Cocoon : " À chaque album je me dis que c'est le dernier Cocoon"

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

On avait rencontré Mark Daumail il y a quelques mois déjà pour parler du dernier album de Cocoon, Woodfire, paru en septembre dernier. Retour sur la réalisation de ce dernier opus, quelques jours avant que Cocoon ne s’empare de la scène du Trianon ce mercredi 22 janvier ! 

La Vague Parallèle : Salut Mark ! Pour cette première rencontre, comment parler de Cocoon sans évoquer le succès de Chupee ? (Qui a d’ailleurs été ma toute première reprise de concerts en groupe quand j’étais ado ! (rires)) 

Mark Daumail : C’est ouf, il y a plein de gens qui me disent ça ! (rires)

LVP : Que penses-tu de ce tube 12 ans après ? 

Mark : C’est vrai que ça date, je sens qu’on me parle comme à un artiste plus installé maintenant. Avoir un tube sur son premier album c’est dingue, où que j’aille dans le monde les gens la connaissent. Je l’entends encore parfois dans des bars à l’étranger, c’est vraiment fou. Elle est sorti à l’époque où les synchro de pubs ont explosées aussi et elle avait été beaucoup synchronisée ! Une petite anecdote sur Chupee : c’est finalement une chanson qui parle de sexe. Je l’avais écrit quand j’avais 18-19 ans, après une de mes premières petites copines et j’avais voulu en faire une chanson. Personne ne s’en est jamais vraiment rendu compte mais maintenant je le dis ! (rires)

LVP : Tu l’avais écrit seul ? 

Mark : Oui j’ai toujours tout écrit. Morgane m’accompagnait au début, sur les deux premiers albums, mais Cocoon existait déjà avant elle. Maintenant je m’entoure d’autres filles car j’aime beaucoup le mélange de ma voix avec les voix féminines.

LVP : Quelles ont été les raisons de cette séparation avec Morgane ? 

Mark : En fait ça a cartonné, on a vendu plusieurs centaines de milliers d’albums, on a tourné dans le monde entier. J’ai senti que pour Morgane c’était devenu trop gros et on était plus sur les mêmes vibes, on était toujours amis et on l’est toujours aujourd’hui mais on avait d’autres aspirations. Je pense qu’elle voulait plutôt se concentrer sur ses projets à elle. Je l’ai vu sortir de gros festivals pas très bien, elle me parlait de plus en plus de son envie de retourner en Auvergne jouer dans des petits clubs, alors qu’au contraire je voulais pas me mettre de freins et plutôt faire de la musique populaire ! A cette période, j’ai aussi commencé à réaliser des disques pour d’autres artistes, on m’a proposé de faire un album pour Stephan Eicher qui faisait son grand retour par exemple. J’ai construit mon studio, je suis parti de Paris, j’ai même sorti un album solo car je voulais faire de l’électro… Enfin voilà, on a profité de la fin de tournée de Where The Oceans End pour faire une pause et pour qu’on puisse chacun faire nos projets perso. Ensuite j’ai fait Welcome Home, le troisième Cocoon. Bien sûr j’ai tout de suite appelé Morgane pour lui demander si elle voulait reprendre mais elle n’a pas voulu. Finalement j’ai grave kiffé le faire avec d’autres gens, ça m’a donné un nouveau souffle d’où maintenant la suite, je continue à faire Cocoon avec de nouvelles personnes et c’est vraiment cool !

LVP : Trois ans se sont écoulés avant la sortie de ce dernier album ?

Mark : Oui pour moi un album c’est deux ou trois ans. En fait, je voyage beaucoup pour mes albums, pour celui là je suis parti en Californie et à Los Angeles où j’y ait fait 90% des chansons, du moins l’écriture; puis la Norvège et la Toscane pour I Got You. Arrivé chez moi à Bordeaux, il a fallu faire un gros tri car j’avais environ 25 morceaux à la base.

LVP : Quelles ont été tes inspirations pour cet album mis à part les voyages ? Tu développes toujours un univers autour de tes albums, comment interpréter celui de Woodfire

Mark : J’ai fait l’album précédent, Welcome Home, pour la naissance de mon fils, celui-ci je l’ai fait pour ma copine. Je voulais parler du couple en faisant une analogie avec un feu de bois que tu dois entretenir, alimenter de bûches… Je suis avec ma femme depuis 10 ans maintenant et comme dans tous les couples c’est du travail parfois, il faut beaucoup d’attention, on évolue, on progresse, parfois on régresse. Notre histoire est une super source d’inspiration que j’avais sous les yeux, je m’en suis donc servi.

