On est revenu·es rôti·es et ravi·es du meilleur festival de l’été, le Pointu
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Auteur·ice : Manon Giberti
28/07/2023

On est revenu·es rôti·es et ravi·es du meilleur festival de l’été, le Pointu

| © Photo Titouan Massé
Article co-écrit avec Chloé Lahir

Rock is not dead. Une phrase que l’on pourrait croire éculée mais qui garde pourtant tout son sens au regard de la programmation du Pointu Festival édition 2023. Et on ne va pas vous mentir, ça fait un bien fou. Alors oui on a la trentaine, mais oui on peut encore enchaîner trois jours de festival (presque sans Doliprane). La preuve ci-dessous.

Vendredi : entre chiens et loups

C’est sous un ciel quelque peu mitigé que l’on franchit le pont qui relie la terre des mortels à l’île du Gaou, le Sud tiendra-t-il toutes ses promesses ? Spoiler alert : of course. Bracelets blancs “presse” aux poignets, c’est devant la scène de La Plage que nos Van’s encore propres (oui on vous a dit qu’on était jeune) se posent. Sur les pratos, autre style : santiags aux pieds et short de sport, c’est dans un look totalement effortless qu’Asha Lorenz, figure de proue du groupe Sorry, entame ses premiers sons. Épaulée par son meilleur ami et guitariste Louis O’Bryen, c’est les mains négligemment calées sous ses bras qu’elle joue plusieurs titres de leur dernier album paru, Anywhere but Here. Première plongée dans la nonchalance de l’indie rock britannique, on se chauffe doucement. 

© Photo Gaelle Beri

Puis, le soleil commençant à descendre sur la ligne d’horizon, c’est dans le halo magnifique de la golden hour que les Frankie and the Witch Fingers s’apprêtent littéralement à nous faire manger la poussière. Promesse tenue ! Dès les premières notes, la joyeuse bande de LA a donné le ton du week-end et soulevé le public au rythme de pogos psyché plutôt bon enfant. Emporté·es par ce nuage de sable et de joie, les trentenaires que nous sommes en sont ressorti·es crades mais boosté·es à bloc pour la suite !

Heureusement, la météo se gâte et nous offre quelques gouttes de pluie pour tenter de rafraîchir nos trombines heureuses et de fixer la poussière de la pinède. On ne va pas vous mentir, tout ce qui suivra Frankie aura un goût de “pourquoi iels n’ont pas joué plus tard dans la soirée ?”. Alors que des éclairs zèbrent le ciel au loin sur la mer, accordant une légère ambiance de dernier concert avant la fin du monde, c’est d’abord devant le très impeccable Kurt Vile & The Violators puis les indolents Brian Jonestown Massacre que l’on a fini cette première soirée en sirotant nos bières de la Rade, bercé·es par la nostalgie de leur musique contemplative.

Samedi : coups de coeurs et de foudre

Nos prédictions disaient vraies, si en 2022 on était tombé sous le charme de Stella Donnely, cette année c’est Billy Nomates qui remporte la palme coup de cœur. Arrivée pieds nus et seule sur scène au soleil encore brûlant de 19h30, la pétillante Anglaise enchaîne ses titres tel un gigantesque cour de cardio pump qui ferait pâlir d’envie Véronique et Davina (indice pour la Gen Z). Condensé d’énergie, de synthpop et de post-punk, ce sont autant ses textes que ses mélodies qui ont su chatouiller nos cœurs et nos tympans. Alors on te le dit : Billy, you’ve got mates! 

© Photo Titouan Massé

Un sandwich libanais et des frites plus tard, c’est devant la scène de la Pinède que nos yeux se posent sur Meule. Des synthés modulaires, une guitare, deux batteries face à face, et une gigantesque claque. Véritable magma sonore et hypnotique, Doris, Léo et Valentin nous offrent une masterclass krautrock-electro. Qu’on se le dise, deux batteries sur scène, c’est souvent annonciateur d’un très (très) bon concert (coucou Thee Oh Sees et King Gizzard), et ce n’est pas celui de Meule qui fait exception à la règle ! Rejoint·es dans la foule par quelques têtes connues et amies des concerts parisiens, on n’a pas manqué la multitude de références dans la prestation du trio, dont une voix qui nous rappellerait presque quelques intonations de Last Train

