Visitor, la carte d'identité musicale de Michelle Blades

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On l’attendait avec impatience et le voilà enfin : le nouvel album de Michelle Blades sort aujourd’hui chez nos amis de Midnight Special Records. Après en avoir dévoilé quelques extraits au cours de ces derniers mois, la plus Panaméenne des Parisiennes revient avec Visitor, un disque magnifique qui porte en son sein une interrogation cruciale, celle de son identité.

Elle est l’incarnation parfaite de l’art de vivre à la parisienne. À la capitale, elle connaît tout le monde, joue partout, là où elle veut et quand elle le veut, maîtrise le français sur le bout de la langue, vit, respire, incarne ce Paris fantasmé qui vibre et s’agite au rythme de la création. Pourtant, Michelle Blades vient d’ailleurs. Elle est née au Panama au tout début des années 90, est passée par les Etats-Unis avant de rejoindre la France, se produit régulièrement au Mexique dont elle tire une partie de ses origines, navigue à travers les continents au gré des tournées et des collaborations, ne se fixant pour limites que celles de son art.

À vrai dire, c’est là tout le paradoxe qui semble habiter son nouvel album. À peu près partout chez elle, véritablement chez elle nulle part, Michelle Blades est cette éternelle Visitor qui oscille entre les cultures et les langues, puise dans les genres et les influences sans jamais se fixer. Une identité qui n’est pas condamnée à être une faiblesse pour peu qu’elle soit assumée : c’est là tout l’enjeu de ce nouveau disque, et on peut dire qu’il relève parfaitement le défi.

Fruit d’une composition étalée sur différentes périodes, Visitor entérine et sublime cette identité musicale que Michelle Blades s’est attachée à cultiver au fil des voyages, des concerts, des rencontres et – tout simplement – de ses propres expériences. Qu’il soit énervé ou plus calme, tendre ou déjanté, chaque morceau qui le compose porte cette patte inimitable. Chacun de ses onze titres brille de cette voix qui maîtrise à la perfection les notes les plus aigües comme les plus graves, vibre au rythme de ces arpèges alambiqués dont elle a le secret, se nourrit de ces influences qu’elle est la seule à revendiquer. Finalement, Visitor est aussi l’album qui réconcilie Michelle Blades avec sa propre identité, le disque qui fait la synthèse des expérimentations qu’elle avait menées dans ses précédents efforts.

On retrouve ainsi en Literally et Behind the Black le genre de balades fluides et vaporeuses qu’on avait adoré sur Premature Love Songs, sorti il y a deux ans. Politic! et Kiss me on the mouth, les premiers extraits de l’album, sont ces petites pépites rock lo-fi qui brillent de l’énergie sauvage qui animait Ataraxia en 2015. Cumbia psychédélique dans sa première moitié, feel-good pop dans seconde, Piri Piri est le morceau qui fait basculer le disque dans sa dans partie apaisée. Car même si elle est hyperactive et ultra-productive (elle a sorti quatre disques en trois ans), Michelle Blades a désormais le temps. Du moins, elle le prend. Son Dr Psych, intense et frénétique au début du disque, termine sa course Sur la plage au cours d’une track instrumentale planante et rêveuse.

Enfin, Visitor semble trouver son dénouement à la toute fin d’Acid on the Hillside, morceau en hommage au défunt fils de Nick Cave, qui se termine par un clin d’oeil à son titre  : “I am not a visitor anymore“.

Avec Visitor, Michelle Blades aborde la question essentielle de son identité, qu’elle soit personnelle ou musicale, dans un disque dont l’urgence finit par laisser place à la quiétude, à l’apaisement, au soulagement de s’être enfin trouvée. La jeune artiste y affiche une identité riche et affirmée, qui résonne comme une certitude : elle a trouvé sa place. Qu’elle se rassure, elle avait la sienne dans nos discographies et dans nos coeurs, au rayon “artistes favoris”. D’ailleurs, on sera au premier rang de son concert à la Maroquinerie le 16 avril prochain, et on espère vous y retrouver.