LVP : Est-ce qu’un artiste t’inspires plus qu’un autre ?

Mark : Plein d’artistes m’inspirent ! Disons que j’ai une grosse claque par an. Pendant Welcome Home j’ai découvert un artiste qui s’appelle Sufjan Stevens avec un album qui s’appelle Carrie & Lowel qui m’a complètement bouleversé. Sinon cette année par exemple, j’ai adoré Wampire Weekend, Ariana Grande, PNL aussi … j’écoute un peu de tout. Au final, je fais une musique qui correspond à ma voix et à ma sensibilité mais j’écoute pas beaucoup de folk.

LVP : Comment te sers-tu de ces inspirations pour nourrir ta musique du coup ?

Mark : J’écoute vraiment tout ce qui sort pour m’intéresser à ce que les gens aiment en ce moment, mais aussi plein de choses plus vieilles.

LVP : Ton avis sur la folk ?

Mark : En tout cas de la génération avec laquelle j’ai démarré, Moriarty, The Do, Yael Naim etc, c’est fou d’avoir survécu. Cocoon ça va faire 12 ans, j’ai l’impression d’être un survivant ! Et c’est intéressant, j’ai toujours essayé de m’adapter aussi aux sons du moment parce que j’aime ça, j’adore la pop. Dans ce dernier album j’ai vraiment essayé de mettre des éléments qui viennent d’ailleurs comme des sons un peu hip hop, après tout ça reste quand même autour de la guitare acoustique.

LVP : Quelle est la place de la guitare acoustique pour toi à l’heure où les synthétiseurs font leur grand retour ?

Mark : C’est marrant car j’ai vendu tous les miens, il ne m’en reste plus que deux à la maison. J’avais des tonnes de synthés et de guitares électriques, j’avais amassé pas mal de matos au fil des années et puis je me suis rendu compte que je me servais toujours d’une seule guitare et d’un clavier quoi, j’ai donc tout vendu et ça m’a fait du bien. J’ai fait tout l’album avec ces deux trucs et une boîte à rythme.

LVP : Comment te vois-tu dans trois ans ?

Mark : J’en sais rien, à chaque album je me dis que c’est le dernier Cocoon car je me demande qui a encore envie d’écouter ça aujourd’hui et finalement je me rends compte qu’il y a encore du public pour ça. (rires) Et puis c’est moi, j’ai besoin de sortir des trucs, j’aimerais vraiment faire une belle tournée avec cet album, que les gens retrouvent le Cocoon qu’ils aiment. Maintenant j’aime aussi beaucoup réaliser des albums pour les autres, même si ce sont des choses très éloignées de ce que je fais moi, j’adore aider les artistes. Je fais environ 2 à 3 albums par an et j’adore faire ça car je me rends compte que chaque artiste est différent.

LVP : C’est un peu comme l’acteur de cinéma qui se met dans la peau de son personnage ?

Mark : Oui c’est ça et en plus il faut faire en sorte qu’il apparaisse plus beau qu’il ne l’est en réalité. Le rôle d’un réal c’est de mettre les artistes en valeur. Donc voilà, je passe la moitié de mon temps à faire du travail pour les autres, c’est peut être pour ça que l’album a mis 3 ans à se faire aussi. (rires)

LVP : Comment choisis-tu les voix féminines pour tes duos ?

Mark : Maintenant j’adore chercher quelle femme va chanter sur quelle chanson. Celle qui chante sur Back to one s’appelle Clou, c’est une artiste que j’ai découvert sur Instagram, elle sort son premier album bientôt qui est d’ailleurs réalisé par Dan de The Do, une merveille cet album et je pense qu’elle va faire beaucoup parler d’elle, elle a une voix incroyable je trouve ! Après il y a Lola Marsh, qui est un groupe de chez Barclay comme moi. C’est un duo israélien qui vit à Tel Aviv. Yael, la chanteuse, chante sur I Got You et a une voix vraiment particulière que j’adore !

LVP : C’est vrai qu’elle a une voix plutôt grave, ce qui change des voix que tu choisis d’habitude qui sont plus fluettes !

