Rencontre avec Canblaster, l’homme pour qui la musique est un jeu

Tu fais tourner ?
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Parce qu’à plusieurs la fête est plus folle La Vague Parallèle s’est associée au collectif The BanKers et est allée à la rencontre de Canblaster, invité d’ « Equinoxe », nouvelle date du festival Elektricity.Canblaster_2013

Silhouette frêle à la voix grave, le poulain de Club Cheval s’est également imposé en solo avec son nouvel E.P, « Infinite », l’occasion pour nous d’apprendre à le connaître avant d’aller danser avec lui au son de ses platines.

LVP/ The BanKers : Hello, tu peux te présenter en quelques mots ?

Canblaster : Oui, je suis Canblaster, je suis membre du Club Cheval, signé chez Bromance, le label de Brodinski et en solo je suis signé sur Marble, le label de Surkin, Para One et Bobmo.

LVP/ The BanKers : Tu as commencé la musique en jouant du piano au conservatoire puis tu as été attiré par l’électro en jouant aux jeux vidéos. Comment on passe du statut de « nerd » accro aux jeux vidéos à celui d’artiste en pleine ascension et qui s’apprête à jouer à Miami dans quelques jours ?

Canblaster : Dans ma tête, l’enseignement classique et l’électro étaient séparés, mais lorsque j’ai été confronté aux jeux vidéos de musique et à cette possibilité de créer tout ça s’est un peu rejoint. C’est surtout la Team Bemani (Konami, responsables de PES, Metal Gear Solid …) qui m’a poussé vers l’électro, les mecs faisaient des jeux où tu devais taper en rythme sur des touches pour rejouer des sons, et ça m’a donné très tôt conscience de la décomposition de la musique, le fait qu’une chanson ce n’est ni plus ni moins qu’un ensemble de sons emboîtés les uns aux autres. Je réécoutais en boucle mes vieux disques pour essayer de comprendre comment ils étaient faits.

Tout part de la musique, lorsque j’étais un « nerd » comme tu dis, je faisais de la musique pour vingt personnes qui appuyaient sur des boutons à l’autre bout du monde, et puis je suis passé dans des petits clubs dans des caves à Lille (le Supermarket où Club Cheval a beaucoup fait ses armes, fermé depuis), puis après au Social Club, puis finalement dans des plus grandes salles autre part dans le monde : la musique tu la fais en fonction de l’endroit où tu vas la jouer, et ce que tu as envie de dire aux gens qui vont se retrouver en face de toi.

LVP/ The BanKers : Et comment est ce que tu penses la relation Club Cheval/ Canblaster : est ce que ton travail solo c’est un travail de recherches pour le groupe ou inversement : qu’est ce qui prime ?

Canblaster : A la base Club Cheval, ce n’était pas le groupe qui existe depuis deux ans et dont on finit en ce moment l’album. C’est un double sens ce mot « club » et d’ailleurs, à la base, on ne faisait pas que de la musique de club, Club Cheval était une entité beaucoup plus large que nous 4, nous étions un Club au sens Club de réflexion, il y avait des groupes de rock, des mecs qui faisaient des visuels, on se donnait rendez-vous autour d’une table et on discutait de ce qu’on faisait.

Et je pense que cet esprit est toujours autour du groupe aujourd’hui, même si les graphistes et les guitares ont disparu depuis longtemps pour ne laisser que nous 4, il y a des gens qui gravitent autour de notre sphère, producteurs, chanteurs, personnes avec qui ont peut avoir de vrais échanges et qu’on pourrait considérer comme des “membres du Club”

LVP/ The BanKers : Ok pour le mot Club mais pourquoi Cheval ?

Canblaster : Parce que c’est beau et que c’est un animal rythmé.

LVP/ The BanKers  Ton dernier E.P en solo est une petite bombe : à quand ton premier album et comment tu l’imagines ?

Canblaster : Merci ! Je veux faire quelques E.P encore avant les albums. Je vois ce que c’est que de faire un album et je n’ai pas envie de faire d’album techno comme il y en a pu en avoir chez des artistes français comme récemment French Fries ou Gesaffelstein, où il n’y a pas de voix, beaucoup d’ambiances. Je veux être entre ça et l’album que l’on va faire pour Club Cheval qui est moins club et plus pop.

LVP/ The BanKers : Avec qui tu aimerais travailler ? Personnellement, je te verrais bien avec Cashmere Cat …

Canblaster : Là, pas pour l’album mais pour des mix à côté, j’étais en studio avec Lido, qui fait justement des claviers avec Cashmere Cat, et qui est un peu le nouveau protégé de Pelican Fly. Cashmere Cat je le connais un peu, il était passé au Studio Club Cheval à l’époque où j’avais fait le remix  de « Kiss Kiss » avec Ed Banger. Tous ces mecs sont hyper forts en clavier, hyper intéressants et ont une bonne vision de la musique. Ils ont posé une vraie pierre à l’édifice, ils sont un peu à Soundcloud ce que Justice étaient à Myspace il y a 5 ans, ils ont défini le son de cet univers.

Mais je ne sais pas si je voudrais travailler avec d’autres producteurs, je préfère travailler avec des chanteurs ou des personnes avec lesquelles je peux avoir des vrais échanges ; après je suis open, j’adore bosser avec plein de monde et de façon différente !

LVP/ The BanKers : Comment est ce que tu travailles est ce que tu pars d’une mélodie que tu as envie de développer ou est ce que tu as plusieurs associations de sons que tu aimes et que tu tentes d’accorder ensemble ?

