Videoclub, jeunesse flamboyante et talent brut

Tu fais tourner ?
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Il n’y a rien de plus fascinant qu’un succès fulgurant. Celui de Videoclub nous a d’ailleurs tellement intrigué qu’on a été leur poser quelques questions un instant avant leur embrasement scénique sur les planches du Botanique. La salle bruxelloise a pu témoigner de toute la fougue et la vivacité de cette paire d’adolescents encrés dans un rétro irrésistible et maîtres d’une électro-pop acidulée imparable. Entre tubes repris en coeur par le public embrasé du soir et autres titres prometteurs à venir, le spectacle est un sans faute et c’est dans une version acoustique d’Amour plastique impromptue et hautement émotionnelle qu’Adèle Castillon et Matthieu Reynaud saluent un public belge plus que comblé. Le succès explosif, leur vie de couple, la magie des Internets et leur passion pour la raclette : tant de choses à retrouver dans cet entretien plein d’amour avec le phénomène Nantais le plus vintage du moment. 

© Jude Janssens

La Vague Parallèle : Hello Videoclub ! C’est votre première fois en Belgique et vous jouez déjà à l’Orangerie, la plus grande salle du Botanique. Ça témoigne de la fidélité de votre public belge. Hâte de le découvrir ? 

Adèle : Ah oui, moi j’ai trop hâte ! D’autant plus qu’à chaque fois que j’ai entendu des artistes parler de leurs dates belges, ils gardent un souvenir très positif du public.

Matthieu : Oui, on parle souvent du public belge comme d’un public très “fort”.

La Vague Parallèle : Votre nom de scène fait référence au cinéma. De quelle manière vient-il influencer votre musique ? 

Adèle : Je pense qu’aujourd’hui, on est une génération d’artistes pour lesquels il n’y a pas que la musique qui importe, mais aussi tout l’univers qui l’englobe. C’est vrai que pour nous le cinéma, les années 80, le vintage, le passé en général, tout ça nous correspond bien. Le cinéma nous inspire beaucoup aussi dans notre manière de filmer. On cite souvent les films de Jacques Demi – qui était Nantais aussi ! – comme une référence car on y retrouve cette espèce de naïveté des sentiments et qu’on transmet beaucoup dans nos paroles. Des choses pures et simples qui peuvent parfois paraître niaises mais qui ne le sont pas forcément.

Matthieu : C’était important pour nous de rapporter à notre musique une image assez forte, dont on se rappelle et qui nous correspond bien.

La Vague Parallèle : Du coup c’est naturel pour vous toute cette esthétique très rétro ?

Adèle : Très naturel !

Matthieu : En tout cas on ne se force pas. C’est ce qu’on aime, c’est ce qu’on écoute, c’est ce qu’on regarde. On a tendance à reproduire ce qui nous plaît et ce à quoi on s’identifie.

© Jude Janssens

La Vague Parallèle : Adèle, tu parlais de naïveté des sentiments et il est vrai qu’on en retrouve beaucoup dans vos morceaux. À côté de cela, on décèle une véritable maturité textuelle. C’est quoi le secret pour mélanger les deux, sur Amour Plastique par exemple ? 

Adèle : Pour Amour Plastique, il faut préciser que c’est un titre qui a été écrit par un de nos amis Esteban Capron, donc je ne pourrai pas trop parler à sa place. Mais quand il écrivait des textes avant Amour Plastique, je lui faisais déjà la réflexion de cette étrangeté dans sa façon de mêler naïveté et cohérence. Quand il a écrit ce texte en particulier, il expérimentait son premier amour, d’où cette forme de naïveté mais il y a aussi tout le côté très profond et réfléchi qui transmet ce recul qu’il arrive à prendre sur ses textes. Matthieu et moi, dans les textes que nous écrivons maintenant, on essaie de rester assez simples et instinctifs. On écrit souvent sur des coups de tête.

La Vague Parallèle : Vos morceaux parlent souvent d’amour. C’est facile pour vous d’être impudiques par rapport à ce sujet là ? 

Adèle : Je ne sais pas si c’est toujours facile. C’est vrai que notre couple est souvent sur le devant de la scène et les gens s’inspirent de cette image là, surtout les adolescents. Forcément, ça constitue une grande force car les gens s’identifient à nous. Ils s’intéressent à notre couple et c’est quelque chose que l’on constate beaucoup sur les réseaux sociaux, cet intérêt qui dépasse notre musique. De l’autre côté, on a ce besoin de se détacher de ça pour parler d’autres choses qui nous touchent.

Matthieu : On a envie de s’affirmer sur d’autres sujets que celui de l’amour : l’amitié, l’adolescence, etc.

