Pluralone au chevet du monde avec I Don’t Feel Well
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Auteur·ice : Paul Mougeot
06/11/2020

Pluralone au chevet du monde avec I Don’t Feel Well

English version

Quelques mois tout juste après la sortie d’un premier disque qui marquait le début de son aventure en solo, Josh Klinghoffer poursuit sa route sous le pseudonyme de Pluralone. En ce début d’automne, il vient de révéler un deuxième album intimement lié à la crise que le monde traverse et au nom évocateur, I Don’t Feel Well.

L’année 2020 est décidément à marquer d’une pierre noire. Il faut dire que ces derniers mois, rien ne nous aura été épargné. Malgré le marasme ambiant, l’ombre se sera dissipée à quelques occasions pour laisser passer des éclaircies éparses, rares mais d’autant plus précieuses. I Don’t Feel Well, le deuxième album de Pluralone, est définitivement de celles-ci. Ce nouveau disque à la beauté fragile porte pourtant en lui les stigmates d’une époque torturée, balayée par la succession des épisodes de crise et durablement marquée par le traumatisme qu’ils ont fait naître dans toutes les têtes.

Contrairement à son prédécesseur, To Be One With You, qui avait été composé et enregistré sur une dizaine d’années, ce nouvel album porte en lui toute l’immédiateté et l’urgence de cette année au cours de laquelle rien ne se sera passé comme prévu. Ce n’est d’ailleurs pas Pluralone qui dira le contraire. Alors qu’il se faisait une joie d’ouvrir la tournée américaine de Pearl Jam en solo, il a finalement été contraint de revoir ses plans au moment où les États-Unis, déjà marqués par des divisions idéologiques de plus en plus prononcées, étaient frappés de plein fouet par les incendies qui ont ravagé la côté Ouest, et, bien évidemment, par la pandémie qui touche la planète toute entière depuis plusieurs mois maintenant. Une pause contrainte et forcée qui lui a permis de composer et d’enregistrer un disque d’une traite, en quelques semaines à peine, pour la première fois de sa carrière pourtant bien remplie.

 

 

 

Un album-thérapie, qui remonte le fil des sentiments d’un homme à l’éclatante sensibilité, pour en arriver à cette question essentielle : how do I feel ? Et donc, à une réponse à la fois douloureuse et salvatrice, I Don’t Feel Well.

Car, pour peu que l’on puisse se le permettre, cette crise d’une ampleur inédite offre également une occasion inespérée : celle de prendre le temps. Enfin. S’isoler au milieu du chaos pour prendre sa propre température et s’adonner à un voyage intérieur aux confins de son être. C’est le postulat de cet album qui fait un bien fou au cœur et à l’âme : prendre le pouls du monde et le nôtre au passage, comprendre ce qui nous entoure pour parvenir à mieux nous écouter nous-mêmes. Un album-thérapie, qui remonte le fil des sentiments d’un homme à l’éclatante sensibilité, pour en arriver à cette question essentielle : how do I feel ? Et donc, à une réponse à la fois douloureuse et salvatrice, I Don’t Feel Well.

Et si ce nouvel album est effectivement lié par essence au tumulte qui ne nous aura jamais vraiment quittés cette année, il n’en est pas sombre ni larmoyant pour autant. Bien au contraire. C’est même ce qu’on vient chercher dans la musique de Pluralone : cette faculté à trouver la lumière dans les ténèbres et à la faire rayonner à travers des mélodies à la fois moelleuses et aériennes, qui suscitent immanquablement en nous cette émotion puissante, quoique teintée d’une certaine mélancolie. Toujours guidé par ce piano inspiré qui tient lieu d’écrin à sa magnifique voix de fausset, le Californien semble en tout cas avoir trouvé la formule.

Dans leur ambiance et leur construction, les dix pistes qui composent son deuxième long format se font en effet le prolongement logique de To Be One With You. On y retrouve des titres à la mélodie vaporeuse et aux arrangements soyeux comme Knowing You ou le magnifique Carry, dont l’évolution surprend l’oreille à mesure qu’il la conquiert. Ces moments se trouvent savamment contrebalancés par des morceaux plus rythmés, à l’écriture plus énergique et aux refrains accrocheurs comme les savoureux Red Don’t Feel et The Night Won’t Scare Me, qui ouvrent l’album et qui sont toujours marqués par ces progressions d’accords et ces variations rythmiques si caractéristiques de la musique de Josh Klinghoffer. Peut-être un brin plus audacieux désormais, Pluralone ne se prive pas pour s’aventurer en des territoires sur lesquels on ne l’attendait pas. Gros coup de cœur de cet album, The Report étonne ainsi par les influences RnB de son intro et son refrain plus expérimental, quand la vibrante Mother’s Nature fait la part belle à une guitare aiguisée pour faire de son texte un cri de ralliement en faveur de la préservation de la planète. Enfin, en guise d’épilogue à une œuvre qui nous aura tiré des larmes autant qu’elle nous aura donné espoir, Pluralone s’abandonne finalement à un piano-voix particulièrement touchant et seulement paré de quelques cordes sur I Hear You, pour un moment de partage dont le titre résonne comme une voix familière à laquelle on voudrait se confier.

 

 

 

Véritable album-pansement pour celui qui l’a composé, I Don’t Feel Well n’en demeure pas moins une main tendue, un réconfort bienvenu en cette période si troublée.

 

 

Véritable album-pansement pour celui qui l’a composé, I Don’t Feel Well n’en demeure pas moins une main tendue, un réconfort bienvenu en cette période si troublée. C’est d’ailleurs en ce sens que Josh Klinghoffer expliquait sa genèse, peu après sa sortie : “il y a eu un moment où je me demandais pourquoi je faisais ça, et j’imagine que le désir de vouloir rendre le monde un peu meilleur, si tant est qu’écrire des chansons le permette, rendait cette perspective acceptable. Même si une grande partie du monde semble actuellement prospérer et se nourrir d’un régime constant de négativité, de dégoût et de colère, je me suis efforcé de me rappeler que je voulais vraiment faire quelque chose que les gens pourraient trouver beau. Et si, d’une manière ou d’une autre, ça pouvait se rapprocher de la musique que j’aime faire pour moi, alors non seulement je me sens reconnaissant et honoré, mais je suis peut-être aussi, d’une toute petite manière, en train de faire ce à quoi je suis destiné”.

Une délicate attention qu’il s’est attaché à perpétuer depuis le premier épisode du confinement en proposant des versions lives dépouillées et intimistes de ses plus jolis titres, toujours accompagnées d’une réflexion ou d’un petit mot qui laissent transparaître une personnalité aussi inspirante que peut l’être sa musique.

Merci, Josh. Merci pour ça, et pour tout le reste !


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