Rencontre avec Blaise Bandini : exode intérieur

Tu fais tourner ?
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On a rencontré Blaise Bandini, le poulain de l’écurie lilloise Enlace Records pour se murmurer à l’oreille des infos sur son prochain EP.

La Vague Parallèle : Salut Blaise, merci de nous recevoir à quelques semaines de la sortie de ton 3ème EP. Il s’appelle Exode, et la question qu’on se pose d’entrée de jeu c’est de savoir ce que tu définis par le mot Exode?

Blaise Bandini : On connait tous le sens littéral du mot bien sûr, ce mouvement de population dû à des conditions de vie déplorables. Mais je ne suis pas le plus indiqué pour faire de la politique, à mon sens un exode peut tout autant être intérieur. C’est pour moi un moyen d’échapper à sa condition, aux stéréotypes en tous genres qui nous octroient sans cesse des cases qu’on est censé remplir, comme de simples fonctions.

LVP : C’est, en somme, un besoin de mouvement perpétuel j’imagine. Et selon toi, quand a eu lieu ton premier exode, ce besoin de renouvellement?

BB : Oui, c’est une espèce de révolte nourricière. On en revient à ce mouvement perpétuel. C’est un besoin, et une force je crois. Mon exode a eu lieu il y a peu de temps : j’ai décidé de quitter mon domaine de prédilection, la science, pour me consacrer à la musique pleinement.

LVP : On dirait que tu as bien mûri le sujet, comme si tu avais trouvé ton exode idéal en quelque sorte. Il ressemble à quoi cet exode idéal ?

BB : Je pense qu’il faut sans cesse ouvrir le champ des possibles, se questionner régulièrement sur sa situation actuelle, comment l’améliorer, et surtout penser l’instant présent de la manière la plus métaphysique possible. Jouir sans cesse de ce moment.

LVP : On sent justement un grand changement dans ta manière de produire. Exode ne ressemble en rien à ce que tu as pu présenter par le passé. On sent vraiment que tu y as passé du temps.

BB : Ça a pris à peu près une année à vrai dire. Le processus a vraiment été différent, oui. J’ai vraiment cherché à apporter une nouvelle dimension dans les morceaux, plus de profondeur, plus de matière.

LVP : Tu as douté par moments? Je le ressens comme l’EP de la maturité, bordel ce que j’ai horreur de ce mot.

BB : J’ai muri wesh ! Ça pourrait être le titre de mon EP.

LVP : Ou de l’interview ! Des doutes donc ?

BB : Evidemment, de grosses périodes de doute. C’est ce qui compose aussi l’EP, les difficultés, le questionnement.

LVP : Parlons en de la composition, 4 morceaux donc, ‘The Jungle’, ‘Exode’, ‘Samsara’ et ‘Vallecas’. On sent qu’ils sont tous porteurs d’un message, d’une conviction. ‘The Jungle’ fait référence à Calais et aux migrants, et si on le sait le morceau prend une toute autre ampleur. C’est quelque chose qui te touche au point d’en faire un morceau?

BB : Je n’y ai pas forcément pensé en le produisant, mais étant originaire de Calais, et y habitant pendant la production ça a été une évidence. C’est incroyable ce qu’il se passe là-bas, les pires bidonvilles du monde n’y ressemblent même pas. Et c’est en France, chez nous, que ça se passe !

LVP : Oui, Loup Blaster, une artiste originaire de Calais comme toi a fait une très belle série de dessins sur la jungle justement. On sent que c’est un terrain d’expression pour les artistes, sans chercher a politiser leur message comme tu le disais tout à l’heure. ‘Samsara’, c’est le cycle des renaissances bouddhistes. Pourquoi y avoir apposé ce vocal de Juan Atkins?

BB : Il a toujours cherché à se renouveler dans ses productions, on peut entendre “pushing myself and growing up”, et c’est cette façon de faire de la musique, la sensibilité et l’esthétique qui s’en dégage, qui me parle. Je me reconnais dans son approche, l’album en collaboration avec Moritz von Oswald m’a beaucoup influencé.

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Photo par Loup Blaster à Calais

LVP : Exode, le morceau titre! Quel pari d’en faire un morceau breaké comme ça !

BB : Oui je pense que la meilleure chose à faire et de tenter des choses, repousser les limites de ce qui est acceptable et ne jamais laisser tomber une idée avant de l’avoir essayée.

LVP : En faire le morceau titre lui évite d’être le morceau oublié, le face B. Tu en as fait le noyau autour duquel s’articule tout ton EP! Et ‘Vallecas’ alors, on se demande pourquoi mettre à l’honneur un quartier de Madrid dans un sujet comme l’exode?

BB : J’ai passé un week-end à Madrid l’année dernière, un week-end totalement festif. J’ai terminé dans un after à Vallecas justement. Et pour la 5ème fois du week-end j’ai entendu ‘Trommer Og Bass’ d’Andre Bratten. Le temps s’est distordu, c’était infini. Et beau aussi. Mon morceau ne ressemble pas tellement à celui de Bratten mais j’ai voulu mettre en exergue cette notion de perte des dimensions de temps ou d’espace. Un exode à sa manière encore une fois.

LVP : Merci beaucoup Blaise pour tes réponses, on rappelle que ton EP sort le 29 janvier chez Enlace Records

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