© Photo Titouan Massé

C’est encore sonné·es mais avec une soif insatiable d’en découdre que l’on se dirige vers ce qui sera notre concert préféré du weekend, les Viagra Boys. Grand·es adeptes du groupe (et clairement pas à notre premier concert), c’est à cœur joie qu’on s’époumone sur leur répertoire : c’est d’ailleurs toujours un moment émouvant que de scander la ballade Worm en chœur avec un public connaisseur ! Il n’y a pas à dire, la bande suédoise a une fois de plus de l’énergie à revendre et nous a totalement vidé de la nôtre, après un concert passé à sauter sur place et tenter d’entraîner nos voisin·es dans quelques mouvements de pogo. On a nommé grand maître de ce concert, Oskar Carl au saxophone, véritable show man et ambianceur de première avec ces mouvements de voguing incessants, quelle classe ! 

Résumé de cette fin de deuxième soirée ? La nuque qui colle, de la bière renversée sur la moitié du t-shirt, des gobelets ramassés pour glaner quelques euros (radins malins les trentenaires), des crampes aux mollets, et déjà une petite pointe de nostalgie dans notre cerveau qui nous chuchote que demain c’est le dernier jour… Haut les cœurs, un bain de mer et ça repart !

Dimanche : magma collectif et nostalgie

La der des der, tristesse infinie. Encore courbaturé·es de la veille et repu·es d’une belle plâtrée de moules-frites dégustée au port du Brusc, c’est le pas léger mais le cœur (et l’estomac) lourd que l’on se dirige pour la dernière fois vers ce pont qui sépare la terre des mortels de notre petit bout de paradis. 

© Photo Gaelle Beri

19h30, Bdrmm. Un live shoegaze servi sur plateau d’argent par le groupe britannique. Dans le public, un monsieur d’un certain âge mais d’un goût certain, se dandine au premier rang un verre de rosé à la main. C’est aussi ça le Pointu : tous les âges s’y retrouvent ! Bien que le mix du set de Bdrmm nous ait laissé un tantinet perplexe, on a grandement apprécié les sonorités “Diivesques”. Un bon choix pour s’échauffer doucement ! 

© Photo Gaelle Beri

20h15, Parade. Précédemment croisé·es à FGO-Barbara fin mai, c’est avec une joie non dissimulée que l’on se faufile parmi les premiers rangs de la scène La Pinède. Attifé de sa sempiternelle parka, Jules Henriel accompagné par Marine (basse), Nicolas (guitare) et Mathieu (batterie), intime les cigales au silence par sa voix ténébreuse qui n’est pas sans rappeler celle de Ian Curtis. Des plus sceptiques on entendra l’aveu “c’est vraiment pas mal en fait”, et pour cause, le post-punk taché de pop des Marseillais laisse difficilement de marbre. 

© Photo Gaelle Beri

Merveilleuse anomalie dans cette programmation rock qui tâche et qui entaille, Loyle Carner. Celui qui chante la masculinité décomplexée, celle qui n’a pas pour obligation d’être taught et qui n’a pas non plus à rougir d’être soft, nous offre dès 22h une parenthèse bienvenue de rap sauce brit. En live sa musique se redécouvre réarrangée spécifiquement pour la scène, avec à ses côtés batterie, trompette, basse, guitare et clavier. Véritable Arsenal pour celui qui supporte pourtant Liverpool (passion jeu de mot, mmh). Hugo, dernier album sorti, est définitivement plus dur que son prédécesseur Not Waving Just Drowning, sur scène le flow délicat de Loyle devient mordant. Impossible de vous parler de ce concert sans mentionner l’incroyable travail sur les lumières. Quand il entonne a cappella Ice Water à la fin de son set, inondé d’obscurité, à contre jour d’un projecteur qui diffracte sur lui toute sa splendeur, on en prend littéralement plein les yeux.

© Photo Gaelle Beri

23h30, IDLES. Tout le monde attendait ce moment avec impatience pour mettre un dernier joyeux bazar sur l’île du Gaou ! C’est une véritable vague humaine qui nous a emportée et ce, dès le retentissement des premières notes de guitare, et qu’est-ce que ça fait du bien ! Même pas la peine de tenter de conserver une bière à la main, celle-ci aurait été vidée sur le champ.

C’est Joe Talbot qui aura le mot de la fin avec son “Merci fucking beaucoup”, parfaite traduction de la gratitude qui nous habite et de cette énergie qui fait encore des étincelles dans nos pieds. On vous l’avait dit, rôti·es et ravi·es, Pointu vie.

*Bonus track

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