Rencontre avec Jérôme de Deportivo entre deux dates de concerts

Tu fais tourner ?
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Il y a un mois, nous faisions le rapport de leur concert à la Cigale (ICI), qui était, il faut le dire, plus que réussi. DEPORTIVO, power trio de rock français, qui a sorti son dernier album “Domino” en octobre 2013, vient de terminer la première partie d’une tournée dont toutes les dates ont affiché complet. Celle-ci reprendra le 4 avril à Nevers, au café Charbon, pour toute une série de nouveaux concerts. Si vous n’avez donc pas encore eu la chance de les voir, tout n’est pas perdu pour vous! 

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Nous avons profité de cette pause pour rencontrer Jérôme, chanteur, auteur et guitariste du groupe, dans un bar de Paris, et lui poser quelques questions.

LVP : Quels groupes t’ont donné envie de faire de la musique ? Et récemment, quels artistes t’ont tapé dans l’œil ?

Jérôme : Dès qu’on a entendu les Doors et le Velvet Underground, on a eu envie de monter un groupe. Leurs chansons nous accompagnaient partout, on a simplement eu envie de faire comme eux. Ensuite, en allant voir les concerts de groupes comme Sloy ou Les Wampas, on s’est dit que la musique et les tournées étaient définitivement les seules choses que nous voulions faire de nos vies. Récemment, j’ai beaucoup aimé le dernier album de Arcade Fire.

LVP : Quel album aurais-tu aimé écrire ?

Jérôme : J’aurais sans doute adoré écrire l’album « Catch A Fire » des Wailers qui est d’une quasi perfection, ou alors « Waiting For The Sun » des Doors. Mais il y en a beaucoup que je jalouse pour leur talent. C’est donc difficile de n’en choisir qu’un.

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                                       Jérôme, Julien et Richard

LVP : Un 5ème album de Deportivo est-il prévu ? Si oui, as-tu déjà certaines paroles ou mélodies ?

Jérôme : En ce qui concerne le 5ème album de Deportivo, il est prévu dans un coin de nos têtes. Nous avons déjà deux ou trois chansons enregistrées, qui mériteraient sans doute d’être publiées. Et deux/trois idées de côté. Nous n’avons jamais été aussi prolifiques que ces dernières années. Plus les années passent et plus je ressens une forme d’urgence à composer de nouvelles choses. Du coup, je me surprends à avoir plein d’envies différentes. Mais je suppose que, comme d’habitude, je finirai par canaliser ces envies pour simplement me concentrer sur Deportivo.

LVP : Quel est le combat idéologique de Deportivo ?

Jérôme : On n’a pas de combat à proprement parlé, si ce n’est celui d’essayer de prendre du plaisir à vivre et d’essayer de le communiquer. En ce qui concerne l’idéologie, rien de suffisamment singulier qui mériterait que l’on en parle, mais disons que s’il devait y avoir une idée entourant notre groupe, ce serait celle de rester libre de penser, faire ce que l’on souhaite et aussi celle de ne pas négliger ses rêves et ses envies.

LVP : Les trois premiers albums sont sortis chez Barclay. A l’époque, comment avez-vous été remarqués par ce notable label ?

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Jérôme : Nous nous sommes contentés d’envoyer une démo aux maisons de disques. Et quelques jours après, ils nous ont contactés. C’était une période très exaltante, et c’était très chouette de passer de l’indifférence totale à l’intérêt général des labels et des tourneurs. C’était à la fois effrayant et drôle. D’autant qu’à l’époque, dans notre région, personne ne prêtait attention à notre groupe et aucune salle de concerts ne souhaitait nous programmer, excepté la Clé à St Germain. La MJC de Bois d’Arcy avait brûlé et nous ne pouvions donc même pas jouer dans notre propre ville.

LVP : Quelle est la personne avec laquelle tu as travaillé qui t’a le plus marqué ?

