Pluralone sort de l'ombre avec To Be One With You

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Son récent départ des Red Hot Chili Peppers en est venu à occulter son actualité musicale. Pourtant, avec To Be One With You, Josh Klinghoffer a signé au mois de novembre dernier l’un des plus beaux albums de la fin de l’année 2019. Et, on l’espère, ouvert l’un des chapitres les plus excitants de sa carrière, sous le pseudonyme de Pluralone… 

Durant la décennie qu’il a passée avec les Red Hot Chili Peppers, Josh Klinghoffer a côtoyé les étoiles. Paradoxal pour un homme habitué à œuvrer dans l’ombre, préférant mettre son talent et sa créativité au service d’autres projets plutôt que de faire briller le sien. Gnarls Barkley, John Frusciante, PJ Harvey ou encore Beck, la liste des artistes qui se sont attaché ses services pour profiter de sa polyvalence, sur scène comme en studio, est longue comme le bras. Il y a bien eu ces quelques disques sortis avec Dot Hacker, son groupe de toujours, mais leur beauté discrète n’a jamais vraiment dépassé les frontières du pays de l’Oncle Sam. Depuis, les deux albums qu’il a enregistrés avec l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps ont largement contribué à le tirer d’un anonymat relatif et tout à fait confortable.

Alors, peut-être pour en revenir à une posture qui lui convient davantage, Josh Klinghoffer s’est créé un alias. Pluralone. Plural-one. Un nom aux consonances étranges. Plur-alone. Un nom à la prononciation incertaine. Un nom qui a pour avantage de conjurer la passion frénétique qui entoure désormais son statut de rockstar et de concentrer l’attention sur l’essentiel : sa musique. Mais surtout, et c’est sans doute là le plus important, un nom qui lui permet de jongler avec les différentes identités musicales qui cohabitent en lui, sans avoir à se soucier des étiquettes de genres ou de styles. Le bonhomme avait d’ailleurs annoncé la couleur en sortant sous ce nom deux reprises de classiques italiens et brésiliens, qu’il s’était habitué à jouer en concert avec les Red Hot Chili Peppers.

Néanmoins, disons-le tout net : il est inutile de venir chercher en Pluralone un prolongement du travail que Josh Klinghoffer a mené avec le groupe. Bien loin des productions taillées pour les stades, des performances explosives et des foules en délire, il s’est offert une œuvre à sa mesure : humble, pure, brillante. Une oeuvre qui répand sa lumière sans jamais renier sa part d’ombre. Composé sur une dizaine d’années (Segue date de 2010, quand Crawl a été terminée la veille de l’enregistrement, à l’automne 2018), To Be One With You est un disque éminemment intime, profondément introspectif, qui touche autant qu’il déconcerte. Dès son entame, il dénote par ses signatures rythmiques caractéristiques, ses textures volatiles, son chant évanescent et son absence de structure. De fait, on n’y trouve pas de tube, ni de refrain accrocheur. Au contraire, tous les morceaux qui le composent demandent à être apprivoisés, à grandir en chacun.e d’entre nous, à être écoutés encore et encore pour révéler toute leur subtilité, à la manière d’une confidence chuchotée au creux de l’oreille. Soyez-en assuré : le jeu en vaut la chandelle.

To Be One With You se déroule comme une remarquable collection d’émotions, du bonheur éclatant à la profonde mélancolie. Le plus troublant, c’est que chacun de ses titres semble porter en lui cette étonnante ambivalence qui lui permet d’être écouté dans n’importe quelle situation et de lui faire écho, pour peu qu’on lui prête l’attention et l’humilité qu’il mérite.

Multi-intrumentiste de talent, parfaitement à l’aise lorsqu’il s’agit de bâtir des atmosphères riches et complexes, Pluralone n’est pourtant jamais aussi touchant que lorsqu’il se met à nu, drapant simplement sa voix de quelques notes de piano. Pourtant, une fois n’est pas coutume, ce sont cette fois ses talentueux collègues qui se sont prêtés au jeu de la collaboration. On retrouve ainsi Flea à la basse sur Was Never There, Jack Irons à la batterie sur la plupart des morceaux, ou encore Eric Gardner et Eric Avery à la batterie et à la basse sur Crawl. Malgré ce casting cinq étoiles, Fall from Grace et Save, trésors de douceur et de sincérité, constituent ainsi les véritables moments de grâce de l’album. La voix androgyne de Klinghoffer s’y perd dans de magnifiques envolées qui prêtent aux mots des sonorités étranges, presque surnaturelles, comme venues de contrées inconnues.

Plus rythmés, des morceaux tels que ShadeCrawl ou Barreling témoignent de sa capacité à hausser le ton lorsque ses influences rock pointent le bout de leur nez, à travers un solo de guitare bien senti ou une batterie qui gronde. Bien sûr, sa façon si singulière de chanter, qui sculpte chaque son en privilégiant largement les sonorités au détriment de l’articulation des mots, reste le principal attrait du disque, en particulier sur Save ou sur les sublimes modulations qui clôturent The Ride. Cela dit, on se plaît à se laisser entraîner par les passages instrumentaux, tantôt pleins d’énergie (Rat Bastards at Every Turn), tantôt teintés d’une sensualité quasi-mystique (Mourning), qui rappellent à quel point Pluralone est un artiste complet.

Avec son premier album solo, Josh Klinghoffer sort enfin de l’ombre pour embrasser pleinement son extraordinaire talent pour la musique, prouvant par la même occasion qu’il est bien loin de n’être qu’un faire-valoir. Si la suite de l’aventure se jouera tout d’abord en première partie de la tournée américaine de Pearl Jam, on espère de tout cœur qu’elle le portera rapidement sur notre route. Ce serait si beau…