Pottery : ''Notre album n’est vraiment pas un produit individualiste, c’est le résultat d’un travail collectif sur tous les points''

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Cinq musiciens, cinq aficionados aux influences multiples mais surtout cinq copains. Un EP du nom de No.1, paru en mai dernier chez Partisan Records (IDLES, Fontaines D.C.), confrontant une multitude de genres et déversant avec passion un amour incontrôlé pour la musique. Avant de nous donner une grosse claque lors de leur passage sur scène à La Route Du Rock le 17 août dernier, Pottery nous a conviés dans leur loge, paquet de chips sur la table et blagues au rendez-vous. Et c’est entourés de ce talent très prometteur venu tout droit de Montréal que nous avons discuté, dans la bonne humeur et l’insouciance, de leur nécessité de rester en marge, de bousculer les normes mais aussi de leur premier album qu’ils nous ont promis de sortir incessamment sous peu.

La Vague Parallèle : Pour commencer, pouvez-vous me raconter comment s’est faite votre rencontre ? Et comment vous est venue l’idée de donner naissance à Pottery ?

Peter : Avec Jacob on s’est rencontrés quand on a déménagé à Montréal et puis ensuite ça s’est fait petit à petit, on jouait chacun dans des groupes différents. Moi, je jouais aux côtés de Paul pour son projet perso et ensuite Austin nous a rejoints en tant que guitariste, Paul faisait de la batterie et puis tu avais moi aux synthés, donc on n’a pas eu à chercher d’autres musiciens. Jacob écrivait déjà quelques chansons depuis un moment, et donc tout a commencé à partir de là. Et puis, plus tard, on a rencontré Tom, le bassiste, et c’est comme ça que tout est arrivé.

Austin : Et moi j’ai rencontré Jacob il y a deux ans, c’était à… [il ne finit pas sa phrase, ndlr]. Bon OK, je ne raconterai pas comment c’est arrivé. (rires)

Jacob : Pour faire bref, on a juste passé de très bons moments ensemble, on a commencé à bien s’entendre, on parlait boutique, on avait beaucoup de petites conversations très sympa (rires) et depuis, on s’entend juste à merveille, on continue à faire ce qu’on a toujours fait, c’est-à-dire s’amuser. Et maintenant, on est amis, c’est très important de le préciser. Il m’appelle ”Jac The Real Quebec” depuis.

Austin : Quebec Authentic !

LVP : Vous êtes donc originaires de Montréal, qui est connue pour des groupes comme Arcade Fire ou Corridor. Est-ce qu’on peut alors considérer cette ville comme le nouvel eldorado des musiciens ?

Pottery : Oui, carrément !

Jacob : Vivre au Canada c’est l’idéal !

Peter : Totalement. La vie n’est vraiment pas chère là-bas, tu peux survivre en tant qu’artiste. Et d’ailleurs, les gars de Corridor sont des amis à nous.

Jacob : Oui car il faut aussi savoir que Montréal est une ville assez petite au final et il y a beaucoup de groupes, donc tu es forcément amené à les rencontrer à un moment ou un autre.

Paul : Et c’est une ville très dynamique, tu n’as pas besoin d’en faire trop pour t’occuper. Mais c’est aussi assez chill.

Peter : C’est une ville artistique. Je suis le seul dans le groupe qui vient de Montréal et ”je suis le seul qui parle français ici” et donc il y a beaucoup d’artistes qui viennent y étudier et qui ensuite lancent un groupe et tout ça. C’est un lieu de rencontre pour les artistes. C’est aussi une ville très jeune, on y fait beaucoup la fête d’ailleurs.

LVP : Votre EP, No.1, est sorti en mai dernier alors qu’il était prêt depuis deux ans. Pourquoi avoir décidé de retarder sa sortie ?

Austin : On cherchait un bon label.

Peter : À vrai dire, on voulait le sortir en format vinyle et on a eu quelques-uns de nos amis qui ont su nous conseiller quant à notre choix de label. Ils étaient là : ”non, n’allez pas chez eux, soyez astucieux”.

Jacob : Ils nous disaient qu’il fallait qu’on choisisse le bon label car la promo c’est important, il fallait que ça atteigne un maximum de personnes et ils n’avaient pas tort. C’était mieux que de le balancer nous-mêmes sur Bandcamp et on aimait vraiment cet EP, donc a choisi d’attendre d’avoir plus d’auditeurs et pas seulement des gens de Montréal.

Peter : Mais en vrai il y a eu beaucoup de soirées où on buvait et où on se disait ”demain on le sort, on n’attend pas plus longtemps !” et le lendemain on était là, la gueule de bois, incapables de faire quoi que ce soit (rires). Et puis au final, ça a bien marché, c’est le principal. Désormais, on est des Partisaners conquis ! (rires). Blague à part, ils sont très gentils chez Partisan Records.

Jacob : On est plus qu’un label, nous sommes des amis. (rires)

Tom : Tu devrais mettre ça sur un tee-shirt !

Austin : Plus qu’un label, tu es mon ami ! (rires)

LVP : J’en déduis que vous êtes amis avec les musiciens d’Idles ou Fontaines D.C alors ?

Jacob : Du tout, on n’a jamais rencontré Idles en fait.

Peter : Mais on connaît les gars de Fontaines D.C.

Jacob : En effet, on fait les premières parties de leur tournée américaine en septembre.

LVP : J’ai cru comprendre que votre premier album était déjà prêt depuis un moment. Avez-vous choisi sa date de sortie ?

Jacob : Oui, il est en mixage ! Mais on n’a pas décidé de la date encore. On va vite se décider et promis on ne vous fera pas attendre deux ans cette fois-ci, vous pouvez être rassurés ! (rires)

LVP : Est-ce que cet album aborde des thèmes en particulier ? Est-ce qu’il fait écho à ce que vous avez pu nous proposer avec votre EP ?

