The National : synesthésie

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Huitième perle enfilée au collier The National. Ce 17 Mai, I Am Easy To Find a succédé à Sleep Well Beast, autre précieux décoré du phonographe d’or en sa qualité de meilleur album de musique alternative 2017. L’attente était donc grande. Une semaine qu’il berce nos jours et nos nuits. Une semaine que nous tentons de trouver les mots justes. Enfin, une semaine que nous inspectons méticuleusement chaque facette de ce diamant brut.

Parmi les pierres les plus chéries que la nature ait portées, il y a le diamant. I Am Easy To Find est l’un d’entre eux. Composé de deux faces, sur l’une résonne une soixantaine de minutes mélodieuse, dans l’autre se reflète un court poème cinématographique. Pourtant, une seule lueur émane du caillou et choisit de cibler en un même faisceau la beauté de l’être humain ; son corps, son cœur, son âme, ses forces et ses failles. Qu’est devenue cette créature aujourd’hui ?

La première tête à penser la roche fut celle de Mike Mills. Réalisateur, scénariste et graphiste, spécialiste des belles parures sur grand écran, 20th Century Women ou Beginners. L’homme rythmait déjà le cœur de ses futurs compères lorsque Matt Berninger lut sa requête. Il souhaiterait mettre en image quelque chose. Alors, nulle hésitation, les deux prochaines années se vivront sous les lanternes des studios.

Le fameux atelier de Long Pond, Paris, Berlin, Cincinnati, Austin, Dublin, Brooklyn. Le son du cristal se façonne. L’éclat adopte les teintes nuancées des quelques timbres féminins, longtemps convoitées par nos joailliers. Ainsi, Gail Ann Dorsey, Lisa Hannigan, Sharon Van Etten, Mina Tindle, Kate Stables (This Is The Kit), le Brooklyn Youth Chorus se succèdent face à la membrane microphonique. Pas un seul des seize titres n’échappe à leur radiance et aucun ne les condamne au second plan. Ces voix animent le bijou, lui confèrent robustesse. Souvent légères et pures, parfois chaudes et granuleuses ; un sublime alliage soutenu par le baryton familier de Matt. Tous le taillent à coup de dialogues, passionnés, intérieurs, en un roc assez tranchant pour incruster le propos dans les poitrines les plus rudes.

« Time has come now to stop being human.

Time to find a new creature to be. »

Brillance et velours habillent les fréquences pianistiques. S’ajoutent cordes envoûtantes, battements incisifs, parasites synthétiques, sillonnant habilement l’étroit chemin où se côtoient rock et néo-classicisme. De cette symphonie, nous retenons Oblivions. Peut-être parce qu’aux tintements de chaque coup de caisse claire, à chaque intonation, ce fragment nous rappelle les danses de la fabuleuse Alicia Vikander, sur qui le temps semble glisser au cours de son destin monochrome. Puis, I Am Easy To find. À point nommé, le sable cesse de s’égrainer dans l’entonnoir de verre nous autorisant la réflexion. Une trêve, un peu comme un miroir dans lequel se réverbèrent nos illustres passages à vide. « How long have we been here ? », murmurent-ils. Prolongé par une minute de chants angéliques, c’était Her Father In The Pool.

Finalement, du savoir-faire des orfèvres The National x Mike Mills résultent des mélodies dramatiques, cependant toujours traversées par un élan d’espoir, auprès desquelles nous aimons nous blottir.

The National jouera sous le soleil européen de juillet à août, avant de revenir pour l’automne. Par ici les infos.