"Peu de talent, mais beaucoup d'émotions" : On prend l'apéro avec Fantastic Mister Zguy

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Vendredi, peu avant 20h, le soleil brille à Pigalle, où les verres s’entrechoquent. L’environnement parfait pour retrouver Fantastic Mister Zguy, troubadour lo-fi de la capitale. Pour ce qui fut sa toute première interview, la discussion fut à l’image de sa musique : spontanée, imprévisible et sans filtres. Si le résultat est parfois quelque peu décousu, il n’en reste pas moins totalement sincère. Interview réalisée en binôme avec l’ami Joseph.

La Vague Parallèle : Pour commencer, j’aimerais revenir sur une discussion que j’avais eue avec ton manager Roland Pujol…

Fantastic Mister Zguy : En fait, Roland Pujol est une personne qui n’existe pas. C’est moi, ou plutôt mon alter ego. Citroën est persuadé qu’il existe d’ailleurs, car ils l’ont eu au téléphone lorsqu’ils ont utilisé ma musique Fish Shrimpery pour leur pub.

LVP : Roland Pujol, Fantastic Mister Zguy, tu crées donc des personnages pour te représenter. Pourquoi ces artifices, pourquoi pas tout simplement toi ?

FMZ : Putain, bonne question. Je m’appelle Ghislain, déjà, ça ne vend pas trop de rêve. Zguy est la contraction de “Guy“, mon surnom depuis tout petit, et zgueg, qui veut dire teub. Au début, je m’appelais “Zgueg” sur scène, mais c’était un tout petit peu abusé. Fantastic Mister est une référence à Fantastic Mister Fox de Wes Anderson. Quand j’ai choisi ce nom, je ne pensais jamais donner une interview un jour. J’ai commencé la gratte à 16 ans, et je n’ai jamais vraiment progressé.

LVP : Tu as créé un personnage loufoque, pourtant tes textes sont hyper personnels. C’est une manière de te distancer ?

FMZ : Non, il n’y a pas de réflexion derrière. Je ne suis pas un énorme intellectuel. Je n’ai pas créé un personnage pour extérioriser mes névroses. Fantastic est très similaire à moi, il a plein de névroses. Je dis “il“, mais c’est moi. Il me permet de comprendre des choses sur moi-même.

LVP : Du coup, tu écris dans quelle mood ?

FMZ : J’écris une track en dix minutes. L’album King Shrimp a été écrit en trois semaines. J’ai envie d’aller vite. C’est mon défaut, j’ai un problème d’hypocondrie, je ne sais pas s’il ressort dans mes chansons. Je suis toujours dans une dynamique de me dire que je vais peut-être crever demain. Quand j’enregistre un album, c’est une énorme période d’angoisse car j’ai peur de ne pas pouvoir le finaliser. C’est pour ça que mes chansons sont hyper rapides, sans grands arrangements. J’enregistre en courant, et le fait de finir le truc est un immense soulagement. J’ai sorti 29 tracks en trois ans.

LVP : Je ne sais pas si c’est voulu, mais ça donne du coup une esthétique très 60s, à la Bob Dylan qui lâchait des albums tous les deux-trois mois.

FMZ : Ce n’est pas réfléchi. J’ai la chance d’avoir un bon Neumann et une Tascam chez moi, j’enregistre le tout de manière assez simple et hop. C’est vrai que quand tu vois des mecs comme Flavien Berger, dont la production est très intellectualisée, on ne peut pas dire que j’appartiens à la musique actuelle.

LVP : Tu dis que tu fais tes chansons très vites et que tu passes à autre chose, mais sur C’est Pourtant Simple, que tu as sorti à 30 ans, tu dis avoir “à peine 25 années“.

FMZ : Je fonctionne en flux tendu, une bonne compo, je l’enregistre tout de suite. Cette chanson est passée par plusieurs versions, elle était sortie sur un EP qui a disparu depuis, mais elle n’est arrivée que maintenant à cette version maturée. En réalité, j’ai des limites techniques, je ne peux par exemple pas faire de solo, donc je suis attaché à cette vision de simplicité. J’adore la simplicité d’un Adam Green, par exemple, ou des Moldy Peaches. Des musiques super pures. Aujourd’hui, dans les prods, tout est super complexe, j’ai envie de m’inscrire en opposition à ça. Alice & Moi, par exemple, tout est produit au millimètre près. C’est très bien, mais je trouve qu’on en perd l’émotion. Quand tu fais des trucs super simples, les gens te parlent pas mal d’émotions. C’est Pourtant Simple n’a que deux accords. Someday et That’s My Life partagent les mêmes accords. C’est une seule boucle, coupée en deux.