Jérôme : Toutes les personnes avec lesquelles nous avons travaillé nous ont aidés à nous améliorer et nous ont apporté quelque chose, que ce soit musicalement ou humainement. Il est impossible de n’en retenir qu’une seule. Non, c’est vraiment impossible. Lorsque j’habitais à Bois d’Arcy, je me sentais à l’étroit et j’avais envie de voir le monde et surtout de rencontrer les gens. La musique nous a apporté des voyages fantastiques et beaucoup de rencontres, et tout ceci est très précieux.

LVP : Pourquoi avoir appelé votre dernier opus « Domino » ?

Jérôme : Tout d’abord parce que c’est un jeu et que nous souhaitions nous rappeler à nous mêmes que la musique doit rester un jeu. Le business autour, les injustices de cette industrie peuvent aisément te rendre amer et cynique et te faire oublier les raisons pour lesquelles tu as commencé à jouer de la musique. Ensuite, dans les dominos, il y a l’idée d’une succession d’évènements, et nous avions l’impression que cet album était, d’une certaine manière, le résultat de notre histoire récente. Pour finir, on a trouvé que ça sonnait bien et qu’en plus ça rimait avec Deportivo…

LVP : Quels artistes vous ont inspirés pour cet album ?

Jérôme : Nous sommes à un point de notre histoire où nous ne nous préoccupons que de nous. A dire vrai, on s’est rendu compte après coup qu’il y avait effectivement, dans le son, une certaine parenté avec des groupes comme les Corals ou les Doors. Mais sur le moment, hormis notre clavier qui sonnait vraiment 60’s, nous ne parlions jamais de faire comme untel ou untel. Notre référence principale était notre propre discographie.

LVP : Comment définirais-tu ce CD en trois mots ?

Jérôme : Énergique – Atmosphérique – Deportivesque

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LVP : Pourquoi être revenus à votre premier producteur, Arnaud Bascunana ?

Jérôme : Simplement parce qu’on pensait qu’il était le plus apte à réaliser cet album. Et puis, nous étions curieux de savoir ce que donnerait notre collaboration 10 ans après Parmi Eux”. On a passé de supers moments à enregistrer ce disque. C’est sans doute celui que je conseillerais d’écouter en premier si des gens étaient curieux de connaitre notre musique.

Et puis Arnaud est celui qui a enregistré nos premières démos. Sur le précédent album, nous voulions nous perdre et c’était très bien de le faire, très instructif. Il y a parmi les chansons de “Ivres Et Débutants” (ndlr: 3ème album, sorti le 7 mars 2011 et produit par Gaëtan Roussel), certaines de mes préférées. Mais cette fois, nous souhaitions retrouver un peu de ce qui faisait notre petite identité lorsque l’on a commencé, en y ajoutant ce que nous avions appris avec “Ivres Et Débutants”. Arnaud était donc l’homme parfait pour retrouver ça, puisqu’il était là au tout début.

LVP : Cédric et Vincent (guitaristes additionnels en tournée) ont-ils participé à la composition de “Domino” ?

Jérôme : Ils n’ont pas participé à la création des morceaux, mais on a invité Cédric en studio, une fois les chansons structurées et quasiment finies. On lui a laissé toute une soirée pour jouer de la guitare sur quelques titres. Parfois pour exécuter ce que nous avions en tête et parfois pour inventer ce qui lui venait spontanément. Cela dit, on a écrit un morceau sur lequel il nous semblait nécessaire d’avoir un riff de guitare en intro et Cédric a trouvé un truc que l’on adore. Je pense que cette chanson paraîtra un de ces quatre.

LVP : Comment vous êtes-vous préparés pour les sessions d’enregistrement ? Combien de temps cela vous a-t-il pris pour composer et “mettre en boîte” l’album ?

Jérôme : Traditionnellement, il y a quelques sessions de basse-batterie avant les enregistrements. On se met d’accord sur le tempo de la chanson, sur la structure (qui peut tout de même être modifiée en cours d’enregistrement) et puis on y va. L’idée est de perdre le moins de temps possible avec le basse-batterie afin de laisser du temps pour l’imprévu. De la composition jusqu’au mastering, ça nous a pris un an, il me semble.

