là et tout est dirigé vers ce moment-là. Et pour moi ce sont des moments qui sont importants.

LVP : J’ai une dernière question, on sera là aussi à Rock en Seine, je pense que tu prépares quelque chose d’assez particulier pour cette date-là, est-ce que tu peux déjà nous en parler ?

J.A : Bah on a été mis en contact par le festival avec le chœur Accentus, qui est un chœur contemporain de fou. On va réarranger quelques-uns des titres, pas tous, avec des voix supplémentaires.

Photos : David Tabary pour Dans Ton Concert /Indiemusic