LVP : Comment intègres-tu cette vision simpliste au moment d’enregistrer tes duos ?

FMZ : C’est ma sœur Laetitia qui chante. J’avais tout enregistré, et je me disais “putain, c’est bien lo-fi, je verrais bien une petite voix de meuf“. Je l’ai appelé, et – ça aussi c’est ouf – elle a fait seulement une prise par track. On ressent un peu cette fragilité, le fait de ne pas avoir eu le temps de réfléchir. Dans la même veine, j’aime bien parler de The Song Of The Dude, une ballade au piano composée par mon poto Edouard. Après avoir enregistré son piano, j’ai lancé la bande pour la voix sur ma Tascam sans savoir ce que j’allais chanter. En une prise improvisée, ça a donné cette chanson. C’est ça aussi Fantastic : bats les couilles. La chanson parle de rien. C’est l’histoire d’un mec qui tombe amoureux d’une fille autour d’une piscine. Elle pleure un peu, donc il veut venir la consoler. Après, tu peux toujours trouver des significations quand tu fais du yaourt. J’encourage certains groupes à faire ça au lieu de réfléchir pendant des heures.

LVP : Tu suis une esthétique plutôt rock, du coup.

FMZ : Dans la personnalité oui, je tiens plus du rock que de la pop, malgré ma musique.

LVP : Je ne sais pas si t’aimes bien Mac DeMarco, mais ce que tu nous racontes me fait beaucoup penser à lui. Ce côté je-m’en-foutiste, très chill, home studio…

FMZ : Mac est un exemple de ouf. Dans les prods, on fait des choses différentes, c’est un génie absolu. Je n’arriverai jamais au tiers de centième de millième de son talent, mais il a fait espérer pleins de gens. Quand je l’ai vu arriver, que j’ai entendu ses tracks, pour moi qui écoutais les Beatles ou les Strokes, des groupes avec des prods exceptionnelles et du coup déprimantes car on se dit qu’on ne pourra jamais y arriver… Mac arrive et dit “vous avez le droit d’être dans une chambre, avec un record à bandes, deux pauvres AKG en micros et de sortir un album“. Ça, c’est l’espoir. Il a donné de l’espoir dans la musique, c’est magnifique. Après, on ne va pas dire que Fantastic marche, il faut être honnête. Même si certaines victoires comme la pub Citroën donnent de l’espoir. On ne parle jamais de la lutte quotidienne de l’artiste. Quand tu te réveilles en te disant “mais qu’est-ce que je branle ?“. Est-ce qu’il faut continuer à se battre ? Est-ce que ça ne va pas disparaître ? Mon but, c’est de vivre de ça à 100%, mais c’est tellement dur. Si j’y arrive un jour, je me tape la plus belle queue de ma vie.

LVP : Pourtant, tu sembles te placer en opposition de la scène francophone actuelle.

FMZ : Pas forcément. Ma musique ne ressemble pas à du Vendredi sur Mer, mais pour moi Papooz sont les meilleurs artistes français actuels. C’est un exemple d’un groupe qui était garage et qui maintenant a du cash. Mais ils ont mis trois ans à faire un album. Dans ce laps de temps, j’en aurais fait douze. J’aurais même appris à faire des accords barrés s’il avait fallu. Je viens d’ailleurs d’enregistrer un nouvel EP, Punk Love, en collaboration avec un méga mec, Gaetan Nonchalant. On a enregistré ça au Conservatoire de Paris en trois jours avec les plus beaux micros du monde. Il y a cinq titres, il y a du punk, il y a du love.

LVP : Il y a quand même une contradiction entre ce sentiment je-m’en-foutiste que tu véhicules et la frustration qui était la tienne concernant le son de ton concert au Supersonic.

