Overmono au Botanique et la démocratisation du break
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Auteur·ice : Matéo Vigné
30/11/2022

Overmono au Botanique et la démocratisation du break

| Photos : Matéo Vigné pour La Vague Parallèle

Le duo britannique Overmono, accompagné de Mankiyan en première partie, a su donner des touches pop et mélodieuses à un style plutôt niche et alternatif.

Sans rentrer dans les comparaisons de genres musicaux, tout s’écoute à tout moment, mais l’histoire musicale de tel ou tel style résonnera toujours avec ce que l’on en fait. En effet, quand on parle de break, on parle avant et surtout de breakbeat. Cette variante électronique qui cherche, comme son nom l’indique, à casser (ou briser, selon le niveau de violence que l’on veut appliquer à sa musique) les codes plus conventionnels de la rythmique qu’on retrouve notamment dans des genres classiques de musique électronique comme la house ou la techno. Le breakbeat s’inspire de musiques dissidentes comme la soul ou la funk pour en faire un credo, un hymne à l’underground, une représentation des sous-cultures fédérées sous l’égide de ce qui se veut alternatif, à contre-courant.

Si l’on peut se permettre de pousser le subjectif à son extrême, à titre personnel, dès que retentit le premier amen break dans une track ou dans un set, j’ai les poils qui se hérissent, le souffle qui se coupe et une énergie débordante envahit mon corps, de la pointe de mon talon à l’extrémité de mon majeur pour me mettre à danser, à danser et à danser. C’est peut être lié à la rythmique, c’est peut être lié à cette insouciante apparition de cet accord que l’on anticipe rarement mais qui est d’une justesse sans égal.

 

Bref, revenons à nos moutons, à nos papillons, à nos beats cassés. Overmono envahissait la salle du Botanique pour le plaisir d’une foule impatiente, hétérogène, passionnée. Moi, Overmono, cette fratrie britannique passionnée de musique composée de Ed et Tom Russel, je l’ai croisée plus d’une fois. Que ce soit sous sa forme déconstruite avec Truss (Tom) d’un côté et Tessela (Ed) de l’autre, sous le pseudonyme de MPIA3 (Tom) ou celui de ER (Ed), j’en ai bouffé de leur musique. Pendant un moment, j’ai même considéré intégrer le morceau Hackney Parrot, dont les remixes sont multiples et tous aussi bons les uns que les autres, dans mon top 5 des meilleurs morceaux de musique électronique. Classement dans lequel on retrouverait également Acid Badger de MPIA3, s’il existait et qu’il avait quelconque valeur aux yeux de la société.

Ce soir-là, je m’attendais à tomber sur quelque chose de très sombre, limite d’insalubre, quelque chose qui puait l’underground, la sueur et la bière. Mais loin de là. Même si le fait que ça se passe au Botanique aurait pu me mettre la puce à l’oreille, l’expérience que j’allais vivre était à des années-lumière de celle à laquelle je m’imaginais, sans apprécier ni déprécier mes attentes.

 

En première partie se produisait Mankiyan, figure montante de la bass bruxelloise, qui sait faire briller tous les styles en leur donnant ce léger coup de boost qu’on adore, ce petit coup de reins breaké. La parfaite artiste pour faire monter la sauce, pour réchauffer les corps, pour s’installer confortablement dans la salle. Une sélectionneuse hors normes, un nom qu’on entendra sûrement scandé dans les plus gros festivals l’été prochain, si vous l’avez ratée l’été dernier en tant que new face de l’édition précédente. Une atmosphère sombre, beaucoup de tout, un public conquis mais patient.

C’était la deuxième partie qu’iels étaient venu·es voir. Sans diminuer l’impact de l’artiste précédente, la salle s’est magiquement remplie à l’annonce du prochain acte. Un « Hello Brussels » en guise de message d’entrée sur les écrans, les deux compères s’installent et déballent. Une osmose électronique entre grosses basses bourrines et mélodies douces, un jeu de lumières calibré et calé à la perfection sur des écrans jouant sur l’identité visuelle du duo, le chien méchant, le chien dominant. Face à ce show, je me rappelle d’une phrase que j’avais lue dans une interview des deux artistes basés à Londres qui qualifiait leur musique de « euphoric breakbeats, chopped amen breaks and broken 2-step patterns that transcend time and place » (« des breakbeats euphoriques, des amen breaks hachés et des motifs 2-step brisés qui transcendent le temps et l’espace »). Poétique et technique à la fois. Un descriptif qui colle à la perfection à ce nouveau genre, un genre qui à la fois peut être apprécié des puristes du break et des amoureux·ses de la mélodie. Quelque chose qui pourrait ressembler à un clair-obscur musical, une composition oxymorique du son qui, comme la figure de style, impose un certain respect et relève du génie. 

Jouer avec le son comme on joue avec les mots : telle est la réelle nature des arts alternatifs. En un concert, j’ai réussi à déconstruire toutes mes attentes quant à mes styles préférés, quelque chose qu’on pourrait espérer sombre s’est révélé doux, un set que j’espérais dansant m’est apparu comme mélodieux aussi. Quand on domine à la fois la rythmique et la mélodie, on peut dire qu’on sait séduire une bonne partie de son public.

 

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