Canblaster : J’aime bien partir de concepts simples et larges quand je bosse sur un E.P. Par exemple l’amour, même si ce n’est pas dit comme ça, pour « Infinite », le temps pour « Clockworks », mon E.P d’avant ou la spatialisation sonore pour « Totem ». Plus le thème de base est simple, plus on peut pousser loin.

En ce moment par exemple, je bosse sur deux-trois E.P sur des thèmes différents, et dès qu’il y a un truc, une musique, une idée, une suite d’accords qui se rapporte à ça je le note. C’est plutôt réfléchi à la manière de « qu’est ce qui peut s’articuler autour de telle idée », que ce soit une mélodie, une suite d’accords … je pense qu’en me mettant des formes de barrières, qui ne sont pas des barrières de style du genre “il faut que je fasse de la deep-house, de la trap” ou je ne sais quoi, je préfère me dire que je vais faire une track sur la 3D dans le son par exemple…

LVP/ The BanKers : Tu penses rester dans le monde de l’électro ? Tu es jeune, tu as appris le piano au conservatoire et le remix que tu nous a offert à Noël à des allures très jazzy : ça ne te manque pas un peu tout ça ?

Canblaster : Le concept de ce « mix »… je dis trop ce mot ! Le concept de ce « mix » c’était de mixer des tracks de piano entre elles mais de la même manière qu’on mixerait des tracks de club, c’est à dire avec des liaisons, un travail sur la manière dont elles se mélangent. Je viens de l’électro, plus jeune j’écoutais les Daft Punk, Cassius, Basement Jaxx, Prodigy ou les Chemical Brothers et je resterai très longtemps attaché à ce côté électronique ; même les pianistes que je préfère sont les Sakamoto, les Herbie Hancock, les gens qui ont une réflexion sur la rencontre de la technologie et du piano.

LVP/ The BanKers : Comment s’est passé ta rencontre avec Bromance ?

Canblaster : Brodinski venait de finir de travailler avec Yuksek il cherchait des artistes frais avec qui bosser, moi je venais d’arriver sur Paris. Ils m’ont appelé mais c’était trop techno pour moi ce qu’ils faisaient donc au début j’ai refusé. Puis on s’est revus dans le cadre de Club Cheval et j’ai commencé à bosser avec lui et maintenant c’est Myd qui a repris le lead avec Brodinski et l’alchimie est parfaite, Myd est mille fois mieux qualifié que moi pour ce truc techno-rap, ils sont arrivés au stade où quand ils bossent en studio leurs deux cerveaux sont fusionnés.

LVP/ The BanKers : Où en est l’album  de Club Cheval ?

Canblaster : Je pars après-demain à Miami avec dj Kore pour enregistrer les derniers couplets de l’album avec notre chanteur. L’album est censé être fini dans deux mois depuis un an et demi et pour la première fois j’ai l’impression que c’est vraiment possible que cet album sans fin soit fini dans deux mois.

LVP/ The BanKers : La compil’ Marble saison 2 ce sera quoi ?

Canblaster : Pour la saison 2 on s’est dit qu’on ferait beaucoup de featuring, moi j’ai commencé un E.P avec Surkin, Myd a commencé un E.P avec Para One et on va essayer de croiser tout ça. On n’est pas dans le délire compil’ on veut plutôt faire des maxi qui appuient une idée de crew, où on fait tous du son les uns avec les autres.

LVP/ The BanKers : Ton meilleur souvenir de live ?

Canblaster : Le nouvel an à Tokyo, Surkin mixait juste avant moi au Vision et il avait fini son set de manière un peu rapide et j’ai décidé de rester rapide et de pitcher tous mes morceaux, comme c’était au Japon je pouvais faire des mix un peu plus bizarres et j’ai fait un mix de grosse techno avec du « Firestater » de Prodigy, « Superheroes » de Daft Punk, des espèces de mix de vieux morceaux que j’adorais quand j’étais jeune et de trucs plus modernes mais je me suis vraiment fait plaisir sur ce set. C’était un moment important !

CanblasterLVP/ The BanKers : Tu travailles beaucoup au Japon ? ça change quoi par rapport à ton travail en France ?

Canblaster : Oui, on est en train de produire une chanteuse là-bas. Pour moi l’intérêt de notre métier c’est justement le changement, en fonction de l’endroit où tu es et de la vibe tu ne joues pas de la même façon et c’est ça qui est cool. C’est particulièrement vrai pour Club Cheval je peux me retrouver dans des situations où je mixe dans une petite salle sombre à Londres et le lendemain dans un gros festival avec Gesaffelstein et la team Bromance. C’est ça le gros intérêt du truc qui fait qu’on ne s’ennuie pas. Il y a des trucs que je me permets là-bas que je ne me permets pas ici et inversement, tu sais ce qui marche mieux ou moins bien en fonction de tel où tel endroit, j’adore penser mes mix en fonction de l’endroit où je joue.

LVP/ The BanKers : Tu peux nous citer tes trois grands derniers traumatismes musicaux ?

Canblaster : The Beach Boys – Put your head on my shoulder. Je ne captais pas trop le “génie” de Brian Wilson avant, maintenant c’est clair et net, le type est hyper loin.

Je vais essayer de prendre un truc pas trop ringard pour le deuxième, laisse-moi regarder mes derniers trucs écoutés …

Joker – in the Bar, c’est un mec qui a fait un album comme une B.O de Sonic avec la pochette et tout, c’est super bien fait !

(Il nous fait écouter le son et commence à danser)

… et Eldorado Sunrise (Super Chicken) de Cee-Lo Green. L’album entier (Cee-Lo Green and his perfect imperfection) défonce, c’est Sam Tiba qui me l’a montré.