Peet : “Demain, tout peut s’arrêter”
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Auteur·ice : Nicolas Haulotte
22/05/2024

Peet : “Demain, tout peut s’arrêter”

| Photo : Louise Duquesne

Peet, on en entend parler depuis bientôt 10 ans à Bruxelles. En 2016, la capitale belge a bougé la tête en le découvrant avec son groupe, le 77. Désormais, Bruxelles s’émeut en le voyant s’affirmer comme un artiste solo capable de passer d’un rap léger à des mélodies touchantes. C’est à Flagey que nous avons rencontré le rappeur. Au centre de notre discussion : A demain, son dernier album, qui nous permet de découvrir une facette plus introspective de Peet.

La Vague Parallèle :  Salut Peet. Dans Aster, l’intro de ton nouvel album, tu exprimes ton besoin de ne rien faire pour être en mesure de créer. Tu fais quoi quand tu ne fais rien ?

Peet : En ce moment, j’ai installé un émulateur gameboy pour jouer au vieux Pokemon Jaune. Sinon, quand il fait beau, je traîne dehors avec mes potes ou avec ma copine. Comme tout le monde en fait. Mais quand je ne fais rien, j’aime bien ne vraiment rien faire. En tant qu’artiste, on est tellement tout le temps en déplacement pour des concerts, de la promo ou des clips. Du coup, quand j’ai le temps pour ne rien faire, j’ai juste envie d’être chez moi, de traîner dans le canap’ et de me perdre sur Youtube.

LVP : La musique, c’est devenu ton métier. Ça a changé quelque chose dans ta manière de créer ?

Peet : Je n’ai pas l’impression. C’est une pression en moins mais mon boulot alimentaire nourrissait aussi ma musique. Je travaillais 3 jours par semaine et on avait moins de concerts qu’aujourd’hui. J’arrivais bien à gérer les deux, c’était ma petite activité à côté de la musique. Et puis, j’aimais bien mes collègues, je n’y allais pas avec des pieds de plombs. Enfin si, ça m’arrivait, comme tout le monde. Mais ça m’arrive d’aller à des concerts avec des pieds de plombs aussi.

LVP : Ah bon ?

Peet : Évidemment ! Tu ne choisis pas les jours où tu vas bien. Parfois tu es triste ou tu n’es pas en forme et tu dois quand même assurer. C’est rare mais ça arrive.

LVP : Est-ce que c’est plus difficile d’assurer un concert que de servir des pizzas dans ces jours où tu es moins en forme ?

Peet : C’est vrai que quand tu fais un concert, tu dois faire comme si tout allait bien devant des centaines ou des milliers de personnes. Mais en concert, j’ai la chance d’être entouré de mes potes. L’euphorie finit toujours par prendre le dessus. Quand je monte sur scène et que je vois les gens chanter mes paroles, ça me fait aller mieux. C’est un bon médicament. Je pense que c’est plus dur de travailler dans un restaurant quand tu n’es pas bien. Tu dois être poli et rigoler aux blagues pas drôles des gens, je trouve ça plus dur.

LVP :  Le fait de vivre de la musique, c’est une consécration ?

Peet : A fond. C’est ce que je voulais depuis toujours. Mais maintenant je l’ai et je pense aux étapes suivantes. C’est comme quand tu finis un niveau dans un jeu vidéo et que tu te dis : « Bon, ça y est, je fais le niveau suivant ».

LVP : Quels sont les autres moments que tu as vécu comme des consécrations dans ta carrière ?

Peet : Ce sont à chaque fois des petits symboles. Quand on a fait Dour avec le 77 en 2017, c’était incroyable, on a vécu ça comme une vraie consécration. Avoir ton vinyle en main, c’est aussi une consécration. La prochaine consécration, c’est un disque d’or. J’en ai toujours rêvé.

LVP : Et le fait de remplir des salles comme l’Ancienne Belgique ou La Cigale ?

Peet : Bien sûr ! Mais comme on évolue petit à petit, on prend ça étape par étape. À chaque fois, on a des nouveaux objectifs et quand on les atteint, c’est la suite logique. On a fait l’AB Club, puis l’AB, deux fois La Maroquinerie et maintenant c’est logique de faire La Cigale. Ce n’est pas comme si du jour au lendemain, je me retrouvais à faire Foret National. Je suis hyper fier évidemment mais vu qu’on fait ça étape par étape, on ne s’en rend pas vraiment compte. Dans 10 ans, je m’en rendrai davantage compte. Mais pour l’instant, on est dans une optique où on bouge tout le temps.

LVP : Justement, entre Todo Bien et A demain, il n’y a pas eu tellement de temps. Tu ne voulais pas te reposer entre les deux projets ?

Peet : Je suis toujours en train de faire de la musique. Il y a des morceaux que je n’avais pas sélectionné pour Todo Bien et que j’ai peaufiné pour cet album. En fait, je vois Todo Bien et A demain comme un double album. Il y a deux couleurs différentes. Todo Bien, c’est plus fun, plus dansant. Avec A demain, on est dans la nostalgie, c’est plus introspectif. Ce sont deux facettes de moi.

LVP :  Tu as appelé ce nouvel album « A demain ». Tu l’as pensé comme une fin de cycle avant de te projeter vers demain ?