La Vague Parallèle : Vous l’avez d’ailleurs déjà fait sur Mai qui parle plutôt d’amitié et de nostalgie. Ça vous a fait du bien de changer de sujet ?

Adèle : Ah oui, totalement. En fait, il y a un autre titre qui s’appelle En nuit et qui ne devait pas forcément parler d’amour, à la base. Mais bon, vu que le clip était fortement orienté autour de Matthieu et moi, ça a donné une dimension sentimentale et le sujet de l’amour est revenu, alors qu’en réalité le sujet du morceau était beaucoup plus général. Sur Mai, on a vraiment eu envie de se focaliser sur notre groupe d’amis et sur cette sorte d’escapade avec eux.

La Vague Parallèle : En septembre dernier, vous délaissiez le français pour une reprise en anglais du rappeur XXXTentacion. Comment vous est venu l’idée ?

Adèle : On a un pote qui est un très grand fan de cet artiste et on écoutait beaucoup ce titre What are you so afraid of ? à nous trois. Du coup, on l’a seulement reprise pour lui faire une surprise à lui, il a halluciné et c’était vraiment cool. Finalement, on a trouvé ça sympa de faire un montage de vidéos avec les potes et le rendu nous a vraiment plu, du coup on a décidé de le partager.

La Vague Parallèle : L’artiste à l’origine de ce morceau fait partie d’un univers rap aux antipodes de l’électro-pop de Videoclub. C’est quoi vos rapports avec la musique urbaine et vos références dans le milieu ? 

Matthieu : Pour moi, c’est un peu plus compliqué qu’Adèle car je n’écoute que très peu de musique urbaine. La trap, par exemple, ça m’angoisse terriblement.

Adèle : Matthieu a une vision très musicale de la musique. C’est à dire que quand il écoute un morceau, il a besoin que tout soit parfait, comme les instrus par exemple auxquelles je fais peut-être moins attention que lui. Alors que je vais avoir tendance à me focaliser sur les paroles, lui va s’intéresser à tout ce qu’il y a derrière. (s’adressant à Matthieu, ndlr) Je dirai que parfois tu peux aimer des musiques de rap, mais tu aimes seulement quand il y a une compo assez complète et novatrice.

Matthieu : C’est pour ça que j’aime beaucoup Odezenne.

Adèle : Pour le coup, j’ai une playlist assez what the fuck sur laquelle on retrouve des artistes rap comme Lomepal et Nekfeu. Sur cette même playlist – et là, Matthieu va trembler – on retrouve aussi des morceaux de Booba.

Matthieu : Ce n’est pas du tout que je trouve ça nul. C’est juste que quand j’ai ça dans les oreilles, ça me fait peur. Je me sens agressé. (rires)

© Jude Janssens

La Vague Parallèle : Après de nombreux singles, un album est attendu pour 2020. À quoi doit-on s’attendre de différent sur celui-ci ?

Matthieu : Ce qui est assez cool avec le fait qu’on soit jeune, c’est qu’on grandit avec notre musique et ça évolue en permanence. Amour Plastique c’était le tout premier morceau qu’on ait fait, on commençait à peine à toucher sérieusement à la musique. Sur l’album, j’aimerai réellement qu’on ressente cette évolution au fil des titres qui reflèterai celle de notre duo.

Adèle : Quand on sort des singles, on sait qu’il faut que ce soient des titres qui soient assez forts. En plus, comme on aime les accompagner d’un clip, il faut savoir les mettre en images et toutes ces choses rendent le processus assez long. Ce qui est bien sur la construction d’un album, c’est qu’on peut vraiment se permettre plus de choses. Un morceau composé seulement de choeurs ou une simple instru un peu atmosphérique, c’est compliqué à sortir en single. Alors que sur l’album, c’est important d’avoir des morceaux qui ne se ressemblent pas et se complètent pour former un tout. On peut implanter un morceau court d’une minute qui va faire partie d’une oeuvre plus complète. On va essayer de capturer l’essence de notre musique et, du coup, on est beaucoup plus dans l’introspection de notre univers.

La Vague Parallèle : On parle beaucoup de votre tube Amour Plastique. Le clip a atteint plus de 24 millions de vues sur Youtube, vous l’aviez vu venir ?

Adèle : Régis, le papa de Matthieu, il l’avait vu venir ! (rires) Depuis le début, à chaque fois qu’il entendait le morceau il devenait fou et au moment de tourner le clip il nous disait “Vous savez que ça c’est des images qui vont faire des millions de vues ?” à quoi on lui répondait “Arrête, Régis.” puis il se calmait. (rires) En vrai, on ne s’y attendait vraiment pas et on est d’ailleurs toujours un peu choqués au vu des chiffres. Notamment sur TikTok, je pense qu’il y a plus de 500 000 vidéos qui ont été faites sur cette musique, c’est vraiment invraisemblable. C’est un peu le mystère d’Internet.

