The Slow Rush : le fantasme pop de Tame Impala

Tu fais tourner ?
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Il est enfin là. Après des années d’attente, de faux espoirs et de reports, l’album le plus attendu par la sphère indie pop est enfin là. Tame Impala, ce groupe qui a réussi l’exploit de plaire autant aux grincheux·ses du “c’était mieux avant” qu’aux influenceur·euses Instagram, est donc de retour. Entre-temps, l’ex-timide s’est aventuré du côté de la pop avec Mark Ronson et même de l’EDM (oui, oui) avec ZHU. Que vaut donc The Slow Rush, le successeur du meilleur album de la décennie précédente ?

Autant le dire d’emblée. Faites-vous à l’idée que Tame Impala n’est pas un groupe de rock. Kevin Parker n’est plus ce hippie réservé qui s’étonnait que le monde entier s’approprie son œuvre aux guitares psychédéliques virevoltantes. Non, désormais, l’Australien reclus s’acoquine avec les plus grandes stars américaines, de Kanye West à Lady Gaga en passant par A$AP Rocky. Désormais, il ne se cache plus et rêve ouvertement de pop, déclarant vouloir être le nouveau Max Martin. À vrai dire, le chef-d’œuvre Currents avait déjà dessiné les traits de ce virage, qu’on pouvait même deviner depuis les premières ébauches pop de Lonerism (It Feels Like We Only Go Backwards notamment). Soit. Maintenant que le constat est fait, et si on se penchait sur ce nouvel opus sans (trop) regarder dans le rétroviseur ? Il n’y a rien de mal à être pop, après tout. Et on reste tout de même loin du top 40.

Des pulsations house de One More Year aux falsettos discos de One More Hour, The Slow Rush est obnubilé par le temps. Au cours de l’album, Kevin Parker multiplie les références à ce paradoxe. Un élément central à toute existence, à la fois infini et qui s’égrène inexorablement. Les premiers opus de Tame Impala traitaient de l’instant présent. Il y a quatre ans, Currents croquait à pleine dent dans l’excitation d’aller de l’avant. The Slow Rush aborde une posture différente encore, où le désormais trentenaire dresse un bilan à 360° où le passé, présent et futur tourbillonnent en une tornade de sensations. Sur Posthumous Forgiveness, odyssée introspective, l’Australien s’adresse à son père décédé. Une ambivalence qui se ressent jusque dans la production des tracks, comme par exemple sur Breathe Deeper (chanson inspirée par le fait de s’être retrouvé sous l’effet d’un “sandwich” en public) où les rythmes funky de la batterie ou des claviers sont nimbés de pads qui adoucissent le rendu (à tort ? à raison ? On vous laissera vous faire votre avis).

Ce choix de la douceur permet à l’Australien de plonger son auditoire dans ses souvenirs. Un album de Tame Impala n’étant pas complet sans ces moments de mélancolie, la ballade On Track nous a tout particulièrement tapé dans les oreilles. À la fois nostalgique et optimiste, c’est une des pistes où les deux signatures du producteur australien – à savoir des batteries au son compressé à outrance et des mélodies vocales sous delay et reverb – ressortent le mieux. Ajoutez à cela un piano vintage à souhait, et cela donne une ballade à la Supertramp. Tomorrow’s Dust (encore un titre entre passé et futur) semble rendre hommage à d’autres idoles du musicien. Comment ne pas reconnaitre, dans ces arpèges acoustiques, ces pads aériens et cette sensation d’apesanteur ensoleillée l’influence d’Air ?

À vrai dire, tout l’album se déroule dans une certaine quiétude, une calme euphorie. Ce n’est pas un hasard si les radios ont mis en avant Lost In Yesterday ou Borderline : ce sont les deux chansons les plus punchy de l’album. Celles où les basses, qu’elles soient à cordes sur la première ou synthétiques sur la deuxième, sont les plus bondissantes, aussi. Mais la plus bondissante de toutes est certainement l’ovni Glimmer, sorte de bande-son d’un film où l’on verrait une décapotable rouler au soleil couchant le long d’une corniche de la Riviera.

Tout ça nous permet-il de juger ce nouvel opus ? Tout dépend du point de vue. Celleux qui attendaient des bangers psychédéliques à la Let It Happen, Elephant ou The Less I Know The Better seront peut-être déçu·es. On peut les comprendre, tant les disques Lonerism et Currents resteront à jamais deux des toutes meilleures sorties des années 2010. The Slow Rush a d’autres qualités, notamment celle de créer un univers. Une esthétique qu’il faut prendre le temps de découvrir, d’apprécier, puis de chérir. C’est une invitation à l’introspection, un doux équilibre entre nostalgie et optimisme. À l’image d’un album de Radiohead, The Slow Rush devient meilleur à chaque écoute. Conclusion : si vous voulez du rock psyché, foncez sur Pond. Un groupe de Perth, qui a vu passer plusieurs (ex-)membres de Tame Impala, produit par un certain Kevin Parker, vous ne serez pas dépaysés. Au risque de décevoir certain·es irréductibles, The Slow Rush s’accorde la liberté d’ouvrir une nouvelle page, de démarrer une autre histoire. Et c’est probablement pour le mieux.