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LVP : Avez-vous échangé les instruments comme dans le processus de composition de “Ivres Et Débutants” ? Dans l’écriture, l’un d’entre vous dessine-t-il davantage la direction ?

Jérôme : Sur les deux premiers albums, j’arrivais en répétition avec une idée de guitare/voix, puis Richard (ndlr: bassiste) et Julien (ndlr: batteur) ajoutaient leurs instruments. Voilà comment nous composions 90% du temps. Sur « Ivres Et Débutants », nous avons installé de quoi nous enregistrer dans le studio que nous occupions, et ça nous a permis d’essayer de nouvelles choses et de fonctionner différemment dans l’élaboration des chansons. Richard a participé, pour la première fois, à la composition des guitares, en plus de celle des basses, alors que Julien et moi découvrions les claviers. Tout le monde pouvait apporter une idée de morceau, en être à l’origine et utiliser l’instrument qui lui plaisait, excepté pour les paroles et les mélodies voix, que j’écris toujours seul. Sur « Domino », on a repris nos postes habituels. Mais cette fois, j’ai incité Julien à trouver et enregistrer des patterns de batterie à partir desquels je pouvais chercher, et parfois trouver un guitare/voix. Puis Julien ou moi trouvions une partie d’orgue, et parfois une ligne de basse. La moitié des morceaux de cet album sont donc nés comme ça, d’abord la batterie, et ensuite les guitare/voix. On essaie, le plus souvent possible, de trouver une nouvelle manière d’aborder la composition.

LVP : Quel morceau de “Domino” préfères-tu jouer ?

Jérôme : Je dirais que c’est “Dans Ta Chambre”, j’adore le basse-batterie que Julien et Richard ont trouvé, j’aime l’atmosphère de cette chanson. En fait, ce morceau est sans doute mon préféré de l’album avec “En Ville”.

LVP : Sens-tu les chansons évoluer tout au long de la tournée ? Vous arrive-t-il de retoucher de vieux morceaux ?

Jérôme : En général, nous sommes plus à l’aise avec les morceaux au fil des dates, mais il arrive aussi qu’à force de les jouer, on finisse par en négliger certains en pensant les maitriser, et du coup, par ne plus les jouer avec la même attention et la bonne intention. Dans ces cas-là, Yann Madec, qui s’occupe de notre son, nous le fait remarquer. Un ingé-son ne pourra jamais bien faire sonner un groupe s’il joue de travers, c’est donc souvent le premier à manifester son mécontentement. Je n’aime pas trop quand les groupes réarrangent leurs chansons. Si on en a assez d’un morceau, alors on en invente un autre ou on arrête de le jouer.

LVP : Sur la tournée, quelle date avez-vous préférée pour le moment ? Quel est le meilleur public ?

Jérôme : Il y a évidemment des concerts que l’on préfère à d’autres, mais on gardera ça pour nous. Dans l’idée, on adore évidemment que les gens crient, chantent et nous embrassent plutôt qu’ils restent figés, sans rien manifester. Mais récemment nous avons joué dans une petite ville, la salle n’était pas très remplie et les gens n’étaient pas très démonstratifs, mais ils étaient souriants et nous ont fait savoir qu’ils avaient adoré le concert. Du coup, ça reste un bon souvenir. Tant que les gens sortent de la salle avec le sourire, ça suffit largement à notre bonheur.

Retrouvez Deportivo en concert:

04/04 Nevers (58) / Café Charbon
05/04 Rambouillet (78) / Usine à Chapeau
11/04 Arras (62)/ Le Pharos
19/04 Auxonne (21) / Artempo
20/04 Passais (61) / Zikorne
26/04 St Denis de Pile (33) / L’Accordeur
03/05 Incourt (B) / Inc’rock
24/05 Champagnolles (39) / PopOppidum
28/05 Villeneuve d’Asq (59)/ Mix Cité
04/06 ou 06/06 Tours (37)/ Aucard de Tours
07/06 St Colomban (44) / Mégascène
14/06 Montoy – Flanville (57) / FMR

Merci à Jérôme Coudanne.