Peet : C’est vrai que je vois ça comme une fin de cycle mais le titre m’est venu naturellement, ce n’était pas pensé à l’avance. Un jour, j’aimerais bien penser un album à l’avance en sachant comment je vais l’appeler et ce que je vais raconter dedans. Mais pour l’instant, ça n’a pas été le cas. Je vois ça comme une fin de cycle parce que justement, je veux travailler autrement dans mes prochains projets.

LVP : Dans le projet, tu parles de la pression que tu ressens. Elle vient d’où cette pression ?

Peet : Elle vient de ces objectifs qu’on se fixe en permanence dont je te parlais au début de l’interview. J’ai fait La Maroquinerie, maintenant je dois faire La Cigale. On est dans une société où on ne peut jamais s’arrêter, les gens consomment rapidement la musique. Si tu t’arrêtes, tu as peur de plus être à la page ou que les gens ne t’écoutent plus. On fait un métier qui est dangereux. C’est un risque, demain tout peut s’arrêter. C’est de là qu’elle vient la pression.

LVP : Comment tu le vis de toujours enchaîner ? Tu aimes bien cette fast-life ou tu regrettes de devoir jouer ce jeu-là ?

Peet : Au fond, j’aime bien. Mais un jour, j’espère arriver à un point où je pourrai me permettre de partir 2-3 ans et d’être attendu à mon retour. En Belgique, je pense que c’est déjà le cas mais pas en France.

LVP : Ce sont souvent les grandes stars qui ont la possibilité de faire ça. T’aurais envie d’être une star toi ?

Peet : Je ne pense pas, non. C’est paradoxal parce que financièrement c’est très intéressant et que c’est une sécurité. Mais je n’ai pas envie d’être posé en terrasse à Bruxelles et que tout le monde vienne me voir. Si ça arrive, j’irai vivre ailleurs.

LVP : A La Vague Parallèle, on a beaucoup aimé le featuring avec Ben PLG. Elle s’est fait comment cette connexion ?

Peet : Je l’ai rencontré au Planète Rap de Lord Esperanza. On s’est hyper bien entendu donc j’avais envie de l’inviter sur l’album. Il a directement accepté, il est venu à Bruxelles et on a fait le morceau. Les gars de Lille et les Belges, ils se comprennent vite.

LVP : Il y a quelque jours, Bruxelles a accueilli Ben PLG au Botanique. Dans ses concerts, il a ce point en commun avec toi d’être avec des musiciens sur scène. Aujourd’hui, tu travailles même en studio avec certains de tes musiciens comme Nicolas Felices. La scène a changé ta manière de faire ta musique ?

Peet : C’est simple de travailler avec Nicolas Felices, on se comprend bien au studio, il est très à l’écoute. On a les mêmes goûts et il sait vers où je veux aller. Mais en fait, je pense moins mes sons par rapport à la scène qu’avant. Avant, je voulais faire des sons ambiançants pour que ça bouge en concert. Mais avec l’âge, j’assume le fait que j’aime bien aussi faire des sons posés. Je vise moins à créer les pogos mais plus à fédérer les gens par ce que je raconte. Les pogos c’est génial mais c’est encore plus fort de faire un morceau où tu sens que le public t’a écouté.

LVP : Il y a de plus en plus de morceaux chantés dans ta discographie. C’est réfléchi ?

Peet : Quand tu fais de la musique, tu as envie de te surprendre toi-même. J’aime beaucoup la mélodie et avec le temps, j’ai appris à bien utiliser ma voix.  Ce qui me plaît le plus, c’est quand je fais des morceaux chantés avec une transmission d’émotions. C’est plus simple de transmettre de l’émotion en chantant qu’en rappant. En rap, il faut vraiment écrire extrêmement bien pour émouvoir. Ça m’arrive mais je ne me considère pas comme un lyriciste.

LVP : Tu écoutes moins de rap alors ?

Peet : J’en écoute toujours mais moins qu’avant. En ce moment, je m’intéresse à toute sortes de styles musicaux. J’aime beaucoup Hermanos Guitérrez, un groupe de guitaristes. Je suis à fond dans le RnB anglais aussi avec des artistes comme Cleo Sol, SAULT et ENNY

LVP : On te voit te mélanger avec des artistes plus émergents. Il y White Corbeau sur l’album, on t’a aussi entendu sur le projet de Osmoze. Tu as envie de transmettre aux plus jeunes ?

Peet : En tout cas, j’ai envie de continuer à avoir un contact avec la jeunesse. Je n’ai jamais envie de devenir ce vieux con qui dit « c’était mieux avant ». Je veux rester curieux. C’est important pour moi de donner de la force à des artistes émergent·es. Et puis, il y a des jeunes que je trouve trop fort·es. Donc j’ai envie de bosser avec elleux. Je ne vais pas me limiter, je ne vais jamais me dire que je suis trop grand.

LVP : Il y a qui dans les jeunes artistes belges que t’aimes bien ?

Peet : CRC et Absolem ! C’est sûr que je vais feater avec eux dans le futur. Godson et NUPS3E j’aime beaucoup aussi. Et puis, bien sûr, Morgan.

LVP : Merci de nous avoir accordé cet entretien. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour demain ?

Peet : Un disque d’or !

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