Mark : Oui j’adore les voix fluettes à la base c’est vraiment mon truc. Et du coup c’est moi qui prend cette voix un peu fluette dans I Got You. (rires) Il y a aussi une fille qui s’appelle Owlle, qui vient plutôt du milieu de la mode et de l’électro, elle est adorable et extraordinaire, je l’ai rencontré dans un camp à Los Angeles, on est devenu tout de suite très copains, on a fait Ashes ensemble !

 

LVP : Tu ne conserves pas tes duos d’un album à l’autre ? Par exemple tu avais fait chanter Théa sur plusieurs titres de Welcome Home, pourquoi pas sur cet album ?

Mark : Théa est une bordelaise que j’ai découvert, j’avais une émission sur Radio Campus qui s’appelle “Melancolia” où je passais de la musique triste et elle faisait une émission sur la disco juste après mois il me semble. Elle m’avait fait écouter une maquette et j’ai trouvé sa voix vraiment intéressante, je lui ait fait faire quatre chansons de Welcome Home, elle a un vrai talent je pense qu’elle fera parler d’elle aussi je me fait pas de soucis. Pour cet album j’avais pas la place tout simplement, j’aime bien changer tout le temps de voix d’un album à l’autre, j’ai une liste de gens avec qui j’aimerais faire des duos.

LVP : Des duos essentiellement féminins ? 

Mark : J’ai fait un duo avec un mec sur l’album d’avant, qui s’appelle Matthew E.White, qui vient de Virginie et qui a une voix très grave. Mais en effet sur cet album qui parle du couple, j’ai fait essentiellement des duos femme / homme vu que je suis hétéro, mais c’est vrai que j’aurais pu très bien faire un duo avec un mec aussi !

LVP : Comment tu sens le retour du public ? 

Mark : L’environnement est vraiment cool, on a eu des grosses radios sur Back To One et ça on ne l’avait pas eu sur l’album d’avant donc ça change pas mal de trucs.

LVP : En parlant de Back To One, c’est la première fois que tu fais une version française d’un titre ? 

Mark : Oui et ça a beaucoup aidé. Je me suis dit que ça pouvait être interessant vu que j’invitais Clou, une française. Je lui ai donc demandé de me proposer une version française, Christine and the Queens fait aussi les deux et c’est plutôt cool. Je la sentais bien et j’ai adoré le texte qu’elle a fait donc on a sorti les deux versions. J’ai aussi énormément écouté de chansons françaises ces derniers temps alors que je n’en écoutais pas avant, le français revient beaucoup, il y a plein d’artistes super de Juliette Armanet à Angèle, je me suis dit que j’avais envie d’essayer aussi !

LVP : Et toi chanter en français ? 

Mark : Ah non vraiment je n’y arrive pas. (rires) J’ai un accent bizarre, ça ne donne pas la même voix, les accents toniques sont différents, j’ai pas le même son. C’est vraiment un truc physique ! Et surtout j’ai toujours dit que si un jour je devais faire quelque chose en français ça ne sera pas du Cocoon.

LVP : Tu veux conserver la marque Cocoon !

Mark : Oui et j’en suis fier, ça fait quand même douze ans et je chante encore en anglais. Il y a Jeanne Added ou Jain aussi qui y arrivent bien mais on est pas beaucoup en ce moment, c’est vraiment la mode du français.

LVP : Pour cet album il y a quand même un changement notamment sur le visuel puisque tu apparais sur ta cover cette fois !

Mark : Oui ça change complètement car avant je mettais un dessin ou autre, et pour celui là j’avais envie de changer, faire quelque chose de plus personnel, à l’image de l’album.

LVP : Plus personnel mais aussi plus abouti ? 

Mark : Non justement c’est marrant car quand je suis sorti du mastering, j’ai dit à ma copine que ce n’était pas encore l’album parfait !

LVP : Donc du coup ça ne peut pas être le dernier ? (rires)

Mark : Exactement elle m’a dit la même chose. (rires) Mais j’aimerais vraiment un jour arriver à sortir du studio et me dire que ça y est, j’ai l’album ! Après je me demande aussi si le format album est toujours interessant. Ca permet de créer un événement certes, mais je me dis que plus tard je vais peut être sortir des singles.

LVP : Pour finir, si tu devais partager d’une de tes découvertes musicales ? 

Mark : Vampire Weekend, Father of the Bride gros talent !

 

Vous l’aurez donc compris, rendez-vous ce mercredi 22 au Trianon de Paris pour redécouvrir ce quatrième album de Cocoon, l’occasion d’y découvrir également Lola Marsh qui ouvrira la soirée.