FMZ : J’ai vraiment une expérience différente en live. J’ai beaucoup d’adrénaline, et je stresse de ouf, comparé à en studio où je suis peinard. Une fois que tu es sur scène, surtout quand il y a beaucoup de monde… Au Supersonic, on jouait à 20h30 pile, ce qui est tôt. Et on faisait la première partie du mec de Jagwar Ma, un mec super sympa que j’avais vu au Zénith. J’étais tellement saucé. Il est aussi sympa que sa personnalité sur scène, et c’est l’important : être un musicien nature. On parlait de Mac toute à l’heure, qui faisait le pitre à l’Olympia, et ça m’a rendu un peu triste de voir qu’il avouait à demi-mot sur sa chanson Nobody qu’il jouait un rôlePeut-être que, sur scène, il s’est empêtré dans son personnage avec la célébrité. Pour moi c’est un putain d’artiste, pas seulement un clown. C’est pour ça que je dis qu’il n’y a aucune distance entre Fantastic et moi-même. C’est important pour moi de me présenter tel quel. Au fait, c’est ma première interview.

LVP : On n’est pas trop intimidant tout de même, si ?

FMZ : Non, c’est très cool. Mais je suis hyper stressé. Comment vais-je me comporter devant vous ? Est-ce que je vais me mettre à jouer un jeu ?

LVP : Et tu as l’impression de jouer un jeu, là ?

FMZ : Non, là c’est hyper agréable. Je vous aime, on est des potes maintenant.

LVP : Avec plaisir !

FMZ : Vous allez voir des artistes en live, vous kiffez un peu la zik, donc pas trop de pression. Je me suis dit que j’allais y aller à la cool, mais j’avais peur qu’au fur et à mesure des questions je devienne caricatural. Tu peux te la péter, tu peux faire la gueule… L’idée de l’interview me faisait penser à un entretien d’embauche. Bien sûr, parler de sa musique est sympa, mais ça reste un événement. Qu’est-ce que je voulais faire transparaître ? Rien, mis à part que ça me touche vachement qu’on me pose des questions sur ma musique. C’est déjà un accomplissement de ouf.

LVP : Pour en revenir à l’album King Shrimp, il commence de manière joyeuse et se termine sur une note un peu plus triste. C’était voulu ?

FMZ : C’est marrant, je l’ai fait écouter à un pote qui m’a demandé si ça signifiait que j’arrêtais la musique. “Ça commence hyper joyeux, et à la fin tu t’évapores en te prenant trois chansons tristes dans la gueule.” Mais pas du tout, aucun calcul. Comme je te disais, beaucoup d’émotions, très peu de réflexion. Les paroles relatent des expériences personnelles. That’s My Lifec’est l’histoire d’un jeune homme de 18 ans qui se demande s’il est gay. Des questionnements, des histoires qui se sont passées dans ma vie, que je raconte de manière très simpliste. Je chante des thèmes universels : l’amour, l’hypocondrie – c’est un mal du 21ème siècle. Je pense avoir un truc, et ça m’énerve de ne rien avoir. Il y a aussi dans cet album ce concept de nostalgie heureuse. Attention, je suis un peu branleur, mais je ne suis pas un slacker. Ni skateur, ni surfeur. Je suis un putain de citadin. Un rat des villes. Passionné par les gratte-ciels. D’ailleurs, je me ballade souvent à New York City sur Google Maps. Les États-Unis me passionnent en général, les Ramones, la culture du lo-fi… Mon rêve est d’y faire un concert. Toucher des gens qui y ont vécu avec ma chanson New York City signifie beaucoup pour moi.

LVP : Autre sujet, mais pourquoi y a-t-il deux versions différentes de Victim Of The City sur l’album ?

FMZ : C’était pour montrer que tu peux faire deux chansons vraiment différentes à partir des mêmes accords. Elles sont identiques, mais avec des états d’esprits totalement différents. La deuxième version date d’il y a quatre ans, je suis retombé dessus par hasard, et bien qu’elle avait été refaite pour l’album, je la kiffais trop pour la laisser de côté. Avant de vous laisser, j’aimerais insister sur un point : je ne suis pas un branleur, et pas un génie. Je travaille tout de même beaucoup sur ma musique. Je ne sais pas faire grand-chose, mais je travaille. Si tu ne peux pas faire de choses géniales, tu peux tout de même t’attacher à faire plein de petites choses, qui au final donnent un tout sympa. C’était important pour moi de vous le dire : Fantastic, peu de talent mais beaucoup de travail.

LVP : D’un autre côté, le talent et l’émotion sont finalement la même chose.

FMZ : Exactement. Alors je vais dire : peu de talent, mais beaucoup d’émotions.