Royaume Vert : une parenthèse poétique et enchanteresse signée Yasmine Baïou
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Auteur·ice : Coralie Lacôte
27/05/2024

Royaume Vert : une parenthèse poétique et enchanteresse signée Yasmine Baïou

À l’heure où les mondes sensibles s’essoufflent face à une réalité de plus en plus anxiogène, la recherche de sens et d’un retour à la nature profilent un nouvel Eden. Comme un remède à l’agitation perpétuelle, Yasmine Baïou nous offre Royaume Vert, un premier single qui prend les allures d’une parenthèse enchanteresse, quelques minutes volées à un quotidien à toute vitesse.

On imagine aisément le défi qui se dessine lorsqu’il s’agit de choisir quel titre inaugurera la sortie de son premier disque. Il semblerait pourtant que Yasmine Baïou ait fait le bon choix en élisant Royaume Vert. En quelques minutes seulement, la musicienne nous présente un univers sonore et esthétique riche et singulier dont la sincérité nous touche et attise notre curiosité.

Si les projets fleurissent en nombre, rares sont ceux qui se détachent et retiennent notre attention. Loin des impératifs établis, on se réjouit donc de découvrir ici une ballade qui oscille entre la dream folk et la pop, disséminant ça et là quelques accents psyché folk. Avec joie, on se laisse séduire par un titre à l’atmosphère onirique qui initie une parenthèse contemplative. 

© Pauline Darley

Comme une main tendue, le morceau s’ouvre sur une nappe synthétique dont la douceur nous ravit. Très vite, la voix de Yasmine à son tour nous captive. Douce et profonde, c’est à travers un chant lent qu’elle déplie un voile de velours qui nous enveloppe et nous invite à la suivre dans ce voyage initiatique.

À travers ce titre, écrit et composé par la musicienne, s’éploie un monde en relief. C’est ici, dans l’attention portée aux ornementations, que jaillissent la joliesse et la subtilité qui signent l’identité de sa musique. Si les instruments sollicités sont plutôt classiques pour le style (voix, guitares, synthétiseurs, claviers, batterie et basse électriques), la multiplicité des éléments sonores donne corps au Royaume dans lequel on se plonge, figurant pour certains les éléments cités, « l’air du ruisseau » apparaissant alors sous les notes de synthé. 

“Le labyrinthe des utopies

Orchestré par l’air du ruisseau

Je devine l’odeur de l’eau

Les insectes sur ma peau”

Qu’il s’agisse des paroles ou de la mélodie, Royaume Vert ouvre l’horizon, créant ainsi l’espace et l’occasion nécessaires à la divagation. Pour autant, la subtilité du morceau tient aussi à ses contrastes. Plus qu’une simple ballade contemplative, le titre laisse transparaître un savant équilibre entre cette douceur méditative et des éléments d’appui, donnant naissance à un morceau au charme exaltant. 

Si la mélodie nous convie à la rêverie et à l’exploration de cet univers tangible, les paroles semblent elles aussi prendre la forme d’une invitation. Assumant le fantasme collectif d’un retour à nos racines, Yasmine Baïou partage à travers ce titre une ode à la nature, un chant qui embrasse l’onirisme et la beauté du monde sensible. Au devant d’un futur à choisir, ce titre nous incite à repenser notre rapport au monde établi. Dans un quotidien de plus en plus gris, c’est donc une véritable respiration qu’elle nous offre. Main dans la main, elle nous réconforte et nous guide vers un ailleurs, chemin de lumière et de possibles. « C’est donc ce chemin, ce chemin-là » qui se dessine et que l’on emprunte avec plaisir. 

Alliant grâce et mélancolie, Royaume Vert se révèle étonnamment solaire, ce que le clip qui l’accompagne ne manque pas de laisser transparaître. Plutôt qu’une simple illustration, la réalisatrice Diane Sagnier offre une nouvelle dimension à la chanson. Dès l’ouverture, le soleil inonde et contraste avec la part d’ombre humaine dont Yasmine semble être la représentation. En quelques secondes, on présage la beauté de cette savante réalisation : réussir à faire éclore instantanément la part lumineuse de la proposition musicale en révélant subtilement son message.

À l’instar de la musique, le clip n’est pas dénué de poésie. Par les procédés classiques de surimpressions et de superposition, il éveille la puissance de nos imaginaires et de la rêverie. Comme le titre, le clip nous plonge dans la nature et file la référence théologique du Jardin d’Eden. Dans la chanson, Yasmine Baïou est « chassée d’Eden », ici, elle croque la pomme qui en aura la conséquence. Si on retrouve donc disséminés quelques clins d’œil au morceau, la force de ce clip est sans doute de l’amener plus loin, transcendant de fait l’univers très établi de la chanson pour permettre de nouvelles projections. 

Dans un paysage ocre, aux allures de canyon, l’imagerie de l’ouest étasunien fait illusion. Initialement pensé comme un voyage initiatique, Royaume Vert devient ici celui d’une jument qui, rêvant de se transformer en humain, prend l’apparence de la musicienne tour à tour cow-girl et prêtresse. Jouant des surimpressions, des transitions et des allers-retours entre Yasmine et la jument, la réalisatrice siège la métamorphose et ancre ce rêve dans lequel le rapport de domination s’inverse. Ici le cheval ne foule plus le sable sous le joug du lasso mais prend les deux en mains. Ce clip fait donc voyager oui, mais nous invite aussi à nous questionner. Qu’il s’agisse de l’animal dompté ou de l’humain·e soumis·e, il infuse l’envie de (re)devenir libre.

Si on pousse peut-être loin l’interprétation réflexive, il n’en reste pas moins que Royaume Vert s’avère être un écrin de douceur et de poésie qui nous séduit et panse nos cœurs. Par les artifices de l’onirisme, Yasmine avive le fantasme d’un retour à la nature et nous donne par la même envie de faire le choix du concret, du vivant, du sensible. Sans nul doute, ce premier titre prédit une suite pleine de surprises. Pour ça, il nous tarde donc que l’automne et la sortie de son premier EP arrivent. Voici une prédiction à suivre.

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