La Vague Parallèle : On peut donc dire qu’Internet a été un bon allié pour vous ?

Adèle : Oui. Moi je suis accompagnée d’Internet depuis que je suis assez petite, je faisais des vidéos avant sur Youtube. Du coup, j’avais une certaine communauté d’environs 500 000 abonnés donc on savait que la sortie d’Amour Plastique allait être suivie. En diffusant le morceau, on savait qu’on s’exposait à la critique, qu’on serait surement taclés, etc. Comme je passais de l’humour à la musique, j’avais beaucoup peur que les gens se demandent ce que je faisais, qui nous étions et pour qui on se prenait à mettre “clip officiel” dans le nom de la vidéo. (rires) Au final, on était très contents car les gens ont accueillis le morceau, ils ont accueilli Videoclub et pris toute l’entité que c’était. Maintenant, je ne saurai pas dire pourquoi ça a autant explosé.

Matthieu : On n’aurait jamais pu imaginer que ce projet allait devenir ce qu’il devient. Beaucoup de gens s’identifient à notre musique et se l’approprient énormément, notamment des jeunes qui nous contactent pour nous dire que tel ou tel titre appartient à leur couple. C’est assez cool.

La Vague Parallèle : Le fait d’être à deux dans cette drôle d’aventure, c’est une vraie force ?

Matthieu : Beaucoup de personnes nous disent que ça doit être angoissant de travailler en couple et de vivre ça en couple alors que je pense que c’est justement plus rassurant qu’autre chose. Vivre une aventure comme celle là tout seul, ça c’est angoissant. À deux, on s’entraide.

Adèle : C’est vrai ! Et je me souviens qu’à l’époque, quand les maisons de disque nous appelaient juste après la sortie d’Amour Plastique, on a eu beaucoup de rendez-vous. Parfois, c’était vraiment des rendez-vous pourris avec des gens pourris. Je me permet de dire ça parce qu’on est déjà tombés sur des gens assez louches et, dans ce genre de situation, on se serre sous la table avec Matthieu et on essaie de s’empêcher de rigoler. (rires) Être ensemble dans ces moments là, c’est rassurant. Bien sur, il y a des moments où c’est un peu dur. On a seulement 18 ans et à cet âge là tu n’es pas censé passer ta vie et commencer ton parcours professionnel avec ton copain ou ta copine. Mais d’un autre côté, pour nous c’est ce qui rend notre relation unique. On se construit comme ça et je pense que ça se passe plutôt bien. En tout cas, si ça ne se passait pas bien on ne serait pas là aujourd’hui.

© Jude Janssens

La Vague Parallèle : Quelles sont les faiblesses de Videoclub ?

Adèle : Mmmmh, c’est bien ça comme question !

Matthieu : Dans notre manière de faire de la musique, on est peut-être un peu trop instinctifs parfois.

Adèle : Yes, il y a des moments où on a du mal à se mettre à bosser et se mettre à un certain rythme à cause de ce cet esprit trop instinctif et éparpillé. Mais j’imagine que c’est aussi une force car le côté spontané rend certaines choses beaucoup plus intenses parfois.

Matthieu : On arrive trop en retard. (les deux tourtereaux ont eu un léger retard pour l’interview, ndlr) Mais c’est plus de ma faute que celle d’Adèle, je dois l’avouer. (rires)

La Vague Parallèle : Si vous deviez décrire votre musique en un seul plat, ce serait lequel ? 

Adèle : On le dit en même temps, pour voir si c’est la même chose. 1…2…

Adèle : Pâtes carbonara ! / Matthieu : La raclette !

Adèle : Alors je t’explique pourquoi. Les pâtes carbonara, c’est très instinctif et instantané. Les pâtes ça se fait assez rapidement et tu rajoutes juste la crème au dernier moment. Tout le processus est très rapide et sans prise de tête, comme notre musique. Les petits lardons ça vient représenter tous les détails un peu croustillants et piquants dans nos morceaux. Et puis c’est très bon et c’est très gras et qu’on en raffole. Alors que, la raclette, ça demande beaucoup de préparation. Et des grosses courses ! Puis, c’est un plat hivernal alors que notre musique ne doit pas seulement être consommée en hiver.

Matthieu : Ton analyse tient la route ! Mais en vrai j’ai juste dit la raclette parce que c’est mon plat préféré et que j’ai faim.