The OOZ : Chute libre dans les abîmes du Roi Krule

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King is back! Et qui dit retour du jeune prodige dit forcément grande claque musicale. La pépite british qu’on ne présente plus revient enfin, quatre ans après sa première merveille 6 Feet Beneath The Moon. Quatre années qu’il n’a pas manqué de marquer par des collaborations remarquables, efficaces amuse-bouches avant la véritable bombe qu’il confectionnait avec soin pendant tout ce temps. The OOZ, un concentré de noirceur artistiquement modelé sous la forme de dix-neuf miroirs sur les rapports du jeune Archy Ivan Marshall avec la société, la drogue, le sexe et – plus profondément – avec lui-même. Rien que ça.

Que les bienveillantes touches bleutées et rosées de la très esthétique pochette ne vous trompent pas : l’album est noir, noir foncé. On s’y plonge comme dans un maelström de douleur qui fait du bien, dans lequel on pataugerait volontiers pendant des heures tellement les ténèbres du Zoo Kid sonnent juste. Une sombritude qui lui est propre et qui – tout comme lui – a évolué au fil du temps: plus mature, plus calibrée et plus dure encore, s’écoulant sur chaque titre de cette oeuvre qui se veut la plus exploratrice possible des capacités musicales du rêveur. Marshall rape, chante, crie et susurre parfois avec pugnacité mais toujours avec passion, gueule la haine comme on déclare l’amour.

Inutile de préciser que le voyage est complet, éclectique, orchestré minutieusement au gré des émotions. Ainsi, cette véritable autobiographie musicale vacille entre la douceur macabre et l’exaltation rythmée, passe d’une facette de l’artiste  à une autre sans crier gare. Les premières secondes annoncent la couleur, et – une fois encore – elle sera noire. Biscuit Town fait référence à l’abaissement le plus profond, la charnière entre le fond et ce qui pourrait se trouver dessous. Il pousse sa descente aux enfers dans ses retranchements, ne lui octroyant aucune ascension. L’ensemble des titres dégage une pure toxicité et nos coeurs masochistes ne peuvent s’empêcher d’accrocher. Logos est le ticket sans retour vers un ailleurs de moelleuse rêvasserie confortable aux antipodes du complexe (A Slide In) New Drugs et son outro cauchemardesque qui ne laisse pas de marbre. La poésie trouve aussi sa place sur l’oeuvre avec Bermondsey Bosom qui se décline en une version (Right) et une (Left) aux accents britanniques pour l’une et hispaniques pour l’autre. Sur ces spoken words, on reconnaît une description peu joviale du génie. L’envol vers le coaltar est inévitable par la mélancolie des brillants The Locomotive, Czech OneLonely Blue ou encore La Lune qui vient magistralement signer la fin du roman passionnant et passionnel qui vient d’être conté. Contrastent alors avec fougue les électriques Dum SurferHalf Man Half Shark, Vidual ou encore l’impétueux Emergency Blimp, nous rappelant avec nostalgie la fièvre incandescente que procure encore Easy Easy à chaque écoute.

                                            

Dans Biscuit Town, c’est à coups de “You’re shallow waters, I’m the deep seabed” que le visionnaire souligne sa prise de position entre un certain “je” transcendant et un “vous” illusoire, s’auto-localisant dans une autre réalité, entre la lune et la terre. En termes d’égocentrisme, il n’a de leçon à recevoir de personne. Même pas de la part du Kanye West, duquel il aurait envoyé valser une proposition de collaboration. Ici, il n’est pas question d’association artistique pour créer l’événement, mais bien d’accompagnement solide, musical et fructueux. En résulte l’intervention envoûtante de la talentueuse Okay Kaya sur l’enchanteur Slush Puppy et du philippin Eyedress à qui revient l’outro du cosmique The Cadet Leaps. Chanceux membre du cercle très intime du grand rouquin, Ignacio Salvadores – un saxophoniste de rue – aura aussi l’honneur d’imposer sa touche sur l’oeuvre. Un procédé brut, donc, focalisé sur l’authenticité et la sincérité qui porte ses fruits pour délivrer une alchimie mémorable, déjà acclamée par la critique.