Tom : Il y a une certaine transition car il y a quelques chansons similaires à l’EP mais il y a en aussi beaucoup qui diffèrent.

Austin : C’est totalement différent, à vrai dire. Même la façon dont on l’a enregistré était complètement inverse, toute sa conception est nouvelle.

Paul : Il y a vraiment des morceaux très proches de l’EP, et après il faut savoir que l’EP a été enregistré en deux jours alors que là on a vraiment pris notre temps pour enregistrer cet album.

Jacob : Et d’ailleurs, vous allez entendre certaines de nos nouvelles chansons qu’on jouera tout à l’heure.

LVP : Avez-vous quelques anecdotes à partager sur la conception de ce premier album ?

Pottery : Texas Rhythm ! Beaucoup trop d’arrangements au niveau de la batterie ou encore les écoutes abusives de FunkStation.

Peter : On a vraiment pris notre temps à faire cet album, on ne s’est pas précipités, on ne s’est pas dit ”oh mon dieu, on doit absolument terminer l’enregistrement en deux jours !”. On avait dix jours pour le faire et je crois que c’était le délai idéal pour tout faire correctement et rendre un travail propre.

Jacob : On avait une plus grande liberté créative, on a réussi à avoir un certain recul sur ce que l’on faisait.

Austin : Il y a quelques morceaux qui, dans la forme, ont pas mal changé au cours de l’enregistrement.

LVP : Dans une interview, Austin a dit qu’il n’aimait pas écrire sur des éléments de vie personnels et qu’il tenait à faire la distinction entre la sphère personnelle et professionnelle. Est-ce qu’il y a une raison particulière à cela ? 

Austin : Oui et je m’y tiens toujours même s’il y a un morceau très personnel sur notre album. Je ne sais pas, il y a beaucoup de personnes qui aiment écrire sur leurs expériences mais ce n’est pas mon cas et puis je ne suis pas un très grand parolier pour être honnête, je ne suis pas un poète et je ne cherche pas à traduire mes émotions à travers des mots que je ne connais pas, ce n’est pas mon truc. Tout se passe dans la musique.

Jacob : Je pense que l’inspiration pour tous ces nouveaux morceaux venait surtout de tous les moments qu’on a pu vivre ensemble et les souvenirs ou les conclusions qu’on a pu en tirer. Et ça a en quelque sorte permis à chacun d’avoir des anecdotes à raconter par rapport à tout ça. Après il y a cette minorité qui traduit un peu certaines de nos expériences atypiques ou même des avis, des pensées que l’on a pu avoir sur telle ou telle situation.

Peter : Cet album n’est vraiment pas un produit individualiste, c’est le résultat d’un travail collectif sur tous les points.

LVP : C’est un peu difficile de définir votre musique avec un seul genre, car les morceaux oscillent entre quelque chose de parfois psyché, parfois punk et bien plus encore. Comment faites-vous pour garder une ligne directrice alors ?

Pottery : C’est simple, il n’y a pas de ligne directrice.

Austin : C’est notre règle de base.

Paul : Et d’ailleurs, quand tu écouteras le nouvel album, tu te rendras compte qu’il n’y aura pas vraiment de rationalité dans l’ensemble, dans le sens où ce ne sera pas arrangé de façon ordinaire, que ce soit dans la composition, notre processus d’écriture, notre éclectisme des genres… Ça part un peu dans tous les sens. En tant que groupe, on essaie vraiment pas de se tenir à une seule et unique image, on essaie juste de profiter, de s’amuser et faire de la musique. Tu vois, en été tu es de bonne humeur et tout est parfait donc tu te mets à écrire certaines choses ; alors qu’en hiver, c’est différent par exemple. Tu ne peux jamais rester fidèle à un seul et même style.

Jacob : On est aussi tous très différents quant à nos goûts musicaux, donc nos influences ne suivent pas forcément.

Peter : Il y a aussi quelques écarts dans nos âges, et ce qu’on a pu écouter plus jeunes joue un rôle majeur dans la façon dont on perçoit la musique aujourd’hui.

LVP : Quand vous avez composé votre EP, est-ce que vous avez pensé à la façon dont les morceaux devraient être joués sur scène ? Car il faut reconnaître que vos concerts sont toujours assez énergiques, il y a aussi une réelle cohésion entre vous cinq.

Austin : On a volontairement enregistré No.1 en live, de manière brute. On a tout pris sur cassette et on en a fait cet EP.

Jacob : Quand on joue, on est toujours en train de se regarder les uns les autres et ça transmet une vraie énergie.

Peter : On voulait vraiment garder et transmettre la même fougue que l’on a sur scène.

Jacob : Et puis on est un super bon groupe live ! (rires)

LVP : Votre morceau Lady Solinas s’appuie sur le différend qu’il y a eu entre Valerie Solanas et Andy Warhol et mentionne également la pression liée au métier d’artiste. Je me demandais alors si, en tant que musiciens, vous ressentiez une quelconque forme de pression de la part de l’industrie musicale, des attentes du public etc. ?

Austin : Non, du tout et je pense qu’on s’en sort plutôt bien par rapport à ça, on essaie de ne pas être trop stressés et de vraiment profiter au maximum de chaque instant. Et je pense que ça serait mauvais signe pour le label si on ressentait une quelconque forme de pression. Après on n’a pas choisi d’être musicien pour vivre constamment sans relâche ni sérieux, mais il faut reconnaître que c’est bien plus agréable qu’un emploi banal.

LVP : OK, merci pour l’interview !

Pottery : Merci